Washington impose de nouvelles sanctions à Cuba, l’Onu craint la mise en place d’un « Gaza silencieux »

 

Marco Rubio, secrétaire d’État et anticommuniste revendiqué fait de Cuba une affaire personnelle et compte imposer à l’île des sanctions « tous les 15 jours ».
KENT NISHIMURA / AFP
Le mois dernier, Marco Rubio a prévenu que de nouvelles sanctions seraient imposées toutes les deux semaines. Pour les États-Unis, l’île serait l’épicentre mondial de ce qui représenterait la plus grande menace pour sa sécurité : « le communisme ».
Dans le cadre de sa politique visant à asphyxier l’économie cubaine, Washington a placé sous sanctions un petit-fils de Raúl Castro, Fidel Ernesto Castro Calis (en retrait de la scène politique de l’île) ainsi que cinq nouvelles entités « qui font partie de réseaux qui favorisent les menaces du régime à l’encontre de la sécurité nationale des États-Unis ». La Banque extérieure de Cuba est ainsi visée par le Département d’État, depuis ce jeudi, dans le cadre du renforcement des restrictions « imposées au régime quant à sa capacité à exploiter le système financier international ».
Opérant dans les secteurs métallurgique et minier, les entreprises d’État Nicarotec et Cexni ont été suivies par deux autres : Comercial Cupet et Apabet, actives dans le secteur énergétique et notamment dans l’importation « des équipements technologiques, des pièces détachées, des outils spécialisés et des consommables industriels nécessaires au bon fonctionnement du secteur énergétique cubain », comme le reconnaît la diplomatie étatsunienne.
L’administration trumpiste continuera-t-elle d’affirmer qu’« il n’y a pas de blocus pétrolier à Cuba en tant que tel », comme certains de ses responsables l’ont maintes fois répété tout en attribuant la terrible crise qui frappe l’île communiste uniquement à une supposée mauvaise gestion de son gouvernement ? Depuis janvier, les États-Unis imposent un blocus énergétique de facto à l’île, rendant la vie extrêmement compliquée pour ses 9,4 millions d’habitants.

Les États exhortés par l’ONU de ne pas se soumettre aux diktats de Washington
« Le régime communiste cubain continue de représenter une menace profonde et multiforme pour la sécurité nationale des États-Unis et la stabilité de notre hémisphère », justifie l’annonce du nouveau train de sanctions. Et de préciser que leur « objectif ultime n’est pas de punir mais d’induire un changement positif dans le comportement ».
C’est pourtant bien une « punition collective » que dénoncent les autorités de l’île, suivies par diverses instances onusiennes et par de nombreux soutiens internationaux mais souvent mis en difficultés à l’heure de concrétiser leur soutien au-delà des déclarations diplomatiques.
Dénonçant des « tentatives visant à modifier l’ordre constitutionnel d’un État souverain par des menaces et des mesures de coercition rappellent les pratiques de l’époque coloniale », des experts du Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme appelaient déjà en juin dernier à ce que le gouvernement des États-Unis mette « immédiatement fin à toutes les menaces portées à la souveraineté de Cuba et abroge les mesures coercitives unilatérales adoptées en violation du droit international ». En parallèle, ces experts exhortaient les États membres de l’ONU à « s’abstenir de reconnaître ou d’appliquer des mesures qui violent les principes d’égalité souveraine et de non-ingérence ».

ONU : empêcher de faire de l’île un « Gaza silencieux »
Face à l’intensification de sanctions dont l’impact humanitaire sur la population est largement documenté, des experts des Nations unies ont de nouveau condamné, le mois dernier, la politique menée par les États-Unis consistant à imposer des « mesures qui privent sciemment une population des moyens de survivre ». Et exhorté « la communauté internationale à empêcher de faire de l’île un « Gaza silencieux » ».
« L’énergie, les transports, l’irrigation et les services de base sont simultanément défaillants, ce qui affecte de manière disproportionnée les femmes, les enfants, les personnes âgées et d’autres groupes vulnérables… », souligne un communiqué, tout en pointant des conséquences humanitaires favorisant une crise « menaçant les droits à la santé, à la vie, à l’alimentation et au développement ».
Insécurité alimentaire, pénurie de médicaments et de produits de première nécessité, pannes répétées du réseau électrique national… Le tableau dépeint par le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, qui rappelle que « la nourriture ne doit jamais être utilisée comme un instrument de pression politique » rejoint les dénonciations du gouvernement cubain, cyniquement niées il y a quelques mois par le représentant des États-Unis devant l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York.

Cuba : « capitale mondiale du communisme »
Dans son dernier bulletin hebdomadaire, l’Observatoire des sanctions du think-tank étatsunien CEPR rapporte des déclarations de sources internes du gouvernement US indiquant que, si l’option de l’agression militaire n’est pas encore totalement exclue, l’administration Trump semblerait vouloir privilégier le renforcement des sanctions et autres pressions sur l’île « pour créer des divisions au sein de la direction cubaine afin d’ouvrir une marge de négociation ». Quant aux profondes réformes économiques lancées par les autorités cubaines depuis plusieurs mois, et qui commencent à entrer en vigueur en introduisant des changements sans précédent – notamment avec une franche ouverture à la participation du secteur au privé -, elles semblent n’avoir aucune incidence sur la politique étatsunienne.
Durant le mois d’août, deux trains de sanctions ont été décrétés, visant au total onze personnes et quatorze entités, dont le ministère des Travaux publics. Le chef de la diplomatie trumpiste, Marco Rubio, a prévenu que de nouvelles sanctions seraient annoncées tous les quinze jours.
Le 20 juillet, le Département d’État américain a publié un rapport intitulé « Cuba : la capitale du communisme du XXIe siècle ». L’île serait ainsi l’épicentre mondial de ce qui représenterait la plus grande menace pour la sécurité des États-Unis, selon un message posté sur X par la Maison Blanche le 5 août dernier : « le communisme ».

Luis Reygada
L'Humanité du 05 septembre 26

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