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Guerre au Liban : une plainte déposée en France contre l’armée israélienne liée à des destructions environnementales dans la zone qu’elle occupe

 

Des véhicules blindés israéliens en train de manœuvrer dans le village voisin de Zaoutar El-Charkiyé, vu depuis le village de Zaoutar El-Gharbiyé, dans le sud du Liban, le 24 septembre 2026. AMMAR AMMAR/AFP
La plainte vise notamment l’arrachage de plusieurs centaines d’oliviers. Les avocats du plaignant y voient le signe d’un crime environnemental et d’un nettoyage ethnique dans le sud du Liban, une région en partie occupée par Israël.
Situé dans la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, le village de Zaoutar El-Charkiyé fait partie de ces localités où l’Etat hébreu poursuit ses attaques au pays du Cèdre, malgré le cessez-le-feu. L’armée israélienne y fait exploser des bâtiments. Elle n’épargne pas les terres agricoles. Un Franco-Libanais originaire du village, qui réside en France et a requis l’anonymat, accuse les soldats d’avoir arraché, au début de l’été, quelque 600 oliviers appartenant à sa famille, ancrée de longue date dans le Sud. Il a saisi la justice française : la plainte contre X, déposée le 22 septembre, vise des faits de vol, destructions et détériorations de biens constitutifs de crimes ou délits de guerre.
Il s’agit, depuis le cycle de conflit qui a débuté à l’automne 2023 entre Israël et le Hezbollah, de la première plainte en France contre un crime environnemental présumé au Liban, et commis en période d’occupation. Avocats du plaignant, William Bourdon et Nicolas Busin, récemment de passage à Beyrouth, se disent « certains de l’absence de nécessité militaire » derrière l’arrachage des oliviers.
D’après eux, les images par satellite disponibles permettent d’estimer que l’arrachage a eu lieu entre le 29 juin et le 20 juillet, soit lors d’une période supposée de trêve, entrée en vigueur le 20 juin, et après l’annonce, le 26 juin, d’un accord-cadre signé par Israël et le Liban. Ce texte, négocié sous l’égide des Etats-Unis, est censé ouvrir la voie à une « paix durable », selon Washington.

Destructions systématiques
Certains des oliviers arrachés avaient près de 500 ans, selon le plaignant. Les arbres étaient plantés sur un terrain situé en contrebas du village escarpé de Zaoutar El-Charkiyé. Ils n’ont « pas été brûlés ou détruits par des frappes. La terre a été raclée. L’arrachage des arbres a été systématique, délibéré, gratuit », insistent MM. Bourdon et Busin. Ils y voient un signe « du nettoyage ethnique en cours par Israël d’un pan entier du sud du Liban, sur une base confessionnelle ».
Israël interdit à la quasi-totalité des habitants de la zone occupée, dans la région méridionale, d’y retourner. Mais les destructions systématiques menées par son armée concernent essentiellement des villages chiites. Il s’agit de la principale communauté établie dans le sud du Liban, et c’est en son sein que le Hezbollah a formé sa base. Le plaignant n’a aucun lien avec le parti chiite armé, insistent les avocats.
Le village de Zaoutar El-Charkiyé, situé dans la région de Nabatiyé, est aujourd’hui vidé de ses habitants. Le fait que les oliviers aient été arrachés avec leurs racines nourrit le soupçon qu’ils ont été volés à dessein, puis transférés en Israël.
Depuis l’automne 2023, plusieurs dizaines de milliers d’oliviers ont été détruits ou brûlés par l’armée israélienne dans le sud du Liban, selon Beyrouth. Supprimer la couverture végétale peut, d’un point de vue militaire, améliorer la visibilité. Mais l’étendue des dommages infligés à la nature, conjuguée à l’anéantissement de villages, est dénoncée par les autorités libanaises comme une politique de la terre brûlée. L’armée israélienne a aussi détruit ces arbres de façon systématique pendant la guerre de Gaza.
Les oliviers arrachés à Zaoutar El-Charkiyé avaient une valeur sentimentale, symbolique et financière. Ils généraient une production annuelle estimée entre 20 000 et 40 000 dollars (17 600 et 35 200 euros), selon les récoltes, et la valeur des arbres disparus est évaluée entre 820 000 dollars et près de 1,3 million de dollars par la famille du plaignant.
La ministre de l’environnement libanaise, Tamara Elzein, a dénoncé un « écocide » en cours dans le sud du Liban. « Cette notion n’est pas reconnue comme telle en droit international, mais tous les éléments constitutifs d’un écocide semblent réunis : destruction de façon systématique de la biodiversité, des moyens de subsistance, utilisation de phosphate de nature à contaminer les sols et les eaux… », estiment William Bourdon et Nicolas Busin.
Des organisations de défense des droits humains ont documenté divers recours au phosphore blanc par Israël. En juin, Beyrouth a saisi le Conseil de sécurité au sujet de la pulvérisation, quelques mois plus tôt, de glyphosate, un puissant herbicide, dans des villages libanais frontaliers d’Israël. L’armée israélienne a plusieurs fois affirmé à la presse internationale prendre des « mesures de précaution » pour « réduire » les dommages environnementaux au Liban. Elle affirme invariablement viser des infrastructures du Hezbollah lorsqu’elle conduit des dynamitages.

« C’est à Israël d’en apporter la preuve »
La plainte déposée au nom du Franco-Libanais originaire de Zaoutar El-Charkiyé porte aussi sur la destruction de la maison familiale, advenue en avril, lors d’un bombardement ayant précédé de peu l’entrée en vigueur d’un premier cessez-le-feu. Selon les avocats, cette démolition a eu lieu « dans un moment où il n’y avait aucune nécessité militaire, et aucun élément ne permet de soutenir que la maison ait pu constituer une cible militaire ». Ils ajoutent : « Si des hommes du Hezbollah se cachaient sur place, c’est à Israël d’en apporter la preuve. »
Deux autres plaintes ont déjà été déposées devant la justice française par des Franco-Libanais depuis avril. Le recours devant une juridiction étrangère, rendu possible soit sur la base de la double nationalité, soit en vertu de la compétence universelle, est l’une des rares voies possibles permettant de réclamer justice pour des faits liés aux guerres de 2024 et de 2026. L’Etat libanais n’a pas ratifié le traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI) et n’a ouvert aucune enquête judiciaire sur les crimes de guerre présumés commis par Israël sur son territoire.
Mais à l’heure où l’administration américaine attaque frontalement la CPI, William Bourdon et Nicolas Busin estiment que cette « phase de reflux terrible donne de nouvelles responsabilités aux juges nationaux pour contrebalancer les effets pervers du démantèlement de la justice pénale internationale ». De nouvelles plaintes visant à mettre fin à l’impunité israélienne au Liban pourraient être déposées dans les prochaines semaines.

Par Laure Stephan
Le Monde du 29 septembre 26

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