Entreprises israéliennes au salon de l’armement Milipol : des ONG déposent un « recours en excès de pouvoir » contre l’État français

 

« Le commerce d’armement auquel Milipol participe tue. Et il tue aujourd’hui à Gaza », dénoncent les associations.© Lafargue Raphael/ABACA
Après le feu vert donné en novembre dernier par Emmanuel Macron à la présence de 39 firmes israéliennes lors du « salon de la sécurité intérieure » organisé à Villepinte, plusieurs associations ont décidé de saisir la justice administrative ce 13 janvier.
Si Gaza ne fait plus la Une des journaux, certaines associations continuent de se battre pour dénoncer la politique génocidaire d’Israël sur place, et ceux qui la soutiennent. Ce mardi 13 janvier, plusieurs organisations, dont l’Union Union Juive Française pour la Paix (UJFP), NIDAL, Al-Haq, Avocats pour la Justice au Proche-Orient (AJPO) et Survie, œuvrant au sein de la coalition Guerre à la Guerre, doivent déposer devant le juge administratif un « recours en excès de pouvoir » contre l’État français, suite au feu vert donné par Emmanuel Macron en novembre dernier à la participation au Salon Milipol de 39 sociétés d’armement israéliennes.

« Milipol incarne la collusion entre l’État et l’industrie de l’armement »
Cette démarche fait suite à la « mise en demeure » qu’avaient lancée ces mêmes associations, le 5 novembre 2025, réclamant l’interdiction de cette participation, qui constitue selon elles un soutien au génocide en cours, malgré le cessez-le-feu du 9 octobre.
« Milipol n’est pas un salon neutre, écrivent ces structures dans un communiqué commun. C’est une plateforme d’achat et de vente de matériel de guerre, de répression et de contrôle. Milipol incarne la collusion structurelle entre l’État et l’industrie de l’armement (…) Le commerce d’armement auquel Milipol participe tue. Et il tue aujourd’hui à Gaza. »
Les associations mettent en avant, en particulier, « l’enrichissement direct d’entreprises dont l’activité est inextricablement liée au régime étatique israélien et à son appareil militaire ». « Les relations économiques qui s’y sont nouées, les contrats qui s’y sont préparés et la légitimation politique qui y a été offerte ont concrètement alimenté les crimes internationaux commis par Israël », assurent les membres de cette coalition.

Cette fois, c’est la responsabilité de l’État qui est visée
Ce n’est pas la première fois que ces derniers saisissent la justice pour faire condamner les complicités offertes à Israël dans ses exactions à Gaza. En octobre dernier, une plainte avait été déposée contre les organisateurs du salon aéronautique du Bourget pour « complicité de crime de guerre et de génocide ». Cette fois, c’est l’État français qui est visé par cette nouvelle procédure.
« La responsabilité des acteurs économiques est réelle, mais elle n’efface pas celle de l’État, qui a autorisé la présence d’entreprises israéliennes à l’événement. Emmanuel Macron a lui-même justifié cette décision par le récent cessez-le-feu, alors que le génocide était toujours en cours. Pour nous, c’est une erreur manifeste d’appréciation », indique la coordinatrice de Droits et Mouvements sociaux (DMS), l’entité qui soutient juridiquement la démarche.
Dans ce dossier, « l’État français ne se contente pas de fermer les yeux : il facilite, protège et normalise des relations économiques qui rendent possibles les crimes internationaux commis par Israël », accusent aussi les associations.
Si le 24e salon Milipol Paris, « salon de la sécurité intérieure des États », a pu se tenir en présence de ces 39 entreprises israéliennes, mais aussi de sociétés commerçant avec ce pays, l’objectif de ce recours est que cela ne se reproduise pas. « En attaquant cette décision stratégique, on lance une bataille jurisprudentielle », résume la représentante de DMS. Une bataille qui promet d’être longue, et pourrait aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme.

Alexandre Fache
L'Humanité du 13 janvier 26

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