« Le soutien du lobby pro-israélien est désormais plus un poids qu’un avantage pour les candidats démocrates » : l’analyse d’Amira Hassan, journaliste et opposante israélienne

 

« Arrêtez d’armer Israël ». Devant le consulat américain, à Jérusalem, le 20 juillet dernier.
Debbie Hill/UPI/ABACAPRESS.COM
Amira Hassan, directrice politique du comité d’action politique Peace, Accountability and Leadership PAC, consacré à la défense des droits des Palestiniens, tire un premier bilan positif de son action durant les primaires démocrates américaines.
Créé en février dernier, le Peace, Accountability, and Leadership PAC (PAL PAC) a soutenu de nombreux candidats victorieux et se projette déjà vers l’élection présidentielle de 2028.

Pourquoi avez-vous décidé de créer un comité d’action politique consacré à la défense des droits des Palestiniens ?
Nous arrivons à la troisième année d’un génocide perpétré par Israël contre le peuple palestinien et diffusé en direct sur les réseaux sociaux. Face à cela, nous pensons que les élections de mi-mandat seront un moment crucial pour prouver que les droits des Palestiniens sont bel et bien en jeu dans les urnes.
Pendant longtemps, il y avait cette idée que les électeurs américains ne s’intéressaient pas à la politique étrangère, que cela n’intervenait pas dans leur choix de vote. Et nous avons voulu faire des primaires démocrates un enjeu pour montrer que les candidats peuvent non seulement adopter une position très ferme contre les crimes contre l’humanité commis par Israël, mais aussi qu’ils peuvent gagner avec ce programme.
Évidemment, nous savions que nous ne pouvons pas dépenser plus que l’Aipac (puissant lobby pro-israélien qui finance massivement des candidats opposés au droit du peuple palestinien, NDLR), mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas être mieux organisés qu’eux. Nous avons démontré que notre cause est largement populaire auprès des électeurs.
Quand nous avons fondé le PAL PAC, en février dernier, nous estimions que remporter cinq victoires représenterait un succès. Au final, sur les 14 nouveaux candidats que nous avons soutenus, neuf ont gagné leur primaire et seront candidats en novembre. Plus que cela : même dans les circonscriptions où nous n’avons pas gagné, ou celle où nous ne soutenions pas de candidat, l’Aipac est devenu un des sujets principaux de ces primaires. Son soutien est désormais plus un poids qu’un avantage pour les candidats démocrates, ce qui était notre objectif plus large.

Comment allez-vous aborder les élections de mi-mandat en novembre prochain ?
La plupart des candidats que nous soutenons font campagne dans des circonscriptions très progressistes. Nous nous focalisons donc actuellement sur la campagne sénatoriale d’Abdul El Sayed dans le Michigan. Nous pensons que cette élection va donner le ton pour 2028 (année de l’élection présidentielle – NDLR). C’est un État crucial que nous devons remporter pour montrer que l’on peut gagner avec une campagne axée sur les droits de l’homme.

Pensez-vous que le parti démocrate peut devenir un parti pro-palestinien ?
Je pense que les électeurs démocrates sont déjà majoritairement pro-palestiniens ! C’est un élément qui revient dans tous les sondages. Même dans les États les plus conservateurs, plus de 50 % des électeurs démocrates ne veulent plus que le pays soutienne Israël. Dans beaucoup d’États, ce chiffre atteint plus de 60 %, voire 70 % ou même 80 %. Des responsables politiques se rendent compte que leur position concernant Israël n’est plus tenable.
Nous ne prenons jamais aucun de nos progrès pour acquis et nous savons donc que nous allons devoir prouver encore et encore aux démocrates qu’ils ne peuvent pas être un parti qui soutient un génocide et espérer gagner. C’est vraiment ce que nous gardons en tête pour 2028. Les élections de mi-mandat sont pour nous une manière de nous préparer à la prochaine élection présidentielle.

Sarah Laurent
L'Humanité du 22 septembre 26

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