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| « Ceux qui ne sont rien » de Patrícia Melo Traduit du portugais (Brésil) par Élodie Dupau, Buchet Chastel, Paris, 2026, 464 pages, 24,50 euros. |
Écrivain dont les litanies forment une cartographie de la mistoufle, il finira par accéder à une fragile renommée, celle d’un paria tiré de la misère par une maison d’édition légèrement racoleuse. En somme, tous vivent, survivent, dans un équilibre précaire jusqu’au jour où Chilves et ses copains découvrent un lieu de rêve, la Swiss Life Residence, une copropriété résidentielle : sept villas luxueuses. Et vides. « Les riches fuient la ville », constate-t-il, sans doute pour s’installer dans d’autres quartiers, à l’abri des gênes qu’occasionnent « ceux qui ne sont rien ». Mais alors, que faire face à ce luxe sans emploi ? Si quelques-uns pensent à un gigantesque cambriolage, ne serait-ce que pour acquérir « toutes ces belles choses interdites », d’autres, comme Chilves, imaginent d’en faire quelque chose. Oui, quelque chose de politique, l’affirmation d’une dignité retrouvée, l’accomplissement d’une mission : celle des « Humbles Professeurs de la Vérité » qu’il a rencontrés lors de son bref passage en prison, également nommés « Nation Cinq pour Cent », l’avant-garde révolutionnaire constituée par les descendants d’esclaves africains. Dont le projet consiste à combattre l’injustice, défier les puissants, changer la société, en remplissant son rôle, éclairer la « Masse des Aveugles ». Dès lors, les choses s’enchaînent : expulsion de l’immeuble Makan, échec du cambriolage de la Swiss, règlements de comptes entre flics, enfermements arbitraires, toute une cascade d’événements annonçant une probable tragédie dont les derniers mots reviendront à Iraquitan.
Œuvre polyphonique nécessaire, sans pathos mais poignante, d’une romancière qui sait rendre leur grandeur aux miséreux, saisir la puissance de leur humanité.
Arnaud de Montjoye
Le Monde diplomatique - Août 2026

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