Des livres pour Août... « Retour au goudron » : une performance en 11 titres d’Antoine Volodine

 

Qui, sinon Antoine Volodine, pouvait, en pleine rentrée littéraire, obtenir de 11 éditeurs aussi différents que la Fabrique et Robert Laffont, la Volte et Minuit, de mettre entre parenthèses leurs différences pour un travail en commun peu évident en une période cruciale comme la rentrée littéraire ?
La parution des 11 titres présentés sous l’appellation commune de « Retour au goudron » représente déjà, au sens courant du terme, une performance. Mais « Retour au goudron » – l’écrivain s’en explique dans l’entretien ci-contre – est également une performance au sens « artistique ». Volodine, à propos de Bardo solo, y révèle le point de départ de ces 343 brochures de 16 pages d’où est extraite la matière de « Retour au goudron ». Soit près de 5 500 pages de texte accompagné de photographies du « port intérieur » de Macau (Gironde), un lieu aujourd’hui fantôme.
Un ensemble inéditable. Mais il y avait un moyen de donner à lire ce second niveau du corpus post-exotique : extraire du « cœur » de ces « cahiers bardiques » des « proses romanesques », et recomposer ce matériau narratif pour en faire 11 romans très différents, adaptés à la « personnalité » de 11 éditeurs et les leur proposer.

Un panorama de 40 ans de carrière
Le plus incroyable est que cela marche. « Retour au goudron » est un panorama de ces quarante années d’écriture. On retrouve les thèmes qui structurent l’œuvre publiée depuis Biographie comparée de Jorian Murgrave jusqu’à Vivre dans le feu. On y voit ses personnages habituels, vaincus, nostalgiques ou désabusés. On y suit le trajet angoissant du défunt dans l’espace intermédiaire entre mort et renaissance. Cela n’empêche pas l’ironie et même le rire, bien au contraire.
La diversité de ces écrits va des rêves tragiques et humoristiques de Zone crypte, zone miroir aux apnées aventureuses de Malaise chez les plongeuses, des nouvelles d’amour et d’humour de Chagrins aux contes moraux grinçants et subversifs d’Ultimes sursauts, des récits de vie empathiques et décalés des Meilleurs d’entre nous aux errances ténébreuses de Défections et Cie. Le pseudonyme d’Infernus Iohannes apparaissait déjà en exergue d’un des premiers livres d’Antoine Volodine. Bouclant la boucle, c’est celui qu’il a choisi pour nous dire « je me tais ».

Bardo solo, Actes Sud, 336 p., 22,50 euros ; Chagrins, Minuit, 192 p., 18 euros ; Défections et Cie, Rivages, 240 p., 17,90 euros ; Dernière livraison, la Marelle, 170 p., 18 euros ; La Grande Misère, l’Olivier, 252 p., 20 euros ; Les Meilleurs d’entre nous, Seuil, 336 p., 22 euros ; Malaise chez les plongeuses, la Volte, 210 p., 18 euros ; Mémoire, mode d’effroi, Robert Laffont, 240 p., 21 euros ; Ultimes sursauts, la Fabrique, 160 p., 15 euros ; Survies minuscules, Sous-Sol, 288 p., 21,50 euros ; Zone crypte, zone miroir, Verdier, 224 p., 19,50 euros

Alain Nicolas
L'Humanité du 19 août 26

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