Pourquoi les États-Unis et l’Arabie saoudite ont bombardé conjointement l’Irak

 

L’accord sur le nucléaire et les frappes sur l’Irak conjointes constituent une sorte de gage donnée à MBS, le prince héritier et véritable décideur à Ryad. Mais Donald Trump en a lié la mise en œuvre à la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël, dans le cadre des accords d’Abraham.
© Nathan Howard/POOL / IMAGO
Les attaques menées par les deux pays mercredi 29 juillet fonctionnent comme un gage accordé par l’administration Trump à Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, l’homme fort du royaume.
C’est une attaque sans précédent qu’ont menée conjointement les États-Unis et l’Arabie saoudite sur le territoire irakien. Les deux pays ont bombardé des positions de groupes armés présentés comme pro-Iran. Les frappes ont visé des positions du Hachd al-Chaabi (littéralement « Unités de mobilisation populaire ») et tué au moins 20 combattants et blessé une vingtaine d’autres. Le Hachd al-Chaabi a parlé d’une « agression » américano-saoudienne, qui a visé ses bases dans sept provinces, dont Bagdad, Ninive (nord) et Bassorah (sud) et dénoncé une « escalade dangereuse » contre des « institutions de sécurité officielles ».
Ces attaques interviennent alors que les affrontements à grande échelle ont eu lieu ces dernières semaines entre les États-Unis et l’Iran. Dans ce cadre, l’Arabie saoudite a été la cible de dizaines d’attaques de drones visant ses installations pétrolières. Elle a accusé les groupes pro-iraniens en Irak mais ceux-ci ont démenti en être responsables.
Par ailleurs, les Houthis ont revendiqué, mardi, des tirs de missiles sur un pétrolier saoudien. Le ministère saoudien des Affaires étrangères, dans un communiqué publié par les médias d’État, a indiqué que le pays ne cherchait pas à aggraver la situation, mais qu’il n’hésiterait pas à riposter à toute agression.

Une intervention saoudienne rare depuis le début de la guerre
Il s’agit d’une intervention saoudienne rare depuis le début de la guerre fin février, déclenchée par Washington et Tel-Aviv. Ryad a évité de devenir un belligérant direct tout en lançant des frappes secrètes contre l’Iran en représailles aux attaques dont il a été victime, selon de hauts responsables américains. Le gouvernement saoudien n’a pas reconnu officiellement ces tirs de missiles.
Le Hachd al-Chaabi est une alliance de paramilitaires et de factions créées en 2014 pour combattre les jihadistes. Elle est désormais intégrée aux forces armées irakiennes. Des groupes soutenus par l’Iran disposent de brigades qui opèrent au sein de l’alliance, mais nombre d’entre eux ont la réputation d’agir de leur propre chef.
Les groupes les plus actifs sont réunis au sein d’une alliance connue sous le nom de « Résistance islamique en Irak », qui est intervenue en soutien à Téhéran durant la guerre au Moyen-Orient, revendiquant des centaines d’attaques contre des bases américaines en Irak et dans la région. Ils n’ont pourtant revendiqué aucune attaque depuis la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran en début de mois.
Les dernières frappes interviennent alors que la pression américaine sur Bagdad s’accentue pour désarmer les groupes pro-iraniens. Le nouveau Premier ministre irakien, Ali al-Zaïdi, arrivé au pouvoir cette année avec l’aval de Washington, a promis de veiller à ce qu’ils rendent leurs armes, mais il s’est heurté à la résistance de certaines factions puissantes. Plus tôt ce mois-ci, il s’est rendu à la fois aux États-Unis et en Iran.
Ces attaques interviennent quelques jours après un accord passé entre Washington et Ryad, qui permettrait au royaume de se doter de capacités d’enrichissement d’uranium pour son programme nucléaire civil. Une façon pour l’administration Trump de garder l’Arabie saoudite, échaudée par les défaillances de la protection US pendant la guerre contre l’Iran, dans son giron. L’accord et les frappes conjointes constituent une sorte de gage donnée à MBS, le prince héritier et véritable décideur à Ryad. Mais Donald Trump en a lié la mise en œuvre à la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël, dans le cadre des accords d’Abraham.

Christophe Deroubaix
L'Humanité du 29 juillet 26

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