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| L’Envol des oiseaux, de Steve Brusatte, Quanto, 448 p., 24,50 €. |
Dans l’œil d’un pigeon placide, il faut regarder le tyrannosaure qui s’ignore. Car « les oiseaux sont des dinosaures », assène Steve Brusatte dans son dernier livre, L’Envol des oiseaux, qui succède à ses remarquables Le Triomphe et la Chute des dinosaures et Le Triomphe et le Règne des mammifères (Quanto, 2024). Avec enthousiasme, le paléontologue américain démontre comment, du jurassique, il y a 150 millions d’années, à nos jours, la lignée aviaire parmi les dinosaures a engendré une diversité d’oiseaux : de 10 000 à 20 000 espèces, contre 6 500 chez les mammifères.
« De nombreux traits si caractéristiques des oiseaux actuels se sont mis en place peu à peu chez différents ancêtres dinosauriens, sur des dizaines de millions d’années. Les plumes, les ailes, la furcula, les poumons efficaces, les os creux, les œufs colorés à coquille dure et la couvaison active au nid sont ainsi apparus séparément, l’un après l’autre. » Par exemple, les plumes, excroissances complexes de l’épiderme, recouvraient déjà de petits dinosaures, les cœlurosauriens. Elles ornaient aussi « la Joconde de la paléontologie », comme l’auteur désigne le premier fossile d’Archaeopteryx, découvert en Allemagne en 1861.
L’Envol des oiseaux, illustré et agencé en chapitres chronologiques, a pour mérite de nous faire voyager dans le temps et l’espace avec d’autres chercheurs : l’Américaine Tilly Edinger (1897-1967), fondatrice de la paléoneurologie, l’Américaine Julia Clarke, experte de la syrinx – l’organe vocal unique aux oiseaux –, le Britannique Michael Daniels (1931-2021), paléontologue amateur qui a fouillé toute sa vie l’argile de Londres, « immense cimetière d’oiseaux ».
Mécanismes d’adaptation
Le tour du monde de Steve Brusatte fait étape en Zealandia : sur ce bloc continental aujourd’hui submergé à 95 %, les aigles géants de Haast s’attaquaient aux moas, qui mesuraient plus de 3 mètres de haut.
L’auteur ne cède jamais à la simplification, en détaillant comment les morphologies ont évolué et relevant où la science achoppe : l’apparition des ailes et, surtout, du vol. Les oiseaux n’étaient pas les premiers à voler, la primeur en revenant aux reptiliens ptérodactyles. Et certains ont renoncé aux cieux : « Les ancêtres des autruches volaient. Puis ils ont cessé de le faire (…) : plus de 60 espèces actuelles ont suivi le même chemin à rebours. » Les paléognathes – casoars, émeus et kiwis – ont choisi la terre ferme, alors que les manchots possèdent des ailes modifiées en nageoires hydrodynamiques.
Autre mystère : la perte des dents, en même temps qu’apparaissait le bec, « devenu une sorte de main de substitution » grâce à leur crâne très mobile. Comment ils ont échappé à l’extinction massive causée par un astéroïde, il y a 66 millions d’années, interroge sur leurs mécanismes d’adaptation. Les oiseaux ont, depuis, proliféré, certains nous dépassant même en nombre. En 2020, la Terre hébergeait 8 milliards d’Homo sapiens, et, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, plus de 33 milliards de Gallus gallus domesticus, la poule d’élevage.
Par Joël Métreau
Le Monde du 15 octobre 2026
Photo: L’Envol des oiseaux, de Steve Brusatte, Quanto, 448 p., 24,50 €.

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