Explosion de joie au soir de ce dimanche 20 septembre dans une grande salle de Kreuzberg, quartier qui abrite un nombre élevé d’immigrés, à Berlin. Die Linke est largement en tête (24,5 % des suffrages) des élections à la Chambre des députés de la cité-État, selon les premières projections rendues publiques à 18 heures.
Le public très jeune, à l’image du parti qui est désormais, de très loin, la première force politique chez les moins de 24 ans, scande Elif, Elif, le prénom de la tête de liste, Elif Eralp. Cette juriste de 45 ans, mère de deux enfants et dont les parents sont des réfugiés turcs, est en pole position pour devenir la première femme d’origine immigrée bourgmestre de la capitale allemande.
Après le succès de l’AfD (extrême droite) en Saxe-Anhalt au début du mois, la victoire du parti à l’engagement le plus antifasciste du spectre politique allemand sonne comme un gage de résistance.
Pour le chancelier Friedrich Merz, cette victoire de la gauche berlinoise est cependant tout sauf une bonne nouvelle. Son parti chrétien-démocrate (CDU) est distancé. Il recueille autour de 20 % des suffrages. Soit – 8,5 %. Lui qui dirigeait jusque-là le Sénat (l’exécutif du Land de Berlin) à la tête d’une coalition CDU-SPD, comme celle du gouvernement fédéral, se retrouve dans une position de plus en plus difficile. Toujours plus impopulaire, il est contesté jusque dans ses propres rangs et présenté comme un « chancelier en sursis » par une grande partie de la presse.
(Avec les agences de presse du 21 septembre 26)
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| Elif Eralp, tête de liste du parti Die Linke (« la gauche »), participe à un débat télévisé, à la suite des élections régionales, à Berlin, le 20 septembre 2026. RALF HIRSCHBERGER/AFP |
Elif Eralp, le nouveau visage de la gauche radicale après sa victoire à Berlin
Die Linke est arrivé en tête des élections régionales dans la capitale allemande dimanche 20 septembre. Le fruit d’un renouvellement de ses dirigeants et d’une campagne inspirée des méthodes du sénateur américain Bernie Sanders.
Elle s’appelle Elif Eralp. Cette avocate de 45 ans d’origine turque, jusqu’ici peu connue du grand public, est le nouveau visage de ces partis de gauche radicale qui s’imposent dans les grandes métropoles mondiales. Tête de liste du parti Die Linke (« la gauche ») aux élections régionales de la ville-Etat de Berlin, elle a obtenu 25,1 % des voix (+ 12,9 points par rapport aux dernières élections de 2023 selon les dernières estimations), un peu moins d’un an après la victoire spectaculaire du démocrate Zohran Mamdani à la mairie de New York. Une victoire historique pour ce parti marqué par les déchirements il y a encore trois ans, aujourd’hui l’une des forces politiques les plus dynamiques du paysage politique allemand.
Dimanche, la formation d’extrême gauche a laissé loin derrière elle le parti social-démocrate (SPD), qui, avant de perdre la mairie de Berlin au profit de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) en 2023, fut pendant des décennies la force politique dominante de la capitale allemande. Elle a aussi battu le parti du maire sortant et du chancelier fédéral, Friedrich Merz, qui obtient 19,2 % des voix, en recul de 9 points. Die Linke surclasse également les Verts, qui pointent à 14,3 % (− 4,1 points) et surtout le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), qui réalise toutefois une percée dans la capitale, avec 15,8 % des voix (+ 6,7 points). D’après les dernières estimations de résultats données dimanche soir, la seule coalition possible serait une alliance de Die Linke avec le SPD et les Verts.
La victoire d’Elif Eralp consacre le renouveau de la formation d’extrême gauche allemande. Elle est née en 1981 à Munich, de parents militants socialistes ayant fui la Turquie un an plus tôt. Après des études de droit à Hambourg, elle a travaillé comme conseillère en politique juridique pour le groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag à partir de 2010. Elle a formellement adhéré au parti en 2017, avant d’être élue députée régionale à Berlin. Elle vit aujourd’hui dans un appartement en location dans le quartier de Berlin-Kreuzberg, avec son mari et ses deux enfants.
Une biographie inhabituelle pour une formation traditionnellement ancrée dans les Länder de l’ex-RDA et dans les quartiers de Berlin-Est, mais qui séduit la nouvelle cible du parti de gauche : une population plus jeune, urbaine, plus féminine, et marquée par une histoire migratoire, très sensible aux enjeux d’égalité et de racisme. Elif Eralp, Heidi Reichinnek, députée et présidente du groupe parlementaire au Bundestag, âgée de 38 ans, star des réseaux sociaux, et Ines Schwerdtner, la coprésidente du parti, née en 1989, forment désormais un trio féminin de choc à la tête de Die Linke.
