Les banques israéliennes menacent de stopper les prêts aux banques palestiniennes, au risque d’une crise économique majeure

 


Ces établissements invoquent le risque croissant d’être exposés à des poursuites liées à leurs opérations avec leurs homologues palestiniens, mais pour plusieurs responsables du secteur, c’est surtout l’instabilité croissante de ce dispositif, conçu à l’origine comme temporaire, qui les incite à vouloir s’en retirer.
© ABBAS MOMANI / AFP
Tel-Aviv a annoncé aux banques palestiniennes que les services de prêt de shekels, la monnaie israélienne, allaient être suspendus. Le ministère israélien des Finances se justifie en invoquant des « risques de poursuites civiles ». Mais il s’agit plus d’une nouvelle mesure pour fragiliser l’Autorité palestinienne puisqu’elle dépend des banques israéliennes pour financer ses importations et payer ses fonctionnaires.
Des banques israéliennes ont informé leurs homologues palestiniennes de leur intention de mettre fin prochainement aux prêts de shekels, la monnaie israélienne, selon des responsables israéliens et palestiniens, faisant craindre une crise économique en Cisjordanie occupée.
Ces établissements invoquent le risque croissant d’être exposés à des poursuites liées à leurs opérations avec leurs homologues palestiniens, mais pour plusieurs responsables du secteur, c’est surtout l’instabilité croissante de ce dispositif, conçu à l’origine comme temporaire, qui les incite à vouloir s’en retirer. Ces services sont indispensables pour financer les importations, notamment d’électricité et alimentaires, d’Israël vers le territoire palestinien.
Selon des responsables du secteur bancaire palestinien, certaines banques palestiniennes concernées pourraient perdre cet accès dès la mi-août. Les autres banques conserveraient leur accès jusqu’au 1er septembre.

« Si les banques s’effondrent, c’est l’Autorité qui s’effondre »
« Compte tenu du niveau global de risque et des inquiétudes croissantes concernant d’éventuelles poursuites civiles (…) les banques israéliennes ont récemment annoncé leur intention de cesser de fournir des services de correspondance bancaire », a indiqué le ministère israélien des Finances mercredi 22 juillet.
En 2014, un jury fédéral new-yorkais a condamné l’Arab Bank en vertu de l’Anti-Terrorism Act pour des liens financiers avec le Hamas. Mais le risque de poursuites civiles agité par Tel-Aviv sert plutôt de prétexte pour toujours plus entraver l’Autorité palestinienne déjà en grande difficulté.
Le ministère dit être en discussion avec les banques israéliennes Bank Hapoalim et Discount Bank, pour une solution permettant de « poursuivre les activités de correspondance bancaire de manière sûre et responsable, tout en préservant les intérêts » israéliens.
« Tout le monde semble chercher des solutions, car les deux parties (…) comprennent l’importance de ces relations », a indiqué un haut responsable du secteur bancaire. Les banques israéliennes servent d’intermédiaires pour les transactions en shekels, la monnaie israélienne, des banques palestiniennes.
Le gouvernement israélien renouvelle plus ou moins régulièrement des lettres de confort censées les protéger en cas d’éventuelles poursuites liées à ces transactions. « Les risques ont augmenté au fil des années et cette garantie ne suffit plus, les banques veulent désormais que l’État assume cette responsabilité », a affirmé à l’AFP un responsable du secteur israélien.
Discount Bank a indiqué avoir fait part de ses préoccupations au gouvernement, « au vu de l’augmentation des risques liés à ces services, et compte tenu de