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Brésil : Lula réélu président

 

Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, célèbre sa victoire devant ses supporteurs sur l’avenue Paulista à Sao Paulo (Brésil), le 26 octobre 2026. AMANDA PEROBELLI/REUTERS
C’est de l’ordre du miracle, tant les sondages avaient prédit le contraire. Le Brésil a échappé de justesse, dimanche 25 octobre, au retour de l’extrême droite grâce à une remontée spectaculaire du président sortant de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva.

Le spectre du retour d’un bolsonarisme plus radical, aligné sur les Etats-Unis de Donald Trump, a poussé les Brésiliens à se rendre massivement aux urnes pour donner une nouvelle chance à la gauche. L’ancien métallurgiste, qui fêtera ses 81 ans mardi, a été réélu pour un quatrième mandat avec 51,79 % des suffrages, contre 48,21 % pour son rival, Flavio Bolsonaro. Une victoire sans appel qui prouve que l’attachement à la démocratie, à la souveraineté nationale, à la protection de l’Amazonie et à la justice sociale reste bien vivant chez les 214 millions de Brésiliens.
« Dieu veille sur moi ! », a déclaré le président Lula, d’une voix fatiguée, du haut d’une tribune dressée sur l’Avenue Paulista, la plus grande de Sao Paulo, devant une foule euphorique, entre pétards, fumigènes rouges et caméras venues du monde entier. Donné perdant de deux points par les sondages la veille encore face à Flavio Bolsonaro, le voilà qui achève en beauté la dernière campagne électorale de sa vie – la loi électorale interdit trois mandats d’affilée – grâce à une mobilisation historique dans la rue et sur les réseaux sociaux de ses partisans pour convaincre les abstentionnistes de se rendre aux urnes.
« Nous avons enregistré le taux d’abstention [de 19 %] le plus faible de l’histoire de ce pays ! », a dit Lula, ému. Jamais, dans l’histoire démocratique du pays, un candidat arrivé en deuxième position au premier tour d’une élection présidentielle, comme cela a été le cas pour le chef de l’Etat sortant, le 4 octobre, n’avait remporté le second. « Cette élection a été une défaite du négationnisme et du mensonge », a-t-il encore déclaré aux côtés de son épouse, Rosangela, et de son vice-président élu, Geraldo Alckmin.
Dans les heures suivant l’annonce des résultats, plusieurs chefs d’Etat latino-américains ont envoyé leurs félicitations à l’ex-syndicaliste. « Vive la démocratie, c’est le peuple brésilien qui a gagné », a écrit la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum (gauche), sur le réseau social X. Son homologue chilien, José Antonio Kast, d’extrême droite, a téléphoné au vainqueur pour le féliciter. Mais Javier Milei, en Argentine, et Donald Trump, aux Etats-Unis, sont restés muets : pour la Maison Blanche, la victoire de Lula est en effet un coup dur porté à la doctrine « Donroe », qui cherche à évincer la Chine, principal partenaire économique de Brasilia, de l’Amérique latine. « Le Brésil n’est l’arrière-cour de personne ! », a lancé Lula depuis la tribune, réaffirmant son engagement à défendre la souveraineté nationale.

Suspense intense
Flavio Bolsonaro, lui, n’a pas reconnu les résultats des élections. Arrivé avec près de deux points d’avance au premier tour, le candidat d’extrême droite avait, dans les jours suivant les résultats, adopté un discours de vainqueur, mentionnant notamment la possibilité de modifier la Constitution. Au sein du clan Bolsonaro, les résultats ont fait l’effet d’une douche froide. « Je vais demander l’organisation de nouvelles élections. Nous ne sommes pas là pour plaisanter », a-t-il déclaré dans un discours de deux minutes depuis sa luxueuse villa de Brasilia, où tout était prévu pour une grande célébration. « Ce qui s’est passé aujourd’hui, n’a rien de normal ; c’est même inacceptable », a-t-il ajouté, alors qu’il avait promis, pendant sa campagne, qu’il respecterait les résultats, au contraire de ce qu’avait fait son père en 2022. La victoire de Lula, avec 4,4 millions de voix de plus que pour M. Bolsonaro, est pourtant incontestable. Le président a même gagné à Rio, pour la première fois depuis douze ans.
Plus tôt dans l’après-midi, le Tribunal suprême fédéral (TSF), la plus haute cour de justice du pays, avait ordonné de repousser de deux heures la fermeture des urnes, de 17 heures à 19 heures, en raison de la paralysie de la circulation de bus dans plusieurs villes, notamment à Sao Paulo et à Salvador, première et troisième villes les plus peuplées du pays, empêchant de nombreux électeurs de voter. Selon la presse, certaines personnes ont dû improviser des covoiturages pour se rendre aux urnes. Des chauffeurs de VTC se sont aussi mobilisés pour secourir certains électeurs.
L’équipe de Lula avait saisi le TSF dans l’après-midi pour dénoncer ces anomalies. Flavio Bolsonaro avait également demandé le report de la fermeture des bureaux de vote alors que le sud du pays connaissait des pluies diluviennes qui avaient elles aussi compliqué le vote des électeurs. Mais ce n’est qu’à 16 h 57, trois minutes avant la fermeture initiale des bureaux, que la décision du report a été prise. Un grand nombre de bureaux étaient déjà fermés et n’ont plus été rouverts, provoquant l’indignation de nombreux électeurs. « Je suis arrivé à 18 heures, après avoir vu la prolongation. J’ai travaillé toute la journée dans une pizzeria et j’ai attendu un bus pendant quarante minutes. Les responsables du bureau de vote n’ont rien voulu savoir », se lamentait Vinicius Clemente Carvalho Silva, dans le quartier de Bela Vista à Sao Paulo, devant une urne fermée.
« La justice a commis une grave erreur, dans la mesure où le problème [les dysfonctionnements des transports publics] avait été identifié dès le début de la journée. Elle a mis beaucoup trop de temps à réagir, regrette Marco Teixeira, politiste à la Fondation Getulio Vargas. Mais je ne pense pas que le nombre d’électeurs ayant voté après 17 heures aurait été suffisant pour changer l’issue du scrutin. »
Le report de la fermeture des bureaux de vote a seulement retardé le dépouillement, qui a paru interminable tant l’incertitude était grande et le suspense intense. D’abord légèrement en tête, Lula a ensuite été dépassé de peu par Flavio Bolsonaro, avant de reprendre l’avantage aux alentours de 20 h 25, provoquant des explosions de joie et des chants d’encouragement de ses supporteurs – « Ole ole ole ole, Lula, Lula ! » – comme s’ils assistaient à un match de football.