Lutte pour le logement abordable
En quelques années, le parti a connu une spectaculaire augmentation du nombre de ses adhérents, passé de 60 000 membres fin 2024 à 123 000 fin 2025, dont la moyenne d’âge est désormais de 38,6 ans, contre 45 ans en 2024. Il s’est également recentré sur le thème des inégalités, en particulier la lutte contre la pauvreté et pour le logement abordable.
C’est sur ce dernier sujet que s’est spécialisée Elif Eralp, dont la revendication centrale est la municipalisation de 220 000 appartements qui avaient été vendus par la ville à des groupes immobiliers cotés dans les années 2000, accusés d’exploiter les locataires. Une mesure coûteuse et controversée, qui pourrait compliquer les négociations pour construire une coalition, avec un SPD divisé sur le sujet, mais très efficace politiquement auprès d’une classe moyenne locataire, frappée directement par l’explosion des prix du logement dans la capitale depuis une quinzaine d’années.
Die Linke doit aussi sa fortune actuelle au renouvellement de ses pratiques de campagne. S’inspirant des méthodes du sénateur américain Bernie Sanders (Vermont, indépendant), le parti a mené des opérations de porte-à-porte, très populaires auprès des jeunes électeurs. Lancées pour la première fois à grande échelle pour les législatives de février 2025, ces campagnes ont été rééditées pour les élections régionales à Berlin en 2026. Plus encore que de convaincre les personnes qui reçoivent la visite des militants, ce modus operandi permet de mobiliser des sympathisants autour d’une action simple et collective, qui est parfois leur première expérience politique, en dehors du vote.
Opérations de porte-à-porte
Pour constater le potentiel de mobilisation de ce type d’action, il suffisait d’assister à une opération de porte-à-porte organisée par Die Linke, dans le quartier de Lichtenberg, un quartier de l’est de Berlin, mi-septembre. Une quinzaine de jeunes adultes, tous âgés de moins de 35 ans, s’étaient rassemblés dans une permanence du parti en bas d’une tour. « C’est la première fois que je participe. J’ai constaté dans mon travail les effets de la baisse des crédits accordés aux enfants réfugiés, j’avais besoin d’être actif », raconte Niko Weber, 32 ans, qui réfléchit encore à prendre sa carte du parti.
Le déroulé est extrêmement balisé : les participants reçoivent une courte formation, puis ils sont invités à se connecter à une application, qui indique les immeubles à visiter en fonction de leur potentiel électoral, identifiés en amont par les experts du parti, et centralise les retours. Puis des binômes sont formés, équipés de veste et de sacs et envoyés frapper aux portes, qu’ils ne doivent jamais franchir. Le message est simple : proposer à chaque personne un examen gratuit de ses charges locatives, qui peut déboucher sur un remboursement en cas de trop payé. Mais le plus souvent, c’est l’occasion d’un échange.
« Je trouve l’exercice très intéressant, raconte un participant après la tournée, qui préfère rester anonyme. On sort des réseaux sociaux, on apprend une foule de choses sur son propre quartier. C’est un autre type de conversation que celles qu’on voit dans les talk-shows politiques à la télévision, qui ne s’intéressent plus vraiment à la vie des gens. Quand on fait cela, on n’a jamais l’air d’être des politiques déconnectés. »
Par Cécile Boutelet
Le Monde du 21 septembre 26
Die Linke est arrivé en tête des élections régionales dans la capitale allemande dimanche 20 septembre. Le fruit d’un renouvellement de ses dirigeants et d’une campagne inspirée des méthodes du sénateur américain Bernie Sanders.
Elle s’appelle Elif Eralp. Cette avocate de 45 ans d’origine turque, jusqu’ici peu connue du grand public, est le nouveau visage de ces partis de gauche radicale qui s’imposent dans les grandes métropoles mondiales. Tête de liste du parti Die Linke (« la gauche ») aux élections régionales de la ville-Etat de Berlin, elle a obtenu 25,1 % des voix (+ 12,9 points par rapport aux dernières élections de 2023 selon les dernières estimations), un peu moins d’un an après la victoire spectaculaire du démocrate Zohran Mamdani à la mairie de New York. Une victoire historique pour ce parti marqué par les déchirements il y a encore trois ans, aujourd’hui l’une des forces politiques les plus dynamiques du paysage politique allemand.
Dimanche, la formation d’extrême gauche a laissé loin derrière elle le parti social-démocrate (SPD), qui, avant de perdre la mairie de Berlin au profit de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) en 2023, fut pendant des décennies la force politique dominante de la capitale allemande. Elle a aussi battu le parti du maire sortant et du chancelier fédéral, Friedrich Merz, qui obtient 19,2 % des voix, en recul de 9 points. Die Linke surclasse également les Verts, qui pointent à 14,3 % (− 4,1 points) et surtout le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), qui réalise toutefois une percée dans la capitale, avec 15,8 % des voix (+ 6,7 points). D’après les dernières estimations de résultats données dimanche soir, la seule coalition possible serait une alliance de Die Linke avec le SPD et les Verts.
