En Cisjordanie, les attaques quotidiennes de colons au nom de la protection des Palestiniens

 

L’hypocrisie est à son comble alors qu’une enquête des Nations unies, datée de juin, a révélé que les attaques, parfois meurtrières et quasi quotidiennes, perpétrées par les colons, ont augmenté de 130 % depuis 2023.
© EPA/ATEF SAFADI via MaxPPP
Pris d’assaut par des habitants des implantations illégales, le village palestinien de Taybeh vit, depuis ce 9 août, sous le régime de la « zone militaire fermée » non accessible aux Israéliens. Un contrôle qui ne règle pas la pression des colons sur les terres palestiniennes alentours.
D’un côté, le gouvernement israélien favorise la colonisation, arme et finance les habitants des implantations illégales en Cisjordanie occupée ; de l’autre, l’armée fait désormais mine de prendre le problème à bras-le-corps. C’est le cas dans le village de Taybeh, à l’est de Ramallah, qui occupe une position dominante dans les collines centrales, offrant une profondeur stratégique pour le contrôle des axes routiers et la surveillance de la frontière jordanienne. Ce 9 août, l’armée israélienne a annoncé la fermeture de la localité aux non-résidents.
Ces derniers mois, Taybeh subit des assauts croissants des colons israéliens : incursions, incendies et restrictions d’accès aux terres agricoles… En juin, des colons ont ainsi empêché des Palestiniens d’accéder à un incendie près du village pour le circonscrire. Ce 8 août encore, selon l’agence palestinienne Wafa, un colon a de nouveau fait paître son bétail sur des terres de Taybeh, causant des dégâts aux cultures et aux arbres.

Des attaques de colons qui ont crû de 130 % depuis 2023
Le village, dont certaines parties sont situées en zone B, où l’Autorité palestinienne assure l’administration civile mais où la sécurité se doit d’être coordonnée avec Israël, et d’autres en zone C, dont le contrôle relève exclusivement de Tel-Aviv – selon les accords d’Oslo – a désormais le statut de « zone militaire fermée ».
On voit mal comment cet ordre, qui renforce l’emprise israélienne, résoudrait la pression quotidienne sur les terres alentour. Ce n’est sans doute pas un hasard si Israël a décidé de « sécuriser » l’une des dernières localités entièrement chrétiennes de Cisjordanie. Le pays pourrait vouloir calmer ses partenaires, dont l’UE, qui a adopté en mai des sanctions contre sept colons dits violents. Un pléonasme alors que la colonisation est par essence une violence.
L’hypocrisie est à son comble alors qu’une enquête des Nations unies, datée de juin, a révélé que les attaques, parfois meurtrières et quasi quotidiennes, perpétrées par les colons, ont augmenté de 130 % depuis 2023. « La participation croissante des forces de sécurité israéliennes aux attaques menées par des colons équivaut à un effondrement de facto de la distinction entre colons et soldats », tranche le rapport.

Lina Sankari
L'Humanité du 10 août 2026

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