Relégués au rang de citoyens de seconde zone, les Palestiniens de 1948 se sont massivement rendus aux urnes malgré la campagne de peur de Benyamin Netanyahou. Ils entendent porter la question des discriminations qui se sont aggravées depuis le 7-Octobre.
« La seule démocratie du Moyen-Orient », comme il est coutume de désigner Israël de manière trompeuse, saura-t-elle saisir l’une des dernières chances qui lui est sans doute donnée ? La participation historique des Palestiniens d’Israël aux législatives du 27 octobre (80 %) détrône le taux de 1999 (75 %).
À l’époque, Benyamin Netanyahou – déjà lui – avait freiné le processus d’Oslo et ceux-ci entendaient porter une nouvelle dynamique de paix. Aujourd’hui, c’est plutôt l’urgence qui les a incités à se rendre aux urnes. La poussée record de la Liste unifiée (qui comprend des partis arabes et le Hadash au sein duquel le Parti communiste israélien est représenté) et de la Liste arabe unie (Ra’am, religieux, conservateur) les rend désormais incontournables si aucun bloc, celui du premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, et celui de Gadi Eizenkot, ne parvient à réunir les 61 sièges requis pour constituer une majorité.
Fort des 12 sièges qui lui sont promis, le chef de file de la Liste unifiée, Youssef Jabareen, a d’ores et déjà annoncé être disposé au dialogue et à la construction d’un « partenariat entre juifs et Arabes ». « Quiconque souhaite proposer une alternative substantielle et véritable au gouvernement du bain de sang de Netanyahou devra nous parler, afin d’ouvrir la voie au changement auquel aspire le public israélien », dit-il à l’adresse de l’ancien général Gadi Eizenkot, sioniste de droite assumé.
Et de poser ainsi l’alternative à Benyamin Netanyahou et ses ministres suprémacistes : « Soit nous poursuivons dans la voie du racisme, de l’exclusion et de la suprématie, soit nous construisons un véritable partenariat entre juifs et Arabes. » Créditée quant à elle de 6 sièges, Ra’am s’est également dite prête à plusieurs reprises à coopérer avec le bloc formé par Gadi Eizenkot pour chasser Benyamin Netanyahou du pouvoir. Le chef des Démocrates (progressistes), Yaïr Golan, appelle cette alliance de ses vœux mais la droite nationaliste représentée par Avigdor Liberman en fait une ligne rouge.
Chômage, pauvreté et manque de services publics
Pour les formations dites « arabes » et de gauche, la question n’est pas tellement de se poser en faiseurs de rois. En votant massivement, les Palestiniens de 1948 ont opéré un acte politique fort qui ne se contente pas de dire leur révolte face au génocide imposé à la population de Gaza et à l’apartheid auquel est soumise la Cisjordanie occupée.
Ce vote agit aussi comme le cri de ceux qui se vivent comme des citoyens de seconde zone, frappés par les discriminations, livrés aux doubles violences des extrémistes armés par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, depuis le 7-Octobre, et des bandes criminelles qui extorquent les commerçants, poussent les habitants à la fuite et menacent les responsables politiques.
« Certains étaient des collaborateurs d’Israël en Cisjordanie et sont sous la protection du Shin Bet (le service de renseignement intérieur – NDLR) », expliquait il y a un an Sharif Zoabi, ancien candidat de Hadash aux municipales dans la ville arabe de Nazareth, à l’Humanité. Dans cette localité, la participation a bondi de 48 % en 2022 à 72 % cette année.
En 2024, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a acté une réduction de 15 % des dotations pour Nazareth, annulant les investissements prévus, aggravant le chômage, la pauvreté et l’intervention des services publics notamment pour le ramassage des déchets. Dans une société malade de ses divisions, de nombreux citoyens palestiniens d’Israël sont désormais convaincus que, après la Cisjordanie et Gaza, leur tour viendra.
La participation plutôt que le boycott
Ces élections étaient d’autant plus importantes que, depuis le 7-Octobre, les Palestiniens d’Israël sont arrêtés lorsqu’ils expriment une simple opinion sur les réseaux sociaux ou sont empêchés de manifester. En plaçant la Liste unifiée en tête, ils n’affirment pas un vote communautaire (le mouvement Hadash coalise juifs et Arabes), mais la volonté d’en finir avec le Likoud et les différentes nuances du suprémacisme juif qui prône le meurtre et le transfert de populations.
La campagne de peur conduite par Benyamin Netanyahou pour tenter de dissuader les électeurs palestiniens a achevé de les pousser vers les urnes. En attestent les familles postées dans les files d’attente pour accéder aux bureaux de vote. N’en déplaise à Itamar Ben Gvir, qui a cru bon de se rendre dans la ville à majorité arabe de Kafr Qassem (centre), et aux militants, parfois armés, qui ont investi les bureaux.
En ce sens, cette fois, le vote n’est plus perçu comme un acte de légitimation d’un système qui reproduit les discriminations. Par le passé, l’abstention et le bulletin blanc avaient ainsi fait figure d’acte de protestation après l’assassinat de 13 citoyens palestiniens par la police israélienne en 2000.
Cette fois, ils ne renoncent pas à leur droit d’exprimer leur voix. Une manière d’exister quand certains restent déterminés à effacer la présence palestinienne. En ce sens, il s’agit bien d’un message d’espoir en la démocratie. Reste à savoir si le bloc d’Eizenkot est prêt à partager le pouvoir et à faire une place à 21 % de la population au-delà du symbole.
Lina Sankari
L'Humanité du 28 octobre 26
Spéculation
Par Roland RICHA
https://assawra.blogspot.com/2026/10/justice.html


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