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Génocide à Gaza : une cargaison militaire française destinée à Israël devrait décoller de Roissy ce jeudi

 

Manifestation à Paris, le 5 octobre 2024, en soutien à Gaza et au Liban.
© Jeremy Paoloni/ABACA
Plusieurs syndicats et deux organisations, Urgence Palestine et Palestinian Youth Movement, alertent sur une nouvelle livraison de composant militaire français au départ de l’aéroport de Roissy vers Israël, le jeudi 8 octobre. Le gouvernement continue de violer le Traité sur le commerce des armes qui interdit toute exportation à un État qui pourrait utiliser ces armes pour commettre un génocide ou des violations graves des Conventions de Genève.
Les organisations Urgence Palestine et Palestinian Youth Movement révèlent, ce mercredi 7 octobre, qu’une livraison de composants militaires français serait arrivée à Roissy avant de partir vers Israël. Ce vol AF966 doit décoller jeudi 8 octobre avec une cargaison qui comprendrait « des réducteurs planétaires », un composant essentiel dans l’ingénierie destiné à équiper des véhicules militaires.
Selon Urgence Palestine, ce système d’engrenage haute précision « fabriqué par Mijno Precision Gearing à Saint-Étienne » aurait transité par Lyon avant d’atterrir à Roissy-CDG ce mercredi pour redécoller le lendemain « vers Elbit Systems Land, la division terrestre du groupe d’armement israélien Elbit ».
L’ONG alerte que cette société « ne produit aucun bien à usage civil : toute sa production est militaire et destinée aux forces terrestres, en premier lieu l’armée israélienne (chars, obusiers, tourelles, mortiers). »

Une violation du Traité sur le commerce des armes
Ce n’est pas la première fois. L’an dernier à la même époque, l’association spécialisée sur les transferts d’armements Aser (Action Sécurité Ethique Républicaines) avait alerté avec l’ONG BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) sur des vols au départ de l’aéroport CDG qui livrait du matériel militaire, en l’occurrence des « actionneurs électromécaniques à l’entreprise de l’armement israélienne Elbit Systems sur deux sites : Haifa et Karmiel ».
Cette nouvelle livraison est une grave violation de l’article 6 du Traité sur le commerce des armes des Nations Unies (TCA) ratifié par la France en 2014. L’article 6, qui porte sur les interdictions, et son paragraphe 3 sont explicites : « Aucun État Partie ne doit autoriser le transfert d’armes (…) s’il a connaissance au moment où l’autorisation est demandée, que ces armes ou ces biens pourraient servir à commettre un génocide, des crimes contre l’humanité, des violations graves des Conventions de Genève de 1949, des attaques dirigées contre des civils ou des biens de caractère civil et protégés comme tels, ou d’autres crimes de guerre tels que définis par des accords internationaux auxquels il est partie ».
La France viole le TCA et doit donc cesser tout transfert d’arme vers un pays condamné pour « crime de génocide » à Gaza et où le nettoyage ethnique, déplacements forcés, et autres crimes de guerre et contre l’humanité sont récurrents.
« Notre démarche s’inscrit dans une volonté de conscientiser les salariés. Car ils doivent avoir accès à une information complète sur la nature des marchandises qu’ils sont amenés à transporter ou à manipuler. Car nous rappelons que le crime de génocide est imprescriptible », alerte Kamel Brahmi, secrétaire général de l’Union Départementale de Seine-Saint-Denis de la CGT qui a signé un communiqué unitaire diffusé ce mercredi, avec la CGT Roissy, la CGT transports, Sud aérien et Solidaires 93.
Il poursuit : « L’Intérêt immédiat est de défendre l’outil de travail. Si l’entreprise est condamnée pour complicité de génocide comme Lafarge, en avril pour complicité de terrorisme, que se passe-t-il ? Il n’est pas exclu aussi que les salariés soient poursuivis à titre individuel. Car nous rappelons que le crime de génocide est imprescriptible ».

Un arrêt de la livraison à Roissy
Les violations répétées des autorités françaises au droit international et à ses obligations mais aussi d’Air France, dont l’État français est le principal actionnaire, poussent les syndicats à ne pas exclure un blocage. « Ces informations sont d’une extrême gravité, et appellent que tout soit mis en œuvre pour arrêter le transport de cette cargaison. Nous demandons à Air France, aux autorités françaises compétentes et aux autorités aéroportuaires de la stopper », affirme l’ensemble des syndicats dans leur communiqué.
Depuis avril 2026, une enquête réalisée par Urgence Palestine et Palestinian Youth Movement a recensé près de « 35 nouvelles livraisons de pièces et composants expédiés depuis 6 régions françaises vers des sites d’Elbit Systems en Israël ». Le rapport estime : « Toutes les livraisons identifiées sont destinées à des filiales d’Elbit Systems. 4 fournisseurs ne figuraient pas dans le rapport précédent : Carly RCS, Lameco, Sabena Technics, Socitec ».
Devant ces exportations illégales au regard du droit international, Kamel Brahmi a rappelé que : « La CGT a toujours lutté contre les guerres coloniales et la question Palestinienne en fait partie. Nous défendons une autre vision de la société où les travailleurs n’ont aucun intérêt à participer à une logique de guerre. Nous allons donc mener d’autres actions syndicales et juridiques : interpeller notre gouvernement pour sa complicité, le préfet de la plateforme aéroportuaire, les directions des aéroports de Paris (ADP)… ». L’État français n’a pour l’instant jamais cessé ces livraisons d’armes à Israël.

Vadim Kamenka
L'Humanité du 07 octobre 26

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