Le voyage des Palestiniens retournant dans la bande de Gaza par le point de passage de Rafah avec l'Égypte est devenu un véritable calvaire, marqué par des interrogatoires, des détentions et des humiliations. Certains se voient même proposer de l'argent en échange de leur non-retour ou de leur coopération avec l'armée israélienne, selon des témoignages de personnes rapatriées et des rapports d'organisations de défense des droits humains.
Le Bureau de presse du gouvernement à Gaza a indiqué mercredi 11 février 26 que seulement 488 voyageurs sur 1 800 avaient pu franchir la frontière dans les deux sens depuis sa réouverture jusqu'à mardi, soit un taux de respect des règles par Israël d'environ 27 %.
Dans un communiqué de presse, le Bureau a précisé que 275 voyageurs avaient quitté la bande de Gaza, tandis que 213 y étaient entrés et que 26 personnes s'étaient vu refuser l'autorisation de se rendre en Égypte durant la même période.
Il convient de noter que le 2 février, Israël a rouvert le côté palestinien du point de passage, qu'il occupe depuis mai 2014, de manière très limitée et avec des restrictions extrêmement strictes.
Violations documentées
Un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme dans le Territoire palestinien occupé indique que des personnes de retour à Gaza ont déclaré avoir été emmenées, après avoir franchi la frontière, par des hommes armés palestiniens, soutenus par l'armée israélienne (la milice Abou Shabab), jusqu'à un point de contrôle militaire israélien. Sur place, certaines ont été menottées, les yeux bandés, fouillées, menacées et leurs effets personnels confisqués.
Le Haut-Commissariat rapporte que les personnes de retour ont décrit un schéma de violence, d'interrogatoires dégradants et de fouilles corporelles intrusives portant atteinte à leur vie privée. Dans certains cas, des personnes dans le besoin se sont vu refuser des soins médicaux ou l'accès aux toilettes, ce qui a entraîné une profonde humiliation.
Le rapport note que plusieurs personnes de retour ont déclaré qu'on leur avait demandé s'ils accepteraient de l'argent pour retourner en Égypte avec leurs familles et ne jamais revenir à Gaza. D'autres ont affirmé qu'on leur avait proposé de l'argent pour travailler comme informateurs pour l'armée israélienne.
Le Bureau des droits de l'homme a déclaré que ces témoignages, pris dans leur ensemble, révèlent un comportement qui viole le droit des Palestiniens à la sécurité et à la dignité, ainsi que leur droit à être protégés contre la torture, les mauvais traitements et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il a ajouté que le traitement réservé aux personnes de retour à Gaza soulève de graves préoccupations quant aux pratiques coercitives qui dissuadent les Palestiniens d'exercer leur droit de retourner dans les zones qu'ils ont été contraints de quitter, contribuant ainsi au nettoyage ethnique dans la bande de Gaza.
Le directeur du Bureau, Ajith Songhai, a souligné qu'il incombe à la communauté internationale de veiller à ce que toutes les mesures relatives à Gaza soient conformes au droit international et respectent pleinement les droits humains des Palestiniens, notant qu'« après deux années de dévastation, leur permettre de retourner auprès de leurs familles et dans ce qui reste de leurs maisons, en toute sécurité et dans la dignité, constitue un minimum ».
Cinq points de passage
Selon les témoignages des personnes de retour, elles sont contraintes de franchir cinq points de passage : du côté égyptien, de l’Autorité palestinienne, de représentants de l’Union européenne, d’une milice opérant sous l’égide et avec le soutien d’Israël, et de soldats de l’armée israélienne.
Appels à la fin du harcèlement
Suite à ces témoignages, des organisations palestiniennes de défense des droits humains ont appelé à la fin de la « politique de harcèlement et de restrictions illégales » imposée aux Palestiniens de la bande de Gaza souhaitant rentrer par le point de passage de Rafah, qualifiant ces mesures de « déplacement forcé ».
