Dans une vidéo publiée le 1er septembre sur ses réseaux sociaux, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou accuse l’armée de ne pas l’avoir informé de l’assaut mené par le Hamas. Les défaillances semblent pourtant relever d’une multitude de décisions tout aussi politiques que militaires. Explications.
À l’approche des législatives du 27 octobre en Israël, la responsabilité du premier ministre sortant Benyamin Netanyahou est directement engagée autour des massacres du 7 octobre 2023, qui ont causé la mort de plus de 1 200 personnes en majorité civiles.
Les oppositions demandent l’établissement d’une commission d’enquête indépendante pour évaluer les décisions aux différents niveaux de la chaîne de commandement. Une commission d’enquête a bel et bien fini par être mise en place par l’exécutif mais celle-ci, totalement à la main du premier ministre, concentre les critiques.
La meilleure défense étant l’attaque, voire le mensonge, le chef du gouvernement n’a pas hésité à porter une lourde charge contre l’encadrement militaire, ce mardi 1er septembre. « Pourquoi ne m’ont-ils pas réveillé ? Parce qu’ils savaient que moi, en tant que premier ministre d’Israël, j’aurais immédiatement ordonné de mettre toute l’armée en état d’alerte, de mobiliser toutes les villes (à la frontière avec Gaza) », dit-il dans une vidéo publiée hier sur Instagram. Il ajoute : « Il est tellement évident que tout cela aurait pu être fait. Cela a été caché au public ».
La veille, des efforts concentrés sur la Cisjordanie occupée
Son épouse, Sara Netanyahou, est également venue à sa rescousse en sombrant dans le complotisme. Elle s’en est prise directement à l’ancien général Yaïr Golan, président du parti des Démocrates, qui a fait alliance aux législatives avec le nationaliste Naftali Bennett contre l’actuel premier ministre.
Yaïr Golan, assure-t-elle, était « déjà habillé et prêt » à l’aube du 7-Octobre, « alors que d’autres ne savaient rien, y compris le premier ministre ». Une manière de sous-entendre que ce dernier aurait été au courant des attaques du Hamas avant qu’elles n’aient lieu.
C’est oublier un peu vite qu’en tant que chef du gouvernement, Benyamin Netanyahou est responsable de la politique de sécurité nationale. Et si le chef d’état-major Herzi Halevi et le chef du renseignement militaire Aharon Haliva ont bel et bien démissionné suite à cet échec patent, Benyamin Netanyahou, lui, est toujours en poste. Or, dans une démocratie parlementaire fonctionnelle, le premier ministre ne peut s’arroger uniquement les succès et laisser les fiascos aux militaires.
Les services israéliens disposaient également d’informations montrant que le Hamas travaillait sur un scénario d’attaque terrestre concernant le plan « Jericho Wall » et seule une commission d’enquête indépendante permettrait réellement d’établir qui disposait de ces informations.
Ce que Benyamin Netanyahou se garde bien de faire. Tout comme il omet de rappeler, qu’à la veille du 7-Octobre, ordre avait été donné de concentrer les troupes en Cisjordanie occupée, compliquant leur déploiement autour de Gaza.
En plus des raids réguliers à Jénine et à Naplouse visant à anéantir la résistance à cette époque, le 5 octobre 2023, plus d’une centaine de soldats ont également été affectés à la protection des colonies illégales. Un choix éminemment politique qui visait également à souder sa propre coalition, dont les suprémacistes Itamar Ben-Gvir, ministre de la sécurité nationale et Bezalel Smotrich, qui détient le portefeuille des Finances.
Enfin, dans les mois qui ont précédé le 7-Octobre, le premier ministre a jeté tous ses efforts dans une réforme judiciaire extrêmement contestée quitte à provoquer une crise politique majeure, des manifestations massives, des divisions au sein de l’armée et parmi les réservistes mais aussi des tensions au sein de l’appareil sécuritaire.
Une interprétation que Benyamin Netanyahou rejette. Reste qu’à ce jour, près de trois Israéliens sur quatre craignent qu’une attaque similaire à celle du 7 octobre 2023 se reproduise, selon un sondage réalisé en juin par Channel 12. La focalisation du débat sur cette question permet à l’opposition sioniste de ne pas aborder le fond de la politique d’occupation et de colonisation.
Lina Sankari
L'Humanité du 02 septembre 26

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