Au moins 300 enfants auraient été tués à Gaza au cours des 300 jours qui se sont écoulés depuis l’annonce d’un cessez-le-feu, selon l’Unicef. Le premier ministre israélien n’entend pourtant pas retirer ses troupes du territoire palestinien.
Sur un terrain encore jonché de ruines, 112 corps, des restes en décomposition, reposent sur des brancards recouverts du drapeau palestinien. Selon les autorités locales, 308 membres d’une même famille élargie ont été tués le 22 novembre 2023 lorsque des bombardements aériens israéliens ont fait s’effondrer un ensemble d’immeubles résidentiels alors que les habitants dormaient, dans la vieille ville de Gaza. Environ la moitié des victimes avaient déjà été retrouvées et inhumées, mais 153 corps étaient restés sous les décombres jusqu’à présent.
En ce 4 août, une pancarte est dressée, ornée de portraits des défunts – hommes, femmes et enfants. Des hommes soulèvent les brancards et les transportent à travers les rues. « Cette journée est empreinte de douleur ; elle a rouvert nos blessures trois ans après ce massacre, a déclaré Taysir Al Hassayna, un membre survivant du clan. Elle a ramené la tristesse parmi nos enfants et nos femmes. »
L’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme vient d’avertir que l’armée israélienne, secondée par des entreprises civiles elles aussi israéliennes, mènerait une vaste et systématique opération visant à fragmenter les décombres des quartiers et des infrastructures détruits dans la bande de Gaza et à les transférer depuis les zones sous contrôle militaire israélien vers l’extérieur du territoire.
Cela avant de permettre aux commissions d’enquête internationales et locales d’examiner les sites, ce qui pourrait entraîner, selon cette organisation, la disparition de preuves matérielles liées aux crimes de guerre présumés ainsi que la destruction de restes humains de personnes toujours portées disparues sous les décombres au nombre potentiel de 8 000. L’observatoire estime qu’au moins 10 millions de tonnes de débris auraient déjà été retirés, broyés ou déplacés de leurs emplacements d’origine dans les zones sous contrôle militaire israélien.
300 enfants tués à Gaza au cours des 300 jours depuis l’annonce d’un cessez-le-feu
Pour les Gazaouis encore vivants, la guerre n’a jamais cessé. Tous ont pourtant voulu croire au cessez-le-feu lorsqu’il a été annoncé le 10 octobre 2025. Mais Benyamin Netanyahou ne s’est, en réalité, jamais senti tenu par le fameux plan de paix de Donald Trump qui comporte 20 points et doit être appliqué en plusieurs phases. La preuve par les attaques répétées contre les civils palestiniens dans cette enclave. Au moins 300 enfants auraient été tués à Gaza au cours des 300 jours qui se sont écoulés depuis l’annonce d’un cessez-le-feu, en octobre 2025, alerte l’Unicef : « Alors que des centaines d’autres enfants ont été blessés, dont beaucoup grièvement, les enfants de Gaza attendent toujours la fin des violences qui leur avait été promise. » Les femmes enceintes aussi.
En réalité, Israël a profité du cessez-le-feu pour renforcer son emprise sur l’enclave palestinienne et grignoter toujours plus de territoire. Une ligne jaune a été imposée qui permet à l’armée israélienne d’occuper 53 % du territoire et Netanyahou n’a jamais caché sa volonté d’en contrôler 70 %. « Les familles sont désormais entassées sur environ un tiers du territoire de la bande de Gaza, où elles vivent dans des conditions dangereuses, au milieu de bâtiments détruits, de décombres et de déchets solides qui s’accumulent », dénonce l’Unicef.
Le 31 juillet, Donald Trump a annoncé qu’un accord avait été conclu par son soi-disant « Conseil de la paix » pour le désarmement complet du Hamas et des autres groupes armés palestiniens à Gaza. Il affirmait même qu’Israël « était très heureux ». La vérité est que Tel-Aviv est resté silencieux. Parce que l’accord, au terme du plan Trump, prévoit certes le désarmement du Hamas, mais il s’agit des armes lourdes et non légères. Il doit surtout se faire concomitamment avec un retrait des troupes israéliennes.
Et de cela, Netanyahou n’en veut pas. Il l’a même fait savoir quelques jours plus tard : l’équipe de Trump « estime qu’elle pouvait obtenir le désarmement du Hamas et la démilitarisation de Gaza. Nous examinons cette possibilité. Ils nous ont envoyé un projet, que nous n’avons pas accepté : ce n’est pas notre projet. Nous leur avons transmis nos commentaires ». De son côté, l’organisation islamiste palestinienne, qui a annoncé la dissolution de son propre gouvernement, a indiqué qu’elle ne remettrait ses armes qu’une fois la cessation par Israël de ses attaques ainsi que le retrait de ses forces.
La poursuite de la guerre, une nécessité pour Netanyahou
Malgré les annonces de l’ami états-unien, Benyamin Netanyahou entend poursuivre sa guerre sur tous les fronts : à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et ronge son frein pour reprendre les bombardements contre l’Iran. Deux raisons à cela. Il s’agit d’une stratégie globale visant à imposer sa vision du Grand Israël – ce qui signifie l’annexion de la Cisjordanie, l’aggravation de l’apartheid pour les Palestiniens et la fin de la solution à deux États.
À brève échéance, le premier ministre israélien veut également se maintenir au pouvoir, notamment pour échapper à la justice de son pays (il est également poursuivi par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité), alors que les élections législatives se dérouleront le 27 octobre. Il convient pour lui de conserver sa majorité afin de se maintenir à son poste. Pour cela, il a décidé de flatter son électorat le plus extrémiste, en particulier les colons et les religieux, en leur donnant des gages. La poursuite de la guerre est donc, pour lui, une nécessité au même titre que le renforcement de la colonisation en Cisjordanie.
Ce faisant, il prend le risque de se mettre à dos un Donald Trump lui aussi sous pression avec les élections de mi-mandat prévues en novembre. Le président états-unien doit apaiser son opinion publique opposée à la guerre contre l’Iran, mais également montrer à ses alliés au Moyen-Orient qu’il tient fermement la barre. Or, le Qatar, la Jordanie, les Émirats arabes unis, l’Indonésie, le Pakistan, la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Égypte viennent de dénoncer publiquement le comportement d’Israël à Gaza qui « porte atteinte aux efforts internationaux et régionaux déployés pour mettre en œuvre la deuxième phase du plan de paix ».
Pierre Barbancey
L'Humanité du 06 août 2026

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