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Sortie limitée à deux jours, cinémas indépendants écartés… Pourquoi la distribution du film « Naza » par MK2 agace

 

À film exceptionnel, dispositif exceptionnel. Avec 500 séances prévues les 12 et 13 octobre, « Naza » s’annonce comme un événement. Mais les salles Art et Essai n’ont pas été servies comme elles l’auraient souhaité.
Aux dires du Guardian, le média britannique producteur du film, Naza va sortir au cinéma dans 56 pays. MK2, qui, en plus des ventes internationales, se charge de la distribution dans les salles françaises, a décidé d’un dispositif atypique. Plutôt qu’une sortie classique, la société a obtenu un visa exceptionnel pour diffuser le film en salles les 12 et 13 octobre.
Chronologie des médias oblige, le nombre de séances est limité à 500. Un procédé justifié selon MK2 par la mise en ligne du film par The Guardian à la fin novembre. Mais, derrière ce narratif, certains exploitants, notamment indépendants, s’agacent.
En annonçant la date de sortie du film le 28 septembre, soit deux semaines en amont, MK2 a certes respecté le délai minimum légal mais s’est exempté des six semaines recommandées par le comité de concertation du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) afin de ne pas déséquilibrer le marché.
Si l’on ajoute que certaines salles indépendantes ont vu leur demande d’accès au film refusée ou accordée très tardivement, on peut comprendre leur irritation. « Même si on a eu du mal à avoir des réponses rapides de MK2, qui avait suspendu ses réponses pour s’assurer d’avoir les circuits, nous avons pu le programmer », témoigne Gautier Labrusse, président du GNCR (Groupement national des cinémas de recherche) et directeur du cinéma Lux, à Caen.
Du côté de MK2, on réfute totalement ses allégations. « La combinaison de salles générée par cette contrainte (limitation à 500 séances) empêche de servir tout le monde, mais un équilibre géographique est en place entre les circuits et les salles indépendantes, équilibre qui donne plus d’un tiers des salles dites « indépendantes ». Par ailleurs, la liste des salles est publique et parle d’elle-même. »

262 séances annoncées sur les 500
MK2 n’a pas donné suite à nos demandes répétées pour obtenir cette liste. En outre, le site AlloCiné, en lien direct avec les cinémas, annonce 262 séances, comme si les 500 prévues n’avaient pas trouvé preneur.
Une hypothèse confirmée par des exploitants, évoquant des coups de téléphone pour programmer en dernière minute une ou deux projections supplémentaires. « Ma position de principe, c’est que je suis opposé à ces sorties événementielles qui déséquilibrent le marché. Mais si je sors ma casquette d’exploitant, je considère qu’il y a urgence. Je trouve tout de même dommage que beaucoup de salles du GNCR, mais pas seulement, soient privées de la possibilité de le montrer », avance Gautier Labrusse.
D’autant que la sortie du film suscite des attentes. « Depuis sa présentation à Venise, plein de spectateurs nous ont écrit pour savoir quand on montrerait le film », renchérit Sylvie Larroque, codirectrice de l’Atalante, à Bayonne.
« Ma première réaction a été de dire : « Mais c’est quoi cette sortie ? » C’est quand même problématique que ce film soit quasiment, je n’ose dire vendu comme un produit, mais utilisé pour faire un coup. C’est un peu inquiétant par rapport à ce que représente ce film politiquement », témoigne-t-elle.
Quoi qu’il en soit, la première projection du film a été remplie en quarante-huit heures, « ce qui n’arrive jamais ». MK2 l’a donc encouragé à ouvrir une seconde séance.

Michaël Mélinard
L'Humanité du 11 octobre 26

La photo: En annonçant la date de sortie du film le 28 septembre, soit deux semaines en amont, MK2 a certes respecté le délai minimum légal mais s’est exempté des six semaines recommandées par le comité de concertation du CNC.
© The Guardian

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