Les négociations entre le Liban et Israël s’enlisent

 

Une famille dans le village de Zaoutar El-Gharbiyé, au sud du Liban, le 5 août 2026. MOHAMMED ZAATARI/AP
Beyrouth n’a pas obtenu d’accord pour un véritable cessez-le-feu ni d’avancées sur un retrait israélien du territoire libanais. Israël priorise le désarmement du Hezbollah.
Les discussions tenues à Rome avec Israël et parrainées par les Etats-Unis se sont achevées, jeudi 6 août, sur une perspective négative pour le Liban, au terme de trois jours de rencontre. La délégation de Beyrouth n’a pas obtenu gain de cause pour ses deux principales demandes : un véritable cessez-le-feu dans le sud du Liban, où l’armée israélienne poursuit des frappes et des dynamitages quotidiens, et des avancées sur le retrait d’Israël de la zone qu’il occupe dans cette partie du pays. Israël priorise pour sa part le désarmement du Hezbollah et le contrôle de la mise en œuvre de celui-ci.
Il s’agissait de la deuxième session de pourparlers depuis que le Liban, Israël et les Etats-Unis ont signé un accord-cadre, le 26 juin. Le texte prévoit un processus progressif : le « redéploiement » de l’armée israélienne à partir d’un périmètre spécifique, dit « zone pilote », que les militaires libanais doivent nettoyer de l’arsenal militaire du Hezbollah. Mais l’ambiguïté sur la définition de ces zones est au cœur du blocage entre le Liban et Israël. Une partie tierce chargée de superviser le mécanisme n’a pas non plus encore été désignée ; une liste restreinte d’acteurs potentiels aurait été établie lors des discussions de Rome.
Les délégations ont abordé d’autres dossiers : frontières, économie… Mais, selon une source officielle libanaise, il s’agit d’une façon de meubler les échanges, face à l’absence d’avancées sur la mise en œuvre de l’accord-cadre : « Les Etats-Unis se contentent de montrer que le processus reste vivant. » Washington avait lancé de premiers rounds de discussion entre les deux pays en avril, après plus de quarante jours de guerre entre Israël et le Hezbollah, mouvement armé soutenu par l’Iran.

Position de faiblesse
La prochaine rencontre des délégations n’aura pas lieu avant septembre. Si les progrès dans les négociations s’annonçaient lents, le Liban se prépare à ce que le surplace enregistré à Rome perdure jusqu’à la tenue des élections législatives en Israël, prévues le 27 octobre – la période de campagne étant peu propice à des concessions –, puis celles de mi-mandat aux Etats-Unis, en novembre. Beyrouth négocie en position de faiblesse depuis le début des contacts directs avec Israël, sous l’égide des Etats-Unis. Le Liban n’a pas de leviers, et l’absence d’autres médiateurs internationaux l’enferme dans un tête-à-tête inégal. Le pays dépend, dès lors, de la pression que Washington accepte ou pas d’exercer sur Israël.
Un accord pour un véritable cessez-le-feu, instaurant une stabilité qui n’existe pas dans le sud du Liban, aurait permis à la présidence libanaise, très impliquée dans les négociations, de démontrer que ces dernières sont utiles, alors que l’accord-cadre reste controversé dans le pays. Sur le terrain, c’est tout le contraire qui s’est produit. En parallèle des négociations, l’armée israélienne a intensifié ses bombardements dans le sud du pays, mercredi, après la mort de deux de ses soldats tués par un engin explosif. Elle avait dénoncé une « violation flagrante du cessez-le-feu » par le Hezbollah. La Force des Nations unies au Liban a enregistré ce jour-là le « nombre le plus élevé » de projectiles tirés par l’armée israélienne depuis la trêve du 20 juin.
« Cette escalade semble moins liée aux négociations qu’à la volonté d’Israël de montrer, y compris à son opinion publique, qu’il conserve une liberté d’action militaire dans le sud du Liban », toujours selon la même source. Depuis la fin de la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah, aucun cessez-le-feu ne s’est accompagné d’un véritable arrêt des hostilités. Au terme de ce précédent conflit, l’Etat hébreu avait poursuivi des frappes sur le sud du Liban pendant quinze mois, avant que le Hezbollah ne prenne l’initiative de la guerre en février.
Beyrouth souhaitait aussi que des localités situées dans la « zone de sécurité » décrétée unilatéralement dans le sud du Liban par Israël, en avril, soient choisies à Rome comme nouvelles zones pilotes. Car la création, en juillet, des deux premières zones d’expérimentation, concerne deux villages, Froun et Srifa, qui n’ont pas été occupés par Israël, et un autre, Zaoutar El-Gharbiyé, où sa présence physique n’a été tout au plus que partielle.
Selon un responsable israélien cité par l’Agence France-Presse, l’extension du processus des zones pilotes n’est « pas automatique » et dépend de l’évaluation israélienne des résultats. Ce dernier estime qu’il est « encore trop tôt pour évaluer [l’]efficacité » du dispositif dans les trois villages concernés, qui bordent la zone de sécurité.
« Ce qui se passe sur le terrain signifie qu’Israël veut que l’armée libanaise constitue une zone tampon entre sa zone de sécurité et le Hezbollah, et qu’il n’envisage pas de retrait dans un futur proche », estime Mohanad Hage Ali, expert au cercle de réflexion Carnegie, à Beyrouth. Le ministre de la défense israélien, Israel Katz, a multiplié les déclarations sur un non-retour des habitants chiites (communauté dont est issu le Hezbollah) dans la zone frontalière et sur l’ampleur des destructions infligées. Selon M. Hage Ali, le surplace tient aussi au contexte régional. « Israël se prépare à la possibilité d’un nouveau round de guerre avec le Hezbollah, en cas de conflit renouvelé avec l’Iran, et ne veut pas s’impliquer davantage dans le processus [de l’accord-cadre] avec le Liban. »
Le Hezbollah a de nouveau critiqué les négociations directes, auxquelles il est opposé. Mais, en réalité, les discussions en cours et leur piétinement « ne le gênent pas, considère M. Hage Ali. Au contraire, la poursuite de l’occupation israélienne lui donne un alibi pour ne pas désarmer. Et lui aussi se prépare à la possibilité d’un troisième round de guerre ».

Par Laure Stephan
Le Monde du 07 août 26

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