La diplomatie marocaine a annoncé, lundi 19 janvier, que le roi Mohammed VI allait ratifier la charte de l’organisation censée accompagner le plan de paix pour Gaza. Le royaume chérifien est également pressenti pour contribuer à la force de stabilisation dans l’enclave palestinienne.
Mohammed VI est le premier chef d’Etat africain et arabe à l’avoir annoncé : à l’invitation de Donald Trump, le Maroc rejoindra le « conseil de la paix » voulu par le président américain, a indiqué le ministère marocain des affaires étrangères, lundi 19 janvier. Le royaume chérifien s’apprête à intégrer un organisme aux visées encore floues : initialement destiné à accompagner le plan de paix pour Gaza, il pourrait remplir d’autres missions, voire concurrencer l’Organisation des Nations unies (ONU), honnie par le locataire de la Maison Blanche.
L’annonce de la diplomatie marocaine intervient alors que le Maroc est pressenti pour participer à la force internationale de stabilisation dans l’enclave palestinienne. Selon le journaliste israélien Barak Ravid, du site américain Axios, le premier ministre marocain Aziz Akhannouch affirmait au Forum économique mondial de Davos, mardi, que « le Maroc envisage d’envoyer des soldats à Gaza ». Des propos aussitôt démentis par l’entourage du chef du gouvernement. « Aziz Akhannouch a uniquement confirmé l’accord de Mohammed VI à rejoindre le conseil de paix », écrivait le site marocain Le Desk, en milieu d’après-midi.
Le 14 janvier déjà, Axios citait pourtant des responsables américains assurant que le Maroc devrait être « un des principaux pays contributeurs » de la force de stabilisation aux côtés de l’Indonésie, elle aussi conviée par Donald Trump à siéger à son « conseil de la paix ». L’information n’avait pas été démentie officiellement par la primature. Ni le cabinet du premier ministre ni celui du ministre des affaires étrangères n’étaient disponibles dans l’immédiat pour commenter.
A ce stade, Mohammed VI rejoint le cercle encore restreint des chefs d’Etat – Javier Milei (Argentine), Alexandre Loukachenko (Biélorussie) ou encore Viktor Orban (Hongrie) – ayant accepté la proposition américaine. Le roi ne devrait toutefois pas assister à la cérémonie de signature du « conseil de la paix », prévue jeudi 22 janvier, à Davos, où il pourrait être représenté par son chef de gouvernement ou son ministre des affaires étrangères. Rien ne filtre non plus sur le paiement par le Maroc du ticket d’entrée, faramineux, dans la nouvelle organisation de Donald Trump : « plus d’un milliard de dollars en espèces » (environ 850 millions euros), selon sa charte, que Mohammed VI s’est engagé à signer.
Coopération militaire avec Israël
La participation marocaine n’a rien de surprenant. Elle s’inscrit dans le sillage du partenariat, sécuritaire et militaire, noué entre le Maroc et Israël depuis la reprise des relations officielles entre les deux Etats en décembre 2020. Cette normalisation avait permis au Maroc d’obtenir une précieuse contrepartie : la reconnaissance par les Etats-Unis, durant le premier mandat de Donald Trump, de la « marocanité » du Sahara occidental. Au même titre que le Maroc, les principaux signataires des traités de paix (dits « accords d’Abraham ») avec l’Etat hébreu – Bahreïn, Emirats arabes unis et Kazakhstan – ont ainsi été invités à être membre du « conseil de la paix » par le président américain. Les deux premiers pays ont déjà donné leur accord, mardi 20 janvier.
L’administration de Donald Trump, depuis sa réélection, n’a cessé de louer le rôle du Maroc, « un partenaire clé sur les questions de sécurité », saluant son « rôle moteur » dans la résolution du conflit israélo-palestinien depuis que Rabat a embrassé la normalisation. Elle a également soutenu activement la position marocaine au Conseil de sécurité de l’ONU lors d’un vote historique, en octobre 2025, d’une résolution reconnaissant son plan d’autonomie au Sahara occidental comme la référence principale d’une recherche de solution au conflit. Aussi, sur la cinquantaine de pays approchés par la Maison Blanche, selon un décompte de l’agence Bloomberg, le Maroc est le seul pays du Maghreb – et même d’Afrique, avec l’Egypte.
« Donald Trump veut réunir des dirigeants qui parlent aussi bien avec les Israéliens qu’avec les Palestiniens. Or, le Maroc dialogue depuis longtemps avec les deux parties », souligne Jamal Amiar, auteur de plusieurs ouvrages sur les relations du royaume chérifien dans cette région du Proche-Orient. Pour le journaliste et chercheur marocain, la solution que défendra Rabat au sein du « conseil de la paix » – création d’un Etat palestinien fondé sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale – pourrait freiner « la politique du bulldozer » du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, dont les relations avec Mohammed VI sont passées du chaud au froid glacial depuis les massacres du 7-Octobre et le siège sanglant de Gaza.
Il n’empêche, malgré plus de 70 000 morts gazaouis, selon le ministère de la santé de l’enclave, contrôlé par le Hamas, dont les estimations sont jugées fiables par les organisations internationales, Rabat maintient coûte que coûte sa coopération militaire avec Israël. Celle-ci s’est même intensifiée avec le déploiement annoncé mi-janvier du coûteux système de défense aérienne Barak MX, acheté à l’Etat hébreu, et le début de fabrication de drones israéliens sur le territoire marocain. Soucieux de mettre en avant sa double proximité, le gouvernement s’affiche néanmoins comme un médiateur au bénéfice des Palestiniens, que ce soit pour débloquer des fonds, retenus par l’Etat hébreu, destinés à l’autorité palestinienne ou faciliter l’envoi d’aide humanitaire à Gaza.
« [L]es relations [du Maroc] en Israël servent la cause de la paix et défendent les droits des Palestiniens », justifiait ainsi une source diplomatique marocaine à l’agence Reuters, en 2024. Celles-ci sont pourtant de moins en moins acceptées par l’opinion publique du royaume. Réalisée entre 2023 et 2024, une enquête du centre de recherche Arab Barometer chiffre à seulement 13 % la part des Marocains sondés se disant favorables à la normalisation des relations avec l’Etat hébreu.
Alexandre Aublanc
Le Monde du 21 janvier 26

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