« Armée » numérique
Au fur et à mesure que la victoire de Lula devenait irréversible, la foule s’est regroupée sur l’avenue Paulista. On a chanté, dansé, crié et envoyé des vidéos de ce moment historique sur les réseaux sociaux. Certains ont pleuré comme Danilo de Mello Cavalcanti, qui cache son visage dans l’épaule de sa copine : « Je suis tellement ému, mon père est vengé, il est mort pendant la pandémie parce que Jair Bolsonaro a retardé l’arrivée des vaccins. Le Brésil ne méritait pas de revivre un enfer avec cette famille au pouvoir. »
Jesus Berg, un jeune commercial, fait un live sur son Instagram : « Mes amis, Flavio va devoir nous expliquer où est passé l’argent de [Daniel] Vorcaro », en référence au patron de la banque Master, responsable du plus grand scandale financier du Brésil. Flavio Bolsonaro lui avait demandé 134 millions de reais (24 millions d’euros) pour, officiellement, financer un film sur la trajectoire de son père, mais la police fédérale soupçonne qu’en réalité la somme reçue était destinée à soutenir les activités de lobbying de son frère Eduardo Bolsonaro à Washington en faveur de leur père – il a été condamné en juin à quatre ans de prison dans cette affaire. Devant son téléphone, Jesus Berg poursuit : « Il ne fait aucun doute que Flavio va aller en prison, reste à s’assurer ce soir qu’il ne fuie pas vers les Etats-Unis comme son frère ». Eduardo Bolsonaro s’était en effet réfugié au Texas, en mars 2025, pour échapper à la justice brésilienne.
Devant la foule, Lula a aussi assuré que cette campagne difficile lui avait « appris des leçons ». « La communication numérique occupera une place très importante dans mon gouvernement. J’ai déjà reçu un téléphone portable », a déclaré le chef d’Etat, à qui il avait été reproché d’avoir négligé les réseaux sociaux, où le bolsonarisme est très influent, avant le premier tour.
« Lors de cette élection, nous avons dû surmonter des ingérences étrangères exercées par l’intermédiaire des plateformes numériques », a-t-il regretté, promettant de les régler lors de son prochain mandat. Tout au long de l’entre-deux-tours, son équipe a accusé le groupe Meta, propriétaire d’Instagram de Facebook, et de WhatsApp, de donner plus de visibilité aux contenus de Flavio Bolsonaro et de restreindre ceux qui étaient favorables à Lula, sans explications.
Mais aucun obstacle n’a découragé les partisans du président de poursuivre sa mobilisation inédite en faveur de sa victoire. Dès le lendemain du premier tour, ils sont massivement descendus dans les rues du pays et créé une « armée » numérique qui est parvenue à regrouper 10,7 millions de personnes dans un canal de WhatsApp pour convaincre les abstentionnistes – qui ont été trois millions de moins qu’au premier tour – de faire barrage à l’extrême droite. Ils n’ont cessé de défendre le bilan du président et mettre en garde contre les menaces qu’une victoire de Flavio Bolsonaro faisait peser sur des acquis chers à la population : les allocations familiales Bolsa Familia, la santé gratuite, la protection de l’environnement, la souveraineté sur les ressources naturelles du pays. Portés par la mission de défendre la démocratie, à aucun moment ils n’ont perdu espoir, parvenant à déjouer tous les pronostics et à arracher une victoire qu’aucun sondage n’avait prédite.

Anne-Dominique Correa, Anne Vigna et Raphaël Bernard
Le Monde du 26 octobre 2026

Vidéo
Plein de succès pour le peuple du Brésil

Par Roland RICHA
https://assawra.blogspot.com/2026/10/plein-de-succes-pour-le-peuple-du-bresil.html

Brésil : Lula remporte l’élection avec 51,79 % des voix
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