Que peut le cinéma pour Gaza ? C’est autour de cette question qu’ont échangé, Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO, Pierre Barbancey, grand reporter à l’Humanité, et Sepideh Farsi, réalisatrice iranienne, ce samedi 31 janvier lors du Amnesty Film Festival.
Au cinéma Luminor à Paris, la 16e édition du Amnesty Film Festival a une nouvelle fois mis à l’honneur l’engagement du cinéma dans la lutte pour les droits humains. Tout le week-end, sept longs métrages ont montré que réaliser un film est un acte politique fort autour d’œuvres permettant une meilleure représentation des communautés LGBTQIA + ou dénonçant les violences et répressions étatiques.
Le samedi 31 janvier était dédié à la bande Gaza autour de trois films : Put your soul on your hand and walk (2025) de Sepideh Farsi, La voix de Hind Rajab (2025) de Kaouther Ben Hania et From ground zero (2025) d’un collectif de cinéastes Gazaoui.es. Tous contribuent par le documentaire, la fiction ou le docu-fiction à donner la parole aux Palestinien. nes, contre la déshumanisation et l’oubli.
Si un génocide est en cours sur la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023, la question palestinienne dure depuis bien plus longtemps. Au-delà des images médiatiques, au-delà des chiffres, les films permettent aux Gazaoui.es de faire récit.
« Rendre l’ humanité ôtée aux Palestinien. nes »
Que ce soit par le roman, la poésie ou maintenant le cinéma, raconter son histoire est une façon de lutter pour sa reconnaissance. Le 7e art sert à définir « Qui nous sommes, que sont nos sociétés et quand cela s’est-il passé », affirme Elias Sanbar, historien et poète palestinien. À ce titre, Palestine 36 (2025) de Annemarie Jacir, remonte le fil du conflit sous le mandat britannique en 1936 avant l’exode palestinien de 1948. Les cinéastes ont tous pour but de « rendre leur humanité ôtée aux Palestinien. nes » confie la cinéaste Sepideh Farsi.
Et pourtant, à l’heure de la guerre d’image et de communication, le peuple autochtone de la Palestine se voit accaparer son propre récit. Car devant l’importance de la question de la représentation, le gouvernement Israélien ne veut ni traces, ni images. Une volonté qui va bien au-delà du cinéma. Depuis le 7 octobre 2023, plus de 200 journalistes ont été tués. Notre confrère Pierre Barbancey qui ne peut plus se rendre à Gaza depuis 2 ans, souligne que même dans les médias, l’image change la façon d’écrire.
« J’essaye de dégager le sens politique de ce qu’il se passe à partir de la vie des familles », confie-t-il. Il en appelle à continuer le travail de Mustafa Abu Ali, un des pionniers à penser le cinéma comme un moyen de clamer son droit à l’existence. Son film They do not exist (1974), est une réponse à celle et ceux qui ne les nomment pas lorsque se pose la question de rendre les territoires après la guerre de 1967. Les images comme les mots ont leur importance.
Encore faut-il trouver la forme et la distance adéquates pour parler d’un génocide en cours. Si Sepideh Farsi a choisi le documentaire avec Put your soul on your hand and walk, le cinéma du réel et la fiction s’empruntent mutuellement. Son film part d’une incapacité à se rendre sur la bande de Gaza. C’est alors que par appel vidéos, « le visage de Fatem Hassona devient un territoire », jusqu’à son assassinat le 16 avril 2025. À travers ses yeux et son sourire inoubliable, la guerre est perçue. Le cinéma est un écran sensible et mémoriel pour les Palestiniennes et les Palestiniens.
Flavie Alibert
L'Humanité du 02 février 26
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