![]() |
| « Notre histoire : chronique du Caire », en salle mercredi 1er juillet 2026. © Maverick Distribution |
Après le remarqué Yomeddine, présenté en compétition à Cannes en 2018 et Hajjan, en 2023, le réalisateur égypto-autrichien, Abu Bakr Shawky, se penche avec originalité sur son Égypte natale ou plutôt sur son Égypte pré-natale. Le cinéaste, né en 1985, s’intéresse en effet à une époque aujourd’hui révolue, qui commence avec Nasser peu avant la guerre de juin 1967 et se termine avec l’accession au pouvoir de Hosni Moubarak, juste après l’assassinat de Anouar el-Sadate en octobre 1981, sept ans jour pour jour après le déclenchement de la guerre en 1973 contre Israël.
Qu’on se rassure ! Il ne s’agit pas d’un documentaire mais la toile de fond, le décor dans lequel Abu Bakr Shawky installe ses chroniques du Caire. « Notre histoire » comme le dit le titre, toute fictive et en même temps si réelle. Une famille comme il en existait tant, fières de leur président Gamal Abdel Nasser qui leur a rendu leur fierté en nationalisant le canal de Suez et allait, c’était sûr, la renforcer avec la guerre qui en fait ne durera que six jours et entraînera la chute du Raïs. Ahmed (Amir El-Masry) s’en soucie-t-il vraiment ?
Pianiste obstiné qui, comme son père, sa mère, ses oncles, ses frères et sœur, il vit au rythme des annonces présidentielles – comment faire autrement – mais surtout des retransmissions télévisées des matchs de football et particulièrement de leur équipe, celle de Zamalek. Même lorsque les émeutes éclatent en 1986, sous Moubarak. Les images d’archives, radio et télévision, scandent les événements. Ce qui permet au réalisateur d’ajouter une figure tutélaire, inventée (quoi que) du journaliste officiel, adepte de la morale politique.
Des personnages d’une grande tendresse
On semble parfois plongé dans un film italien des années 70. La placette devant l’immeuble est toujours la même. Seule change la figure du président sur les affiches. Comme si la vie était immuable. Abu Bakr Shawky montre une grande tendresse pour ses personnages happés par une histoire qui, toujours, semble les dépasser.
Hassan, le frère jumeau d’Ahmed, qu’on surnomme Hassanov à cause de sa grande taille (et certainement aussi à cause de la présence de conseillers soviétiques en Égypte après la rupture nassérienne avec les États-Unis) part faire les guerres. Ahmed, lui, n’a pas reçu sa feuille de route.
Les hasards de la bureaucratie. Boursier, il se rend alors en Autriche, étudiant au conservatoire où il retrouve Liz (Valerie Pachner), avec qui il correspondait. Cette belle habitude épistolaire aujourd’hui disparue, celle du « correspondant », dans un autre pays, un autre monde. Hier encore plus qu’aujourd’hui, sans doute. Un mot aussi sur le rôle de la mère, Fairuz (Nelly Karim), comme toujours effacée et pourtant indispensable pilier.
Le réalisateur manie l’humour et la gravité un peu à la manière d’un certain cinéma arabe et même égyptien où les gros plans participent du jeu des acteurs (la comédie des comédiens en quelque sorte) dans un espace exigu et la musique, de fanfare ou de concert, marque sa présence inébranlable au milieu du bruit.
Que serait un mélodrame sans ces ingrédients ? Abu Bakr Shawky réussit à nous prendre par la main, et pendant deux heures de temps, nous suivons ce qui pourrait passer pour une histoire banale faite de rires et de pleurs, de cœurs gros comme ça, de gens qui ne veulent pas la guerre ni haïr les autres. De belles chroniques de la vie simple.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 30 juin 2026
Notre histoire : chroniques du Caire d’Abu Bakr Shawky Autriche, France, Belgique, Égypte, Suède 2 heures, en salles le 1er juillet 2026.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire