En disposant qu’une attaque armée extérieure contre l’un des trois signataires sera considérée comme une agression contre tous, le pacte conclu le 7 août entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie témoigne de l’influence déclinante des Etats-Unis dans la région, ainsi que de la volonté de contenir l’influence d’Israël et de l’Iran.
L’accord de défense conclu entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie à La Mecque, le 7 août, ne doit pas être sous-estimé. Il est une conséquence majeure de l’attaque américano-israélienne du 28 février contre l’Iran, qui a remis en cause de vieux équilibres au Moyen-Orient.
Ce pacte rassemble trois puissances régionales qui ont décidé de mettre en commun des atouts complémentaires. Membre de l’OTAN, Ankara possède une armée aguerrie et une compétence reconnue en matière de drones, une arme devenue stratégique en Ukraine comme dans la guerre asymétrique qu’est rapidement devenue l’opération décidée par Donald Trump et Benyamin Nétanyahou. Islamabad reste à ce jour la seule puissance musulmane dotée de l’arme nucléaire, et Riyad peut mettre à la disposition de cette alliance naissante une partie de la manne que le pays tire de ses immenses revenus pétroliers.
L’alliance s’inspire de l’OTAN en disposant qu’une attaque armée extérieure contre l’un des trois signataires sera considérée comme une agression contre tous. S’il ne vise aucun Etat nommément, ni l’Iran, ni Israël, ni les Etats-Unis ne peuvent cependant s’en féliciter.
Même si l’accord concerne trois alliés de Washington, il témoigne tout d’abord d’une volonté émancipatrice et de l’influence déclinante des Etats-Unis dans la région. Après le 28 février, les représailles dévastatrices de la République islamique ont en effet mis en évidence les carences des garanties de sécurité américaines sur lesquelles la rive arabe du Golfe se reposait presque exclusivement. Washington en paie le prix, comme celui de l’imprévisibilité de Donald Trump et de son absence de vision stratégique qui a transformé l’agression de l’Iran en bourbier.
Le président des Etats-Unis va pouvoir méditer sur les conséquences de son discours stigmatisant les alliances et le fardeau qu’elles constitueraient pour son pays. Washington ne peut pas à la fois exiger de ses alliés qu’ils prennent plus en charge leur défense et attendre d’eux qu’ils le fassent en continuant de la subordonner à ses priorités.
Israël, qui espérait remodeler le Moyen-Orient grâce à sa supériorité militaire en fonction de ses seuls intérêts, voit cette ambition contrariée par l’accord de La Mecque. Ce dernier constitue un coup d’arrêt aux accords d’Abraham lancés en 2020 sous l’égide de Washington qui avaient pour objectif une normalisation régionale avec l’Etat hébreu à ses conditions.
Les trois pays signataires considèrent la tentation hégémonique israélienne comme une source d’instabilité. Ils ne font pas non plus mystère de leur attachement à la perspective d’un Etat palestinien et dénoncent les interventions israéliennes au Liban comme en Syrie.
Ce pacte ne peut pas satisfaire non plus l’Iran. Il constitue en effet une tentative de réponse à sa stratégie d’influence régionale reposant sur des acteurs non étatiques, en Irak, au Liban et au Yémen. Même si les trois pays de l’accord de La Mecque ont toujours évité de s’en prendre frontalement à l’Iran, une mise en garde est adressée au régime iranien. L’aigreur de certaines réactions à Téhéran le confirme.
Les contours du pacte de défense de La Mecque restent à préciser. Il faudra beaucoup plus que ces trois signatures pour lui donner ainsi un contenu militaire opérationnel, mais son message politique est clair.
Le Monde du 10 août 2026

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire