A Gaza, des morts quasi quotidiennes en dépit du cessez-le-feu

 

Transport vers l’hôpital Al-Shifa d’un Palestinien tué lors d’une frappe de l’armée israélienne contre un poste de police, à Gaza, le 31 janvier 2026. JEHAD ALSHRAFI/AP
Plus de 500 Palestiniens ont été tués depuis le 10 octobre 2025, date de l’annonce de l’arrêt supposé des combats dans le cadre du plan de paix américain. Benyamin Nétanyahou a assuré vouloir maintenir un « contrôle sécuritaire du Jourdain à la mer », y compris dans la bande de Gaza.

Ni guerre intense ni véritable cessez-le-feu. L’ancien émissaire pour le Moyen-Orient du président américain Joe Biden, Amos Hochstein, parlait mi-janvier de « conflit gelé » pour décrire la situation de Gaza depuis l’entrée en vigueur du plan de Donald Trump pour la paix, le 10 octobre 2025.
En près de quatre mois, plus de 520 Palestiniens ont été tués et 1 400 autres blessés, dans des frappes ou des tirs israéliens, soit un peu plus de 4,5 morts par jour sur cette période. Trois soldats israéliens ont été tués. Pendant les deux années de guerre entre le 7 octobre 2023, date des attaques du Hamas, et le 10 octobre 2025, la moyenne quotidienne dépassait 92 morts, selon les bilans donnés par le ministère de la santé à Gaza.
La situation a changé avec le cessez-le-feu, mais celle-ci demeure précaire dans un territoire presque anéanti. Les violations de l’accord imposé par Donald Trump sont nombreuses, chaque belligérant accusant l’autre d’en être responsable, même si la nature de celles-ci, au vu du nombre de victimes de part et d’autre, est sans comparaison. Une grande partie des incidents et des morts sont liés à la « ligne jaune », cette démarcation artificielle, arbitraire et censée être provisoire, tracée par Israël au milieu de l’enclave : elle sépare la zone sous contrôle du Hamas de celle occupée par l’armée israélienne, soit un peu plus de 50 % du territoire.
Presque tous les jours, l’armée explique avoir fait feu sur des individus suspectés de s’être approchés ou de vouloir franchir la « ligne jaune » – l’Etat hébreu les accuse d’être des terroristes – , les Palestiniens mettent en avant de nombreux cas de femmes, d’enfants ou d’adolescents tués par balle. De son côté, le Hamas fait état de plusieurs dizaines d’incursions militaires terrestres, de bombardements, de fusillades et de démolitions de bâtiments dans la zone supposée être sous son contrôle.
Plus ponctuellement, l’armée affirme avoir riposté à des actions du Hamas à l’intérieur de la zone qu’elle occupe, aujourd’hui presque intégralement détruite. C’était le cas vendredi 30 janvier. Selon le récit de l’armée, huit personnes ont été repérés sortant d’un tunnel dans la partie est de Rafah, dont l’un, un commandant local de l’organisation islamiste palestinienne, a été arrêté. En réponse, l’Etat hébreu affirme avoir bombardé quatre commandants et des combattants du Hamas et du Jihad islamique.
« En outre, l’armée israélienne a frappé un entrepôt d’armes, un site de fabrication d’armes et deux sites de lancement appartenant au Hamas dans le centre de la bande de Gaza », signale encore l’armée. Le bilan est lourd. Les frappes israéliennes ont tué 32 personnes, « pour la plupart des enfants et des femmes », selon la défense civile de Gaza.

« Douloureux et bouleversant »
Le président du nouveau comité technocratique palestinien, Ali Chaath, désigné mi-janvier pour prendre le contrôle progressif du territoire, s’est exprimé, dimanche 1er février, de façon très prudente, sans nommer ni le Hamas ni Israël, pour s’inquiéter des violences. « Ce que nous observons dans la bande de Gaza concernant les pertes humaines au cours des derniers jours est douloureux et bouleversant », a-t-il souligné dans un message publié sur Facebook. « Nous appelons à un respect immédiat du cessez-le-feu. Notre peuple à Gaza a payé un prix extrêmement lourd et mérite une vie digne, dans le calme et la sécurité », a-t-il ajouté précisant que la commission allait bientôt commencer son travail sur le terrain.
Plusieurs pays musulmans se sont associés, dimanche, dans une déclaration commune dénonçant les « violations répétées du cessez-le-feu par Israël ». « Ces actions risquent d’aggraver les tensions et de compromettre les efforts visant à consolider le calme et à rétablir la stabilité, à un moment où les parties régionales et internationales travaillent collectivement pour faire avancer la deuxième phase du plan de paix du président Donald Trump », s’inquiètent l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, la Jordanie, le Qatar, l’Egypte, l’Indonésie et le Pakistan.
Le gouvernement israélien défend sa volonté de pouvoir intervenir dans la bande de Gaza en fonction des menaces militaires supposées, sur le modèle des frappes régulières conduites contre le Hezbollah, dans le sud du Liban, malgré un cessez-le-feu conclu en novembre 2024. « Israël maintiendra son contrôle sécuritaire sur l’ensemble du territoire, du Jourdain à la mer, et cela vaut également pour la bande de Gaza », a assuré le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, lors d’une conférence de presse le 27 janvier, utilisant une formule qui marque sa volonté de continuer d’assurer une souveraineté sécuritaire au-delà du territoire israélien.
Malgré ces incidents sérieux, le plan voulu par le président américain continue de tenir. La remise du dernier corps d’otage retenu à Gaza, Ran Gvili, a permis aux différentes parties d’assumer le passage à la deuxième phase des opérations. Dans ce cadre, le gouvernement israélien a entamé, dimanche 1er février, les opérations d’ouverture du point de passage frontalier entre Gaza et l’Egypte.
L’enjeu des prochaines négociations est celui du désarmement du Hamas et de la démilitarisation de l’enclave. Là aussi, l’Etat hébreu affiche sa détermination à user de la force si l’organisation palestinienne, au pouvoir à Gaza depuis 2006, refusait de céder ses armes. « Il n’y a que deux options : cela se fera soit de manière facile, soit de manière difficile. Mais dans tous les cas, cela se fera », a rappelé le chef du gouvernement israélien, le 27 janvier, pour mieux montrer que le recours à un conflit de haute intensité demeurait une hypothèse ouverte.

Luc Bronner
Le Monde du 02 février 26

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