Guerre au Moyen-Orient : les Houthis s’emparent du port yéménite de Mokha et avancent vers le détroit de Bab el-Mandeb

 

Cette photo publiée par les forces Houthis le 7 septembre 2026 montre un missile balistique touchant des équipements saoudiens dans le camp militaire Al-Wadiah, dans la province Hadhramaut au Yémen.
© IMAGO / UPI Photo
Les forces armées houthistes ont pris le contrôle, jeudi 10 septembre, de la ville de Mokha, après plusieurs jours de combats. Les alliés de l’Iran, toujours empêtrée dans la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël, mettent la main sur un port stratégique, proche du détroit de Bab el-Mandeb, qui relie l’Asie à l’Europe.
Après avoir pris le contrôle, jeudi 10 septembre, de la ville portuaire de Mokha, les Houthis progressent vers le détroit de Bab el-Mandeb. Ce passage reliant l’Asie à l’Europe – via la mer Rouge et le canal de Suez – a gagné en importance depuis le début de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule arabique.
Après plusieurs jours de combats terrestres, des témoins ont annoncé avoir vu des combattants houthis entrer dans Mokha. Une vidéo authentifiée par le New York Times montre ainsi plusieurs pick-ups avec des groupes d’hommes armés à l’arrière, circulant sur une route principale de la ville portuaire, tandis qu’une personne hors-champ crie : « Mort à l’Amérique, mort à Israël. »

Deux points de passage stratégiques
Les Houthis se sont également emparés de l’île de Zuqar, dans le sud de la mer Rouge, « après des attaques à la roquette et un assaut terrestre mené à l’aide d’embarcations transportant des combattants ». L’Iran et ses alliés pourraient ainsi être en mesure de prendre le contrôle de deux points de passage stratégiques pour le transport maritime mondial.
En parallèle des combats, l’Iran et l’Arabie saoudite se sont entretenus, jeudi soir, à propos de « l’escalade des tensions et l’insécurité croissante dans la région », rapporte le ministère iranien des Affaires étrangères. Le compte rendu de l’échange mentionne « la nécessité de poursuivre la coopération et les efforts diplomatiques afin de prévenir l’extension des tensions et de rétablir la stabilité et la sécurité dans la région ». Dans un communiqué distinct consacré au Yémen, la diplomatie iranienne souligne qu’« il est impossible de résoudre la crise yéménite par la poursuite (…) d’une intervention militaire ».
Les Houthis contrôlaient jusque-là une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa, ainsi que la grande ville portuaire de Hodeïda, à quelque 200 km au nord de Mokha. Mais ils ne tenaient pas de secteur donnant directement sur Bab el-Mandeb. L’Arabie saoudite, pays frontalier allié du gouvernement yéménite, a mené, en réaction à cette avancée des Houthis, des dizaines de bombardements depuis mercredi à l’aide d’avions de combat F-15 et Typhoon.
Le Yémen a replongé de plain-pied dans la guerre en juillet, entraîné dans celle des États-Unis et d’Israël contre l’Iran ou encore le Liban. Les Houthis ont annoncé dans la foulée un blocus maritime de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut pour lequel le détroit de Bab el-Mandeb est devenu une voie de contournement vitale depuis le verrouillage du détroit d’Ormuz.

Une réunion d’urgence au Conseil de sécurité de l’ONU
Ils ont visé les navires pétroliers ainsi que des infrastructures saoudiennes, comme une raffinerie. Les affrontements au Yémen, depuis la semaine dernière, ont causé des centaines de morts dans les deux camps – principalement des combattants – et poussé près de 20 000 civils à fuir, estime l’Organisation internationale pour les migrations.
Les Houthis ont également lancé une vaste attaque contre l’Arabie saoudite, avec plusieurs tirs de missiles balistiques et déploiements de drones vers des villes du sud du pays voisin, rapportés ces derniers jours. La situation a fait l’objet, jeudi, d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU). À cette occasion, l’envoyé spécial pour le Yémen, Hans Grundberg, a réclamé « l’engagement actif de chaque membre de cette instance pour s’éloigner de ce qui pourrait être le précipice vers un conflit bien plus dangereux ».

Tom Demars-Granja
L'Humanité du 11 septembre 26

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