Benyamin Nétanyahou et Gadi Eisenkot, les deux principaux candidats aux législatives du 27 octobre, ne divergent pas sur le rôle de leur pays au Proche et au Moyen-Orient. Et la guerre contre l’Iran, à laquelle l’écrasante majorité des Etats arabes était opposée, a achevé d’installer l’Etat hébreu comme un facteur de déstabilisation régionale.
Par le passé, les élections israéliennes ont parfois été l’occasion pour des candidats d’exprimer leurs visions du Proche et du Moyen-Orient et la place que pourrait y prendre l’Etat hébreu. Cette question est devenue centrale pour les autres pays de la région après le traumatisme qu’ont causé les massacres du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas palestinien sur le pourtour de la bande de Gaza.
En effet, le premier ministre sortant, Benyamin Nétanyahou, a alors affirmé vouloir « redessiner » le Moyen-Orient en fonction des intérêts d’Israël. Les guerres qui se sont enchaînées au cours des trois dernières années ont donné corps à cette ambition d’établir une « pax hebraica » inédite, reposant sur une puissance de feu inégalée, accrue par le soutien militaire inébranlable des Etats-Unis.
Il existe certes des différences notables entre les deux principaux candidats que les élections législatives du mardi 27 octobre ont opposés sans distinguer un vainqueur incontestable, Benyamin Nétanyahou et Gadi Eisenkot, dont les personnalités sont diamétralement opposées. Elles ne concernent cependant que les citoyens de l’Etat hébreu.
Qu’il s’agisse de la légitimité d’une commission d’enquête à propos des failles sécuritaires qui ont rendu possible le 7-Octobre, de la conscription, à laquelle les religieux ultraorthodoxes échappent du fait d’une exemption remontant à 1948, à une époque où ils ne représentaient qu’une petite minorité des citoyens de l’Etat proclamé la même année, ou encore du respect du principe démocratique de séparation des pouvoirs, ces différends laissent de côté la question du rôle démesuré que joue Israël dans la région.
Quête de profondeur stratégique
Les ambitions exprimées par Benyamin Nétanyahou ont pourtant précipité des fractures latentes. Lorsque la région était soumise à une autre tentation hégémonique, matérialisée par l’« axe de la résistance » mis sur pied par le régime iranien jusqu’à la Méditerranée et auquel les houthistes du Yémen s’étaient ajoutés, Israël et les pays arabes pouvaient considérer qu’ils partageaient un ennemi, ou un rival commun. Les accords d’Abraham de 2020, négociés pendant le premier mandat de Donald Trump (2017-2021), avaient d’ailleurs été la traduction spectaculaire de cette convergence.
Cette dernière a été balayée à la fois par des choix qui ont fait, plus que jamais, de la guerre préventive une constante israélienne, et de la quête de profondeur stratégique avec les deux pays avec lesquels l’Etat hébreu n’a pas conclu de traités de paix, le Liban et la Syrie, un impératif assumé, quelles qu’en soient les conséquences pour ces deux Etats.
La guerre lancée le 28 février contre l’Iran, à laquelle l’écrasante majorité des pays arabes était fermement opposée, a achevé d’installer Israël comme un facteur de déstabilisation, au même titre que Washington. Amoindri, mais amoindri seulement par les guerres de l’Etat hébreu, l’« axe de la résistance » fait désormais face à celui composé des Etats-Unis, d’Israël et des Emirats arabes unis, l’un des deux signataires dans la région, avec Bahreïn, des accords d’Abraham. S’y ajoute un troisième, rassemblant l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. La fragmentation est totale.
Par ailleurs, les rivalités ont débordé au-delà de ce cadre. La Corne de l’Afrique, depuis la reconnaissance du Somaliland par Israël facilitée par Abou Dhabi, fin 2025, en est un exemple. Il en va de même de la guerre fratricide soudanaise, dans laquelle Riyad et les Emirats arabes unis défendent des factions opposées.
Usage disproportionné de la force
On serait pourtant bien en peine de distinguer Gadi Eisenkot de Benyamin Nétanyahou sur la question du rôle d’Israël au Proche et au Moyen-Orient, y compris pour la plus simple en apparence, celle concernant les relations avec le régime en place en Syrie depuis décembre 2024. Les dernières guerres de l’Etat hébreu ont bénéficié du soutien unanime de l’opposition israélienne. Cette dernière s’est même montrée encore plus jusqu’au-boutiste, en juin, lorsqu’il est apparu que Benyamin Nétanyahou avait décidé de ne pas ordonner de nouveaux bombardements contre l’Iran, sous la pression de Donald Trump.
Gadi Eisenkot a donné son nom à une doctrine préconisant l’usage disproportionné de la force qui a été expérimentée sous son commandement à Beyrouth, lors de la guerre de 2006 contre le Hezbollah. Cette doctrine est devenue centrale pour l’armée israélienne, à Gaza comme dans le sud du Liban. Benyamin Nétanyahou et son rival assurent enfin être des adversaires résolus d’un Etat palestinien qui devient de plus en plus hypothétique du fait du nettoyage ethnique sans précédent conduit en Cisjordanie.
Pour trouver une éventuelle variable d’ajustement stratégique pour le Proche et le Moyen-Orient, il faut sans doute se tourner vers Washington plutôt que vers Israël. Une mutation y est cours en raison de la détérioration historique de l’image de l’Etat hébreu aux Etats-Unis, qu’un maintien au pouvoir de Benyamin Nétanyahou accentuerait.
Un autre facteur réside dans les représailles iraniennes à l’attaque américano-israélienne de février. Non seulement Washington s’est montré incapable de protéger ses alliés, mais ses bases dans le Golfe ont également essuyé des bombardements dévastateurs, même si les dommages ont été minimisés.
Prévu de longue date, le retrait définitif des forces américaines présentes en Irak pourrait constituer un avant-goût d’un désengagement stratégique des Etats-Unis du Proche et du Moyen-Orient promis par plus d’un président sans jamais qu’il ne se matérialise. Il est à rapprocher de celui qui s’esquisse sur le sol européen, mais il concerne des alliés de Washington encore moins disposés à assurer leur sécurité que les membres européens de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Et ces alliés savent qu’aucune autre grande puissance, qu’il s’agisse de la Chine ou de la Russie, ne pourra prendre la suite des Etats-Unis au Proche et au Moyen-Orient.
Gilles Paris
Le Monde du 29 octobre 26
Spéculation
Par Roland RICHA
https://assawra.blogspot.com/2026/10/justice.html


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