Selon des rapports sur les droits humains, les témoignages de personnes de retour, y compris des personnes âgées et des enfants, indiquent qu’elles ont été soumises à de rudes interrogatoires par l’armée israélienne. Elles ont souligné leur attachement à leur terre et leur refus de toute tentative de déplacement forcé.
Les rapports notent également qu’une autorisation préalable des services de sécurité israéliens est requise pour tous les passages, avec des restrictions strictes à l’entrée et à la sortie, et que seul un nombre limité de celles qui ont fui pendant la guerre sont autorisées à rentrer.
De plus, des témoignages de terrain indiquent que seul un petit nombre de personnes, principalement des enfants et des femmes, sont rentrées chez elles, contrairement à l'accord qui autorisait, selon les informations, l'entrée d'environ 50 personnes par jour, sans aucune explication.
D'après ces témoignages, les personnes de retour sont soumises à des actes de violence : on leur bande les yeux, on les menotte et leurs effets personnels sont confisqués. Des rapports indiquent que certains Palestiniens ont été transportés à l'intérieur de la bande de Gaza par des groupes armés en coordination avec l'armée israélienne et soumis à des interrogatoires de sécurité impliquant des pressions et des menaces d'arrestation.
Ces actions constituent une violation du droit international, qui garantit le droit au retour sans restrictions arbitraires. Empêcher le retour et imposer des conditions de sécurité peut constituer un déplacement forcé, interdit par les Conventions de Genève.
Témoignages de terrain
Dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, le Palestinien Adel Imran affirme que des hommes armés (Palestiniens) ont ouvert la porte du bus et les ont emmenés dans des véhicules militaires dans la région de Moraj, entre Rafah et Khan Younis, avant de les fouiller et de les remettre à l'armée israélienne.
Dans la même vidéo, Amani Imran a déclaré que des hommes armés leur avaient confisqué leurs affaires, puis que des soldats israéliens les avaient convoqués un par un pour les filmer et les interroger sur les raisons de leur départ et de leur retour dans la bande de Gaza.
Dans un autre témoignage, une Palestinienne âgée, dans une vidéo largement diffusée, a déclaré avoir été interrogée pendant environ trois heures à son retour d'un long séjour médical en Égypte. Elle a ajouté que le bus dans lequel ils voyageaient avait été encerclé par des véhicules militaires avant qu'ils ne soient emmenés dans une zone sous contrôle militaire israélien.
Elle a rapporté qu'ils avaient été remis à la soi-disant « Unité antiterroriste », dirigée par Ghassan al-Dahini, chef de la milice « Abou Shabab » dans la bande de Gaza. Là, ils ont été interrogés sur les Palestiniens tués pendant la guerre, dans le but d'instiller la peur parmi les personnes de retour.
Selon les médias égyptiens et israéliens, on s'attendait à ce que 50 Palestiniens traversent quotidiennement la frontière vers Gaza, et un nombre similaire vers l'Égypte, y compris des patients et leurs accompagnateurs. Or, cela ne s'est pas produit à ce jour.
Refus du déplacement et volonté de retour
Selon des estimations palestiniennes à Gaza, 22 000 blessés et malades doivent quitter la bande de Gaza pour se faire soigner, en raison de l'état catastrophique du système de santé, conséquence de la guerre d'extermination israélienne. Des chiffres semi-officiels indiquent qu'environ 80 000 Palestiniens se sont inscrits pour retourner à Gaza, ce qui témoigne clairement de leur détermination à refuser le déplacement et de leur volonté de rentrer chez eux malgré les destructions israéliennes.
Avant la guerre d'anéantissement israélienne, des centaines de Palestiniens quittaient Gaza chaque jour par la frontière vers l'Égypte, et des centaines d'autres y retournaient.
Ron est entré dans la bande de Gaza par la voie de circulation normale, et le fonctionnement du point de passage était contrôlé par le ministère de l'Intérieur de Gaza et la partie égyptienne, sans ingérence israélienne.
Israël était censé rouvrir le point de passage lors de la première phase de l'accord de cessez-le-feu, entré en vigueur le 10 octobre 2015, mais il n'a pas respecté cet engagement.
(Correspondance locale - Gaza, le 13 février 26)
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