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| Le docteur Abu Safiya est également torturé. © Attila KISBENEDEK / AFP |
Cinq cents médecins et soignants français ont saisi le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) le 17 août 2026. Ils exigent une intervention immédiate pour la libération du Dr Abu Safiya, pédiatre à Gaza, et de l’ensemble du personnel médical palestinien détenu arbitrairement en Israël. D’autres initiatives ont eu lieu ces dernières semaines comme le rapporte le docteur Imad Mahfouz, qui exerce en France.
Qui est le docteur Abu Safiya et pourquoi cette campagne en faveur de sa libération ?
Le docteur Hussam Abu Safiya est le directeur de l’hôpital Kamal Adwan, à Beit Lahia, dans le nord de Gaza. Un pédiatre qui refusait de laisser le personnel de l’établissement et les patients qui s’y trouvaient. Il a été enlevé par les forces israéliennes en décembre 2024. Les rapports le concernant font état de recours systématique à la torture, de la mort de son fils tué à l’hôpital et de l’héroïsme de ce médecin qui n’a pas voulu jusqu’à la dernière minute quitter ses patients.
En tant que médecins travaillant en France, nous ne pouvions pas rester sans rien faire face à ces attaques perpétrées contre les professionnels de la santé dans la bande de Gaza. Depuis le 7 octobre 2023, plus de 440 travailleurs de la santé de Gaza ont été arrêtés, signale l’organisme Healthcare Workers Watch. Selon nos informations, trois praticiens auraient même succombé aux tortures qu’ils ont subies. Trois autres sont morts mais on ne connaît pas les circonstances de leur décès.
Et malheureusement, le docteur Abu Safiya est également torturé. Avec beaucoup de difficultés, un avocat a finalement pu le rencontrer Lors de sa dernière visite, le défenseur a témoigné que notre confrère avait des côtes cassées, des ecchymoses sur le visage. Il était très affaibli. Il a même noté que, pendant l’entretien, il avait failli perdre connaissance à plusieurs reprises. Il a perdu 40 kg pendant sa détention. Il a même dit à son avocat : « C’est la dernière fois que vous me voyez. Ils m’ont amené ici pour me tuer. » Nous avons appris qu’à chaque fois que ce médecin rencontrait ses avocats et rapportait ce qu’il subissait, il était puni encore plus sévèrement par des actes de torture.
Nous médecins, ayant vu ça, nous nous sommes organisés pour pouvoir être reçus en délégation. Plusieurs d’entre nous appartiennent à des organisations syndicales. Il y avait aussi un psychiatre de l’Union juive française pour la paix. Nous nous sommes rendus le 24 juillet au ministère des affaires étrangères pour exiger que la France intervienne en faveur de ce médecin.
Malheureusement, fin août, un rapport de Physicians for Human Rights en Israël (Médecins pour les droits humains en Israël) a rapporté que Dr Abu Safiya subissait toujours des tortures et des sévices. Il est en danger de mort, il doit être libéré.
Que vous a répondu le ministère des Affaires étrangères ?
Nous avons été reçus par une secrétaire aux affaires de l’Égypte et du Moyen-Orient. Elle a montré de la compassion envers la situation d’Abu Safiya, mais elle s’est bornée à nous dire l’impuissance de la France pour obtenir une décision européenne commune et les difficultés concernant les rapports entre le gouvernement israélien et la France.
Pourtant, deux jours auparavant, l’avion de Benyamin Netanyahou survolait la France en direction des États-Unis. Donc, la compassion, les jolis mots, ça ne suffit pas, il faut des actes. Et la moindre des choses, à l’époque aurait été que l’avion de Netanyahou ne survole pas la France.
Est-ce que vous avez le sentiment que les professionnels de santé sont ciblés par Israël, que ce soit à Gaza ou au Liban ?
Oui, sans contestation possible. Parce que viser un médecin, c’est viser des centaines de blessés qui ne peuvent plus être sauvés, des centaines de malades qui ne peuvent plus être soignés. Les médecins sont visés pour empêcher de soigner la population.
C’est clairement un but génocidaire. Les morts dans les hôpitaux ou les décès de cancers, maladies, de diabète non soigné, ne sont pas comptés parmi les morts par actes de guerre. Donc, cela relève du génocide. Viser les médecins et les équipes soignantes, fermer 26 des 38 hôpitaux à Gaza, c’est-à-dire les deux tiers des hôpitaux, a un but génocidaire et qui est contenu dans le projet qui a commencé le 7 octobre. Je ne dirai pas en réponse du 7 octobre parce que ce projet, je pense, était dans les tiroirs depuis longtemps, en attente du moment opportun.
Comment se développe la campagne pour la libération du docteur Abu Safiyeh ?
Il existe une campagne en France animée par la délégation qui s’est constituée et s’est rendue au ministère des Affaires étrangères. Nous allons revenir à la charge parce que nous n’avons toujours pas de réponse. On souhaite élargir cette délégation et créer un groupe de pression de médecins important pour pouvoir obliger le gouvernement français à prendre des décisions. Plusieurs médecins ont pris des initiatives individuellement, ils ont lancé des appels et posté des vidéos pour alerter sur le sort du docteur Abou Safiya.
Mais il existe aussi d’autres campagnes. Il y a une coalition internationale de médecins qui appelle à une mobilisation le 10 octobre partout dans le monde. Il y a aussi les campagnes d’Amnesty International, des déclarations de différents partis politiques et des représentants des Nations unies qui demandent le respect du droit international.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 03 octobre 26

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