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Le Liban traverse aujourd'hui, une fois de plus, une période extrêmement dangereuse de son histoire moderne. On peut même dire qu'il s'agit de la période la plus dangereuse qu'il ait jamais connue depuis 1948, tant en termes de situation interne résultant des répercussions de l'agression menée par l'entité sioniste depuis le 17 septembre 2024, ou en termes de projets proposés sur la scène arabe en général, dont le plus important est le projet du « Nouveau Moyen-Orient » fondé sur les « accords d'Abraham pour la paix, la coopération économique et la sécurité » et tous les accords qui les ont précédés, à commencer par l'accord de Camp David, puis ceux d'Oslo et de Wadi Araba. Ce projet, dont la stratégie consiste à exercer un contrôle total sur la région arabe, qui occupe une position stratégique et dispose d'un potentiel économique important, renvoie à la carte présentée par la délégation du mouvement sioniste mondial à la conférence de paix de Paris en 1919.
Si nous voulons détailler les principales causes de cette dangerosité exceptionnelle, nous devons nous attarder sur certains titres parus entre l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2017 et son retour au début de l'année 2025 :
Le premier de ces titres concernait l'accord officiel de Washington sur le projet de transformation de l'entité sioniste en « État des Juifs dans le monde », que ce soit par le transfert de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem, « capitale éternelle d'Israël », ou par la sanctification du Golan, en violation du droit international, au nom de l'entité usurpatrice, ou encore par le biais de l'aide militaire, financière, diplomatique et en matière de renseignement considérable fournie au gouvernement Netanyahu, en particulier depuis l'automne 2023, qui a coïncidé avec le retour des discussions sur le « canal Ben Gourion » reliant Eilat à Gaza et sur le projet de « Riviera » Gazaouie après l'expulsion des véritables propriétaires ... Sans oublier ce qui se trame concernant la situation à Bab al-Mandab et dans le Golfe d'Aden après la reconnaissance soudaine, il y a quelques jours, par Netanyahu, de l'État de « Somali land » (terre de Somalie).
Le deuxième de ces titres concerne la mise en œuvre, aujourd'hui, de la deuxième phase du plan visant à s'emparer progressivement de tout le sud du Liban, jusqu'à Saïda à l'ouest et le Mont Hermon (Jabal El-cheikh) à l'est, par le biais d'un projet visant à transformer la zone frontalière libanaise en « zone économique » avec des fonds arabes et sous la supervision directe des États-Unis et d'Israël, après avoir privé le peuple libanais de son droit à une partie de ses eaux territoriales sous le nom de « champ de Karish », qui recèle d'importantes richesses gazières. Pour cette raison, l'entité sioniste refuse de mettre fin à son agression contre le sud, ainsi que de se retirer des cinq collines qu'elle a occupées à l'automne 2024, profitant de la position américaine qui a conduit, après ce qu'on a appelé « le cessez-le-feu de novembre 2024 » (1), à l'exclusion des forces de l'ONU et à la prise de contrôle par la « commission du mécanisme » présidée par un officier américain et supervisée par l'émissaire sioniste de Trump, Morgan Ortegus.
Le troisième de ces titres consiste à élargir le rôle de la « commission du mécanisme », qui est passée de la supervision des réunions concernant la mise en œuvre du cessez-le-feu (qui n'a jamais réellement été appliqué) et à la première phase de désarmement au sud du fleuve Litani, à la supervision des réunions politiques et diplomatiques présidées par Ortegus, auxquelles ont participé, du côté israélien, le vice-président du département des affaires étrangères et, du côté libanais, l'ancien ambassadeur à Washington, Simon Karam. Il faut dire que dès la première réunion, il a été proposé de « formuler des idées visant à renforcer la coopération économique » entre le Liban et l'entité sioniste. .. Ce passage des discussions militaires et sécuritaires indirectes au dialogue politique direct rappelle ce qui s'est passé après l'agression sioniste de 1982 et les discussions qui ont eu lieu dans la région de Khaldeh (au sud de Beyrouth) sous la supervision de l'ambassadeur Antoine Fattal ; ces réunions, rappelons-le, avaient abouti à l'accord du 17 mai 1983 qui devait confirmer, s’il n’ava it pas été mis en échec, « la fin de l'état de guerre entre le Liban et Israël et l'établissement de relations amicales » avec l'entité, ainsi que « la création de bureaux de liaison entre les deux pays pour conclure des accords commerciaux»(2).
