Pour ne pas perturber les élections législatives, la justice israélienne a ordonné dimanche 27 septembre le report de l’appel d’offres du plan de colonisation E1, les projets d’annexion du territoire palestinien ne sont pas pour autant effacés. Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, appelle à la guerre contre la Cisjordanie et à l’annexion pure et simple de 60 % de Gaza et d’une partie du sud du Liban.
Un report plutôt qu’une annulation. Que l’on se rassure, ce dimanche 27 septembre, la décision de la justice israélienne de surseoir d’un mois la date limite de l’appel d’offres pour le vaste plan de colonisation E1 et in fine d’annexion en Cisjordanie occupée, vise seulement à ne pas interférer avec les législatives cruciales du 27 octobre.
Le bureau de la procureure générale Gali Baharav-Miara indique avoir pris cette décision pour « faire en sorte que cette échéance tombe après le jour du scrutin, afin de réduire le risque que l’appel d’offres soit utilisé à des fins de propagande électorale, ce qui est interdit. »
Le projet de nouvelles implantations, illégales au regard du droit, relierait ainsi Jérusalem-Est à la colonie de Maale Adumim. Il rendrait de facto une future capitale palestinienne à Jérusalem-Est impossible. À grand renfort de nettoyage ethnique et de route d’apartheid, le gouvernement entend ainsi en finir une bonne fois pour toutes avec l’idée d’État palestinien par la grâce de ces 1 200 logements qui sortiraient de terre.
Effacer les Palestiniens
Ce plan n’est pas né de l’esprit de l’administration en place, mais remonte à 1975 lors de la création de Maale Adumim. Après la guerre des Six-Jours en 1967 et celle d’Octobre en 1973, desquelles Israël est sorti victorieux, Tel-Aviv s’est senti suffisamment en position de force pour imposer ses faits accomplis sur le terrain et parachever le projet sioniste.
Il est depuis régulièrement posé sur la table par Israël, lors de négociations avec les États-Unis ou l’Union européenne, afin de faire pencher la balance en sa faveur.
Les massacres du 7-Octobre ont servi d’excellent prétexte à Benyamin Netanyahou pour resserrer l’étau autour de la Cisjordanie et renverser la balance démographique sur le territoire. Plus de 500 000 Israéliens participent activement à l’occupation en choisissant de s’installer dans des colonies de Cisjordanie où vivent trois millions de Palestiniens.
La colonisation connaît un rythme sans précédent depuis 2023. Plusieurs dizaines d’avant-postes sauvages ont ainsi été créés, de même que des dizaines de kilomètres de nouvelles routes de contournement. Dans le même temps, on ne compte plus les démolitions d’infrastructures de base (eau, électricité en plus des logements) pour forcer les Palestiniens au départ et effacer leur présence durablement. Ce qu’ailleurs, on appellerait nettoyage ethnique conformément à la définition du droit international.
En juillet, lorsque l’appel d’offres a été publié, des ONG comme « La paix maintenant » avaient saisi la justice pour l’invalider. De leur côté, plusieurs pays européens, dont la France et le Royaume-Uni, avaient exhorté Israël à y renoncer. En vain.
Il y a deux semaines, un tribunal de Jérusalem a rejeté le recours en urgence, estimant étrangement que la justice aurait le temps de statuer sur le fond du dossier d’ici à la fin de l’appel d’offres et la délivrance des autorisations nécessaires.
Aujourd’hui, c’est la mairie de la colonie de Maale Adumim qui annonce déposer un recours contre le report de l’appel d’offres. Une décision « politique » qui constituerait « une ingérence ».
Smotrich et l’extension du domaine de la guerre
La perspective des élections n’a en revanche pas refroidi le ministre des Finances Bezalel Smotrich. « Je pense que nous devons faire la guerre en Judée-Samarie (le nom biblique donné à la Cisjordanie par l’extrême droite, ndlr) pour démanteler l’Autorité palestinienne qui soutient le terrorisme », a osé ce dernier, dimanche 27 septembre.
L’Autorité palestinienne a immédiatement dénoncé un « appel explicite à l’escalade, à l’annexion et au déplacement » des Palestiniens hors de Cisjordanie, « visant à compromettre les perspectives d’un État palestinien indépendant ».
Parachevant les rêves d’un Grand Israël, Bezalel Smotrich ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Il a ainsi appelé dans sa lancée à l’annexion du sud du Liban et d’une partie de la bande de Gaza : « J’aimerais qu’on annexe au moins jusqu’à la Ligne jaune à Gaza et jusqu’au fleuve Litani au Liban, parce que si une guerre se finit sur les mêmes lignes que là où elle a commencé, qu’est-ce qui dissuadera l’ennemi ? »
À Gaza, la « Ligne jaune », qui délimite la zone sous contrôle militaire israélien, grignote déjà plus de 60 % de l’enclave palestinienne. Quant au Liban, l’armée israélienne occupe toujours une bande d’une dizaine de kilomètres dans le sud du pays, évaluée à 6 % du territoire national. Et ce, alors même que l’accord-cadre du 26 juin dernier, prévoit un retrait progressif des forces israéliennes.
Lina Sankari
L'Humanité du 27 septembre 26
**

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire