Le 27 octobre prochain, pour la première fois depuis les attaques du 7-Octobre, les Israéliens sont appelés aux urnes pour renouveler la composition de la Knesset et ses 120 députés. Si les principales coalitions divergent sur certains points, notamment la place du religieux dans la société, elles restent à quelques exceptions près d’accord sur l’essentiel : oui à la colonisation, non à l’autodétermination palestinienne.
Sommes-nous en passe de voir émerger le Parlement le plus radical de l’histoire d’Israël ? La question se pose tant s’est banalisée dans le pays une parole décomplexée où se mêlent déshumanisation des Palestiniens et suprémacisme messianique. Deux blocs se sont formés au fil des mois et présentent des différences notables. D’une part, le bloc organisé autour du Likoud et qui pourrait permettre à Benyamin Netanyahou de se maintenir au pouvoir. De l’autre, celui du « changement », qui fait surtout campagne pour tenter de clore l’hégémonie du premier ministre sortant.
En vue de former un gouvernement, une majorité doit se former au Parlement en réunissant au moins 61 députés. Chaque parti doit cependant passer la barre des 3,25 % des votes, auquel cas il reçoit un minimum de quatre sièges. Le nombre important de partis en Israël explique la difficulté à former une majorité et les longues tractations entre les groupes parlementaires au lendemain du vote.
Netanyahou, vecteur du messianisme
La coalition formée autour du gouvernement sortant rassemble les partis les plus radicaux de l’histoire du pays. Outre le Likoud historiquement à droite, on retrouve les partis religieux messianiques. « Depuis la formation du gouvernement le 1er janvier 2023, les ministres sionistes religieux ont renforcé leurs bases », explique le journaliste franco-israélien Charles Enderlin.
« Benyamin Netanyahou est le fondateur de ce système. Il s’entoure de hauts fonctionnaires issus des écoles talmudiques sionistes religieuses. Une victoire du camp pro-Netanyahou sera une avancée supplémentaire vers la transformation d’Israël en une théocratie messianique », poursuit l’auteur de nombreux ouvrages sur les mouvements religieux au Proche-Orient, dont le Grand Aveuglement.(1)
Au sein de cette coalition, deux ministres font campagne pour leurs partis respectifs : Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir. Deux nuances de fondamentalisme religieux suprémaciste inspirées du kahanisme, théologie basée sur deux piliers : étendre la terre d’Israël du Nil à l’Euphrate et instaurer la loi religieuse dans les institutions d’État.
Ce bloc pro-Netanyahou inclut aussi le parti Shas et le Mouvement de la Torah unifiée, mouvements religieux ultraorthodoxes rassemblant respectivement des membres des communautés séfarade et ashkénaze. Ils soutiennent Netanyahou pour préserver leurs énormes avantages fiscaux et maintenir les exemptions de conscription militaire des ultraorthodoxes, un sujet particulièrement sensible en Israël.
Une opposition hétérogène
Face à ce premier bloc, l’opposition se coalise autour de Gadi Eisenkot et de son parti Yashar (« intègre » en hébreu). Figure militaire de premier plan, Gadi Eisenkot s’est fait connaître en théorisant la doctrine Dahiyeh, qui préconise la destruction totale des infrastructures où opèrent les mouvements de résistance, comme la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Cette théorie a depuis été poussée à l’extrême à Gaza, dans le Liban du Sud ainsi que dans plusieurs camps de réfugiés en Cisjordanie.
Yashar s’est allié à plusieurs personnalités politiques israéliennes ayant autrefois collaboré avec le Likoud : le duo formé par Naftali Bennett et Yaïr Lapid. Ils partagent une vision séculaire de l’État israélien sans pour autant prôner l’égalité entre juifs et non-juifs en Israël. Leur mouvement, Ensemble, s’est d’ailleurs distancié de la liste de Raam, un parti arabe islamique modéré qui avait soutenu le gouvernement Bennett-Lapid par le passé, afin d’éviter l’anathème qu’une telle association pourrait apporter.
Le Likoud a toutefois organisé de nombreuses campagnes pour discréditer l’opposition en l’associant à Raam pour mobiliser un imaginaire raciste. Naftali Bennett s’est lui aussi illustré à de nombreuses reprises durant sa carrière avec des diatribes xénophobes. Cet ancien ministre de Netanyahou fait notamment campagne pour imposer la conscription des ultraorthodoxes dans l’armée tout en étant un fervent défenseur des colons et de l’expansionnisme israélien.
La frange la plus modérée de cette coalition est incarnée par Yaïr Golan, général réserviste et vétéran de nombreuses guerres israéliennes depuis 1982. « Yaïr Golan est en faveur de la solution à deux États et s’oppose à la réoccupation de Gaza. Plusieurs membres de sa liste électorale sont des militants anti-occupation et vont en Cisjordanie s’opposer au terrorisme juif antipalestinien », analyse Charles Enderlin.
« La droite les accuse d’être des gauchistes antipatriotiques. Ils seront un élément indispensable dans toute coalition que formera Gadi Eizenkot », ajoute-t-il. Son leader soutient toutefois le maintien des colonies et appelait au blocus total de l’aide humanitaire à Gaza durant la guerre tant que seraient retenus des otages.
Netanyahou peut s’accommoder d’un Parlement sans majorité
Derrière ces deux blocs viennent les partis rassemblant la communauté arabe et qui pourraient faire peser la balance d’un côté en rejoignant une coalition électorale. Raam s’accommoderait d’une alliance avec les partis sionistes en échange de concessions budgétaires et politiques pour sa communauté. La Liste unifiée rassemble, quant à elle, la gauche antisioniste arabe et juive et dont le principal candidat a été poussé à se désister par la Cour suprême israélienne.
Historiquement opposée à collaborer avec la droite sioniste, la Liste unifiée, qui est minoritaire, pourrait faire des concessions en proposant une alliance à l’opposition en échange de garanties concrètes : la fin des démolitions des habitations dans les communautés arabes et un engagement à reprendre le processus diplomatique en vue de la création d’un État palestinien. Un dernier point contre lequel plusieurs candidats de l’opposition font cependant campagne.
Loin d’être écrite, l’issue de ce scrutin déterminera l’avenir d’Israël, encore meurtri par les attaques du Hamas et en proie à une poussée de nationalisme religieux délétère. Si l’opposition entend inverser la vapeur, l’ancien conseiller de la Liste unifiée, Joseph Mansour, rappelle que Benyamin Netanyahou s’accommodera d’un Parlement sans majorité, ce qui lui donnera un nouveau sursis pour éviter d’affronter la justice et les commissions d’enquête sur les causes et le déroulement du 7-Octobre.
Sylvain Mercadier
L'Humanité du 23 octobre 26
1 - Le Grand Aveuglement, de Charles Enderlin, édition poche Albin Michel, octobre 2026.

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