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« La société israélienne est profondément travaillée par les mensonges répétés de Benyamin Nétanyahou »

 

Le QG de campagne du Likoud, le parti du premier ministre Benyamin Nétanyahou, lors des élections législatives israéliennes, à Jérusalem, le 27 octobre 2026. LAURENCE GEAI/MYOP POUR « LE MONDE »
Le premier ministre israélien ne cesse d’invoquer la destruction d’Israël pour se poser, au mépris des règles démocratiques, en seul et unique rempart de son peuple.
« Je ne veux plus le voir, c’est un menteur. » C’est en ces termes que, en 2011, le président français Nicolas Sarkozy dénigrait le chef du gouvernement israélien, Benyamin Nétanyahou, au cours d’une conversation qui aurait dû demeurer confidentielle avec le président américain de l’époque, Barack Obama (2009-2017).
Quinze ans plus tard, la liste des contre-vérités proférées et revendiquées par le premier ministre israélien, toujours en fonction, n’a cessé de s’allonger, sans lui éviter de perdre la majorité au Parlement, au terme des législatives du 27 octobre. Il n’en est que plus éclairant de revenir sur quelques-unes de ces manipulations éhontées, à l’heure où la société israélienne est profondément travaillée par les mensonges répétés de Benyamin Nétanyahou.
Devenu chef de l’opposition, à la tête du Likoud, en 1993, Benyamin Nétanyahou ne recule devant aucun amalgame pour saper l’autorité du premier ministre Yitzhak Rabin, coupable à ses yeux d’avoir lancé un processus de paix avec les Palestiniens. Il l’accuse de vouloir restituer l’intégralité des territoires occupés par l’armée israélienne en 1967, alors même que seuls des arrangements intérimaires ont été conclus.
Il qualifie en outre les limites d’Israël, en 1967, de « frontières d’Auschwitz », comme si l’Etat israélien avait été menacé en permanence de génocide durant les deux premières décennies suivant sa fondation, en 1948. De telles outrances contribuent à la campagne de haine contre Yitzhak Rabin, caricaturé en officier SS par ses plus farouches adversaires, avant d’être assassiné, en 1995, par l’un d’entre eux.

La bombe nucléaire
Premier ministre de 1996 à 1999, Benyamin Nétanyahou cultive ensuite ses relations avec les néo-conservateurs qui entourent le président américain George W. Bush, élu en 2000. Il se joint à leur dénonciation d’un prétendu programme nucléaire en Irak, dont l’état d’avancement serait tel qu’un renversement de Saddam Hussein s’imposerait à court terme. Il martèle en 2002, à Washington, que seul « le démantèlement du régime suffira » à empêcher le dictateur irakien d’acquérir l’arme nucléaire.
Aucune trace d’un arsenal atomique n’est pourtant découverte après l’invasion américaine de l’Irak, en 2003. Cela n’empêche pas Benyamin Nétanyahou de reprendre très vite un argumentaire aussi alarmiste, mais cette fois au sujet du programme nucléaire iranien. Revenu à la tête du gouvernement israélien en 2009, il s’oppose frontalement à l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien que signe, entre autres, le président Obama, en 2015, au nom des Etats-Unis.
Cet accord parvient à brider le programme iranien durant trois ans, jusqu’à ce que Donald Trump, le successeur de Barack Obama à la Maison Blanche, en retire les Etats-Unis en 2018. Benyamin Nétanyahou applaudit un tel coup de force, qui laisse pourtant les mains libres à la République islamique d’Iran dans le domaine nucléaire, les offensives israélo-américaines de 2025 et de 2026 ayant renforcé le régime qu’elles prétendaient abattre.

La « solution finale »
Le premier ministre israélien affirme devant le Congrès sioniste mondial, en 2015 à Jérusalem, qu’Adolf Hitler voulait seulement « expulser » les Juifs en 1941 et que le grand mufti de Jérusalem, Haj Amin Al-Husseini, alors réfugié à Berlin, l’aurait convaincu de les « exterminer ». Une telle réécriture de l’histoire de la Shoah suscite un tollé de protestations chez les spécialistes en Israël et dans la diaspora.
La chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel, rappelle solennellement la responsabilité des nazis dans la « solution finale ». Mais Benyamin Nétanyahou est parvenu à ternir un peu plus l’image des Palestiniens aux yeux de ses compatriotes : non seulement il n’y aurait pas de « partenaire[s] pour la paix » chez les Palestiniens, mais ceux-ci ne chercheraient, en repoussant Israël dans les « frontières d’Auschwitz », qu’à parachever le génocide hitlérien dont un de leurs dirigeants aurait été l’inspirateur direct. La volonté du premier ministre israélien d’assimiler les Palestiniens aux nazis est donc bien antérieure aux massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023.
La perspective de perdre le pouvoir après dix-neuf années cumulées à l’exercer le pousse à de nouvelles surenchères. A la veille des législatives du 27 octobre, il déclare que « l’Etat juif est au bord de la ruine » si l’opposition arrive en tête. Il accuse ensuite les deux formations majoritairement arabes d’avoir « volé » les élections du fait d’un score sans précédent. Et il laisse son propre parti, le Likoud, brandir la menace d’une « islamisation d’Israël » en cas d’alternance politique. De telles outrances finissent par être contre-productives, puisque Benyamin Nétanyahou ne peut rallier que 46 des 120 futurs députés, contre 67 pour son rival, le centriste Gadi Eisenkot.
Mais l’actuel premier ministre fera tout pour retarder, voire saboter la constitution d’un nouveau gouvernement. Et il faudra encore longtemps pour désintoxiquer la société israélienne des mensonges martelés par le chef du Likoud depuis plus de trois décennies. La seule certitude est que, oui, il y a un avenir pour Israël après Benyamin Nétanyahou et, surtout, sans lui.

Jean-Pierre Filiu
Professeur des universités à Sciences Po
Le Monde du 08 novembre 2026

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