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| La victoire d’Abdul El Sayed illustre un
spectaculaire retournement de l’électorat démocrate sur le sujet qui
s’est opéré en deux temps. © Andrew Roth/ZUMA Press Wire |
L’Amérique n’a jamais autant parlé de politique étrangère depuis 2006. Il y a vingt ans, l’opposition ultra-majoritaire à la guerre en Irak de George W. Bush servait de carburant aux démocrates lors des élections de mi-mandat, véritable débâcle pour les républicains. Cette année, le génocide à Gaza et le soutien inconditionnel à Israël constituent une des lignes de fracture au sein de la coalition démocrate.
Il y a peu d’affrontements locaux entre l’aile gauche et les représentants de l’establishment où l’on ne parle pas de la nature de ce qui s’est déroulé dans la bande de Gaza et de la nécessité de poursuivre ou non l’aide militaire au pays dirigé par Benyamin Netanyahou.
Abdul El Sayed, symbole du retournement des démocrates
La primaire dans le Michigan n’a pas échappé à la règle, la portant à un point d’incandescence inédit, avec l’intervention financière de l’Aipac, le principal lobby pro-israélien. Au final, le candidat proposant de mettre fin à toute aide à Israël l’a emporté, un scénario totalement improbable il y a quelques années, quand régnait un consensus bipartisan de soutien à Tel-Aviv, quelle que soit la politique de ses gouvernements.
La victoire d’Abdul El Sayed illustre un spectaculaire retournement de l’électorat démocrate sur le sujet. Il s’est opéré en deux temps. Tout d’abord, la guerre génocidaire menée par Benyamin Netanyahou après le 7-Octobre a provoqué un premier décrochage. Les enquêtes d’opinion publiées deux ans après ces attaques terroristes montraient son ampleur.
Pour la première fois, plus de personnes interrogées par le New York Times affirmaient soutenir les Palestiniens : 35 % contre 34 % pour Israël contre respectivement 20 % et 47 % deux ans plus tôt. Les moins de 30 ans (61 %), les Latinos (46 %) et les Africains-Américains (41 %) s’avéraient être les plus pro-Palestiniens. Une autre enquête du Washington Post montrait que 61 % des électeurs juifs estimaient qu’Israël avait commis des crimes de guerre à Gaza et quatre sur dix affirmaient que le pays était coupable de génocide à l’encontre des Palestiniens.
Un sujet qui sera central pour la présidentielle 2028
À cette protestation « morale » est venue de greffer une posture plus politique. Selon une récente enquête du Washington Post, 74 % des démocrates interrogés souhaitent réduire ou supprimer l’aide militaire américaine à Israël.
Forcément sensibles à l’évolution de leurs électeurs, les élus ont eux aussi évolué : mi-juillet, pour la première fois, la moitié des députés démocrates ont voté en faveur d’un amendement supprimant l’aide militaire annuelle versée par les États-Unis à Israël – plus de 3 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros).
Pour l’électorat, le sujet tend même à devenir un « test ». À l’automne 2025, 55 % d’entre eux annonçaient déjà qu’ils privilégieraient des candidats au Congrès soutenant le Block the Bombs Act, une loi lancée en juin 2025 par une poignée d’élus progressistes (Delia Ramirez, Sara Jacobs, Pramila Jayapal, et Mark Pocan) afin de faire cesser les exportations des bombes utilisées à Gaza.
71 % allaient même jusqu’à indiquer qu’ils préféreraient un futur candidat à la présidence qui voterait contre la livraison d’armes à Tel-Aviv. Israël et Gaza seront donc au cœur de la prochaine primaire démocrate pour la présidentielle 2028.
Christophe Deroubaix
L'Humanité du 05 août 26

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