| Un enfant se tient devant les décombres de sa maison détruite à Gaza. |
Une guerre pour anéantir l'existence palestinienne
Dans cette guerre, le déplacement forcé est devenu un objectif explicite et la destruction une politique centrale. Il s'agit d'une guerre d'anéantissement menée selon une logique d'extermination et mise en œuvre à l'aide d'outils militaires, économiques et médiatiques, sous le couvert d'une complaisance politique et morale occidentale flagrante qui relègue la vie palestinienne au second plan face à la « sécurité du projet colonial ». Cette logique ne se limite pas à Gaza ; elle s'étend à la Cisjordanie et s'incarne au sein de la Ligne verte, où les Palestiniens de 1948 sont confrontés à une escalade des politiques répressives et racistes visant à restreindre leur action politique, à criminaliser toute solidarité avec Gaza et à redéfinir la citoyenneté en fonction de la loyauté envers l'État colonial plutôt que de l'égalité des droits.
Dans ce contexte, Gaza n'est pas seulement un champ de bataille ; c'est un laboratoire à ciel ouvert de l'anéantissement. Ce qui s'y teste aujourd'hui, c'est un modèle de traitement des Palestiniens : tuer en toute impunité, détruire sans rendre de comptes et famine présentée comme une nécessité sécuritaire. Ce qui n'est pas abordé aujourd'hui à Gaza sera demain généralisé à l'ensemble des territoires palestiniens, y compris aux Palestiniens vivant en Israël. Ces derniers se voient rappeler, en ces moments de crise majeure, la précarité de leur situation au sein d'un État qui se définit sur une base ethnique exclusive. L'essence du conflit ne réside donc pas dans un différend frontalier ni dans un désaccord concernant les colonies. Israël, en tant qu'État colonial de peuplement, ne peut coexister pleinement avec un peuple autochtone, que ce peuple soit sous occupation directe ou ne possède la citoyenneté israélienne que de nom. Il ne s'agit pas d'une question d'intentions, mais d'une loi historique régissant le colonialisme de peuplement. Nous sommes confrontés à une lutte existentielle entre deux projets opposés : l'un visant à monopoliser la terre, la souveraineté et l'identité, l'autre, un projet de libération nationale pour un peuple qui rejette l'exclusion et résiste aux tentatives d'anéantissement.
Le partenariat américain et les limites de l'ordre international
Les États-Unis ne sont pas simplement partie prenante au conflit ; Elle est la maîtresse de la guerre contre Gaza, et ses décisions sont décisives : soutien militaire massif, coopération en matière de renseignement et de sécurité, protection diplomatique soustrayant Israël à toute responsabilité internationale, et recours systématique au veto pour bloquer toute condamnation. Elle justifie toutes les actions menées contre les Palestiniens comme un « droit légitime à la légitime défense » et entrave toute résolution contre Israël aux Nations Unies.
Cette alliance stratégique américano-israélienne, qui dure depuis des décennies, met en lumière les limites de l’ordre international. Le droit international, y compris les Conventions de Genève pour la protection des civils, s’effondre face aux intérêts politiques des grandes puissances. L’usage répété du veto par Washington révèle comment les institutions internationales, censées garantir la justice, sont transformées en instruments protégeant les intérêts d’un allié stratégique au détriment des civils. Gaza, en ce sens, n’est pas seulement un champ de bataille ; c’est une honte pour la conscience mondiale. Ses enfants et ses femmes paient le prix d’un système qui érige la force en loi, tandis que la justice reste un simple slogan, soumise aux pressions politiques.
Alors que les rapports de l'ONU sur les crimes israéliens s'accumulent, que des affaires de génocide sont ouvertes devant la Cour internationale de Justice et que les chefs de guerre sont poursuivis devant la Cour pénale internationale, les massacres se poursuivent en toute impunité. Cette contradiction révèle moins l'échec du système international que son caractère sélectif : un système qui punit les faibles, protège ses alliés et vide le droit international de sa substance dès lors qu'il entre en conflit avec les intérêts des puissants.
La division palestinienne : une brèche existentielle. Le plus grand danger réside non seulement dans la guerre elle-même, mais aussi dans ce qui pourrait suivre : la banalisation du crime, la transformation de l'occupation en une réalité permanente et la normalisation de l'apartheid en un système internationalement accepté, non seulement dans les territoires occupés en 1967, mais aussi à l'intérieur de la Ligne verte. Le projet actuellement mis en œuvre à Gaza n'est pas une exception imposée par les circonstances, mais bien un élément d'une vision israélo-américaine globale visant à gérer la présence palestinienne en Palestine historique. Cette vision s'est concrétisée depuis le « Plan du siècle » et se perpétue sous diverses formes, exploitant l'impuissance internationale, l'échec arabe et les hésitations des parties qui ont joué le rôle de médiateur sans utiliser les leviers dont elles disposaient.
Les Palestiniens font face à cette guerre à un moment politique des plus fragiles. La division structurelle au sein du mouvement national n'est plus un simple désaccord politique gérable, mais s'est muée en une vulnérabilité existentielle qui entrave l'élaboration d'une stratégie de résistance globale. Cette stratégie doit inclure tous les Palestiniens, où qu'ils résident, y compris ceux de 1948, dont la présence politique est restée marginalisée au sein du projet national officiel, malgré leur rôle central dans la lutte pour la survie au sein de l'État occupant. Tandis que Gaza est anéantie, que la Cisjordanie se réduit progressivement et que l'étau se resserre autour des territoires palestiniens occupés en 1948, le système politique actuel demeure incapable de représenter la gravité de la situation ou d'être à la hauteur de ce défi historique.
Un moment décisif pour la renaissance nationale
Malgré la gravité de la situation, des opportunités existent. La détermination du peuple palestinien à Gaza, en Cisjordanie et en Israël, les divisions croissantes au sein de la société israélienne, l'essor du mouvement de solidarité internationale et la prise de conscience internationale grandissante de la nature du projet de colonisation sont autant d'indicateurs d'une possible renaissance nationale. Pour la première fois, Israël se retrouve sur le banc des accusés devant la Cour internationale de Justice, tandis que ses dirigeants sont poursuivis devant la Cour pénale internationale.
Cependant, les Palestiniens ne peuvent se permettre d'attendre. Ils se trouvent aujourd'hui à un tournant historique crucial : soit transformer leur douleur et leurs souffrances en un catalyseur pour une renaissance nationale globale, dans le cadre d'un projet national capable d'unir leurs rangs, de protéger leur existence et de préserver leur identité, de relever les défis et de tirer parti des évolutions internationales, soit sombrer dans une fragmentation accrue, ce qui nuirait à la cause palestinienneLe mouvement des colons a saisi l'occasion pour achever son processus d'exclusion.
L'heure n'est plus à l'attentisme, mais à une réflexion stratégique et à une action organisée pour reformuler le projet national afin d'en garantir la survie et la continuité, et de faire de la Palestine une cause mondiale de justice et de libération, et non une simple tragédie humaine passagère. C'est le moment de décider, de défendre l'unité palestinienne, de redonner tout son sens politique à la cause et de soutenir la Palestine dans le cadre d'un projet global de libération nationale, et non comme une simple tragédie humaine fragmentée.
(Raja Deeb, le 05 février 2026)
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