Ce dernier point soulève, une fois de plus, une question légitime quant à l'entrée du Liban dans une nouvelle phase de normalisation des relations, et si les déclarations de certains responsables libanais et américains (notamment celles du chef du gouvernement lors d'une interview télévisée), suivies de l'appel lancé par l'émissaire américain Tom Barrak aux Libanais pour qu'ils s'engagent dans le projet de « paix des enfants d’Abraham » pour la région, sont celles qui sont mises en œuvre aujourd'hui à Naqoura... En d'autres termes : sommes-nous revenus, comme nous y avait invités l'ancien président de la République Amin Gemayel, à ce que nous avions rejeté il y a quarante et un ans, à un « nouveau 17 mai », accompagné cette fois-ci d'un déplacement massif de près d'un million de Libanais de leurs terres, à l'image de ce qui se passe en Palestine occupée, et suivi d'un nouveau tracé de nos frontières avec la Palestine occupée ?
Depuis les années 90, nous avons attiré l'attention sur la dangerosité du projet appelé « Nouveau Moyen-Orient » et les intentions de ses instigateurs étasuniens de redessiner les frontières des pays de la région en les fragmentant en États confessionnels et ethniques, comme cela s'est produit en Libye, au Soudan, en Irak et au Yémen, et comme cela se produit aujourd'hui en Syrie et au Liban. Tout cela grâce à la soumission totale des régimes arabes au projet impérialiste américain qui cherche à sortir de sa crise étouffante en renforçant sa domination militaire sur le monde, les sources d'énergie, d'eau et de nourriture, ainsi que leurs voies d'approvisionnement, en commençant par son arrière-cour, c'est-à-dire l'Amérique latine, suivie de la Chine...
Voilà pourquoi nous revenons aujourd'hui pour sonner l'alarme contre ces projets qui menacent l’existence même du Monde arabe et l’arabité de la région tout entière, à commencer par la Palestine et le Liban, suivis de près par la Syrie. Et voilà pourquoi nous attirons, une fois de plus, l’attention du peuple libanais, mais aussi des peuples arabes sur le fait que la solution réside dans une résistance générale à ces projets ; ce qui nécessite une action rapide visant à rassembler les forces qui refusent la normalisation des relations avec l’occupant colonialiste dans le cadre d'un nouveau mouvement de libération arabe(3) qui doit proclamer rapidement ses composantes et son programme pour une solution radicale, tout en mettant en place les mécanismes progressifs pour la mise en œuvre de ce programme.
Dr Marie Nassif – Debs
Ex Secrétaire générale adjointe du Parti communiste libanais.
(Article publié en arabe dans le numéro 25/ janvier 2026 de la revue koweitienne « Taqaddom »)
Notes :
(1) - Nous rappelons certains éléments contenus dans le dernier accord de cessez-le-feu au Liban, conclu sous la supervision des États-Unis et de la France :
A - « Israël et le Liban mettront fin aux hostilités à partir de 4 heures (heure d'Israël / Europe de l'Est) le 27 novembre 2024, conformément aux engagements détaillés ci-dessous... [Nous en citons quelques exemples non exhaustifs].
B - À partir de 4 heures (heure d'Israël / Europe de l'Est) le 27 novembre 2024, le gouvernement libanais empêchera le Hezbollah et tous les autres groupes armés présents sur le territoire libanais de mener des opérations contre Israël [ce qui est aujourd'hui mis en œuvre par l'armée libanaise], et Israël ne mènera aucune opération militaire offensive contre des cibles dans le sud du Liban, y compris des cibles civiles et militaires, ou toute autre cible appartenant à l'État sur le territoire libanais, que ce soit par voie terrestre, aérienne ou maritime [les agressions n'ont pas cessé, non seulement dans le sud, mais aussi dans la Bekaa ; sans compter les vols de reconnaissance qui sillonnent quotidiennement le ciel libanais et les bombardements qui ont touché à plusieurs reprises des positions de l'armée libanaise et des forces de la FINUL] ».
(2) - L’accord du 17 mai stipulait, surtout, contrairement à la trêve de 1949, « l’abolition de l'état de guerre : proclamation de la fin de l'état de guerre entre le Liban et Israël et établissement de relations amicales », et aussi l’abrogation des traités contraires : abrogation de tous les traités et règlements contraires à l'accord ».
(3) - Cf. La plateforme politique du « Forum de la Gauche arabe », fin mars 2016.
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