« Les Monologues de Gaza » : ce projet hors norme des théâtres publics français pour accueillir 12 artistes gazaouïs

 

Coordonné par le Collège de France, en partenariat avec des structures culturelles et universitaires à travers le territoire, le dispositif Pause est devenu un outil de choix pour l’évacuation vers la France d’artistes et chercheurs vivant en danger de mort.© guichaoua / Alamy / abacapress
64 représentants de structures publiques du spectacle vivant annoncent la création d’une production d’ampleur pour douze artistes gazaouis encore en attente d’évacuation. Au même moment, le programme Pause menace l’arrêt définitif des évacuations depuis Gaza.
La pièce s’appelle Les Monologues de Gaza. Elle est à la fois une promesse et un vœu. Le vœu que puissent se réunir, sur les scènes françaises, douze artistes palestiniens encore bloqués à Gaza, à la merci de frappes israéliennes qui ne se sont jamais arrêtées.
Inédit, le projet a été détaillé au cours d’une conférence de presse donnée sur Zoom mardi 13 janvier. Pour la première fois depuis le début de la terrible phase génocidaire enclenchée par Israël il y a plus de deux ans, 64 institutions théâtrales publiques françaises se serrent les coudes et montent une production d’ampleur, dans l’espoir d’accueillir 12 artistes de Gaza et leurs familles, par le truchement du programme Pause.
Celui-ci œuvre à évacuer artistes et chercheurs de zones de conflit en lien avec des structures françaises prêtes à les accueillir. Pour l’heure, trois de ces candidatures ont été acceptées, donnant « le coup d’envoi possible pour la mise en production du spectacle et la préparation à l’accueil du groupe », indique le communiqué.

« Si la guerre recommence, je sens que je ne survivrai pas »
Mais aujourd’hui, le programme est en passe de s’arrêter, purement et simplement, pour tous les Gazaouis. Coordonné par le Collège de France en partenariat avec des structures culturelles et universitaires à travers le territoire, ce dispositif est pourtant devenu, depuis deux ans, un outil de choix pour l’évacuation vers la France d’artistes et chercheurs vivant en danger de mort — même si depuis novembre 2024, les évacuations ont été gelées sans explication réelle.
« Ce qui nous est dit, c’est que l’on ne peut plus évacuer depuis Gaza », s’indigne Marion Slitine du collectif Ma’an – Ensemble pour les artistes de Gaza. La nouvelle est tombée, pour elle, ce mardi. Principal prétexte invoqué officiellement : le blocage supposé des autorités jordaniennes. « Mais nous avons compris qu’il s’agissait aussi d’un blocage politique des ministères de l’intérieur et des affaires étrangères », affirme Cleo Smits, du même collectif.
De l’autre côté de l’écran, plusieurs de ces lauréats en attente d’évacuation prennent la parole. « Si la guerre recommence, je sens que je ne survivrai pas », craint Ehab Elyan. Alaa, une autre des participantes, filme, par sa fenêtre, un paysage d’immeubles détruits. « Voilà la réalité. Je fais partie des neuf personnes qui n’ont pas eu l’accord pour sortir, mais j’espère vraiment l’obtenir. L’hiver à Gaza, c’est encore pire que le reste du temps. »

« Nous avons les moyens de bien les accompagner »
Face à l’arrêt annoncé des évacuations depuis Gaza, ce projet hors norme doit devenir un moyen de pression pour la reprise des actions. Et la voix unie de 34 CDN, 24 scènes nationales, trois théâtres nationaux, une compagnie et un festival, porter une parole suffisamment forte pour faire bouger les autorités françaises.
« Nous commencerons à travailler avec trois artistes s’il le faut, puis quatre, puis cinq, jusqu’à ce que nous ayons les douze avec nous », s’engage David Bobée. « Nous avons les moyens de bien les accompagner ». Le directeur du théâtre lillois affirme en outre être en contact avec un ministère de la Culture « à l’écoute ».
Créé en 2010 par Iman Aoun et Edward Muallem du théâtre Ashtar, à Jérusalem, Les Monologues de Gaza porte sur scène des témoignages d’adolescents palestiniens. Ce sont les mêmes, maintenant devenus adultes, qui espèrent monter sur les planches françaises. À condition que se lève un blocage politique inexplicable et scandaleux.

Samuel Gleyze-Esteban
L'Humanité du 13 janvier 26

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