La victoire d’Elif Eralp consacre le renouveau de la formation d’extrême gauche allemande. Elle est née en 1981 à Munich, de parents militants socialistes ayant fui la Turquie un an plus tôt. Après des études de droit à Hambourg, elle a travaillé comme conseillère en politique juridique pour le groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag à partir de 2010. Elle a formellement adhéré au parti en 2017, avant d’être élue députée régionale à Berlin. Elle vit aujourd’hui dans un appartement en location dans le quartier de Berlin-Kreuzberg, avec son mari et ses deux enfants.
Une biographie inhabituelle pour une formation traditionnellement ancrée dans les Länder de l’ex-RDA et dans les quartiers de Berlin-Est, mais qui séduit la nouvelle cible du parti de gauche : une population plus jeune, urbaine, plus féminine, et marquée par une histoire migratoire, très sensible aux enjeux d’égalité et de racisme. Elif Eralp, Heidi Reichinnek, députée et présidente du groupe parlementaire au Bundestag, âgée de 38 ans, star des réseaux sociaux, et Ines Schwerdtner, la coprésidente du parti, née en 1989, forment désormais un trio féminin de choc à la tête de Die Linke.
Lutte pour le logement abordable
En quelques années, le parti a connu une spectaculaire augmentation du nombre de ses adhérents, passé de 60 000 membres fin 2024 à 123 000 fin 2025, dont la moyenne d’âge est désormais de 38,6 ans, contre 45 ans en 2024. Il s’est également recentré sur le thème des inégalités, en particulier la lutte contre la pauvreté et pour le logement abordable.
C’est sur ce dernier sujet que s’est spécialisée Elif Eralp, dont la revendication centrale est la municipalisation de 220 000 appartements qui avaient été vendus par la ville à des groupes immobiliers cotés dans les années 2000, accusés d’exploiter les locataires. Une mesure coûteuse et controversée, qui pourrait compliquer les négociations pour construire une coalition, avec un SPD divisé sur le sujet, mais très efficace politiquement auprès d’une classe moyenne locataire, frappée directement par l’explosion des prix du logement dans la capitale depuis une quinzaine d’années.
Die Linke doit aussi sa fortune actuelle au renouvellement de ses pratiques de campagne. S’inspirant des méthodes du sénateur américain Bernie Sanders (Vermont, indépendant), le parti a mené des opérations de porte-à-porte, très populaires auprès des jeunes électeurs. Lancées pour la première fois à grande échelle pour les législatives de février 2025, ces campagnes ont été rééditées pour les élections régionales à Berlin en 2026. Plus encore que de convaincre les personnes qui reçoivent la visite des militants, ce modus operandi permet de mobiliser des sympathisants autour d’une action simple et collective, qui est parfois leur première expérience politique, en dehors du vote.
Opérations de porte-à-porte
Pour constater le potentiel de mobilisation de ce type d’action, il suffisait d’assister à une opération de porte-à-porte organisée par Die Linke, dans le quartier de Lichtenberg, un quartier de l’est de Berlin, mi-septembre. Une quinzaine de jeunes adultes, tous âgés de moins de 35 ans, s’étaient rassemblés dans une permanence du parti en bas d’une tour. « C’est la première fois que je participe. J’ai constaté dans mon travail les effets de la baisse des crédits accordés aux enfants réfugiés, j’avais besoin d’être actif », raconte Niko Weber, 32 ans, qui réfléchit encore à prendre sa carte du parti.
Le déroulé est extrêmement balisé : les participants reçoivent une courte formation, puis ils sont invités à se connecter à une application, qui indique les immeubles à visiter en fonction de leur potentiel électoral, identifiés en amont par les experts du parti, et centralise les retours. Puis des binômes sont formés, équipés de veste et de sacs et envoyés frapper aux portes, qu’ils ne doivent jamais franchir. Le message est simple : proposer à chaque personne un examen gratuit de ses charges locatives, qui peut déboucher sur un remboursement en cas de trop payé. Mais le plus souvent, c’est l’occasion d’un échange.
« Je trouve l’exercice très intéressant, raconte un participant après la tournée, qui préfère rester anonyme. On sort des réseaux sociaux, on apprend une foule de choses sur son propre quartier. C’est un autre type de conversation que celles qu’on voit dans les talk-shows politiques à la télévision, qui ne s’intéressent plus vraiment à la vie des gens. Quand on fait cela, on n’a jamais l’air d’être des politiques déconnectés. »
Par Cécile Boutelet
Le Monde du 21 septembre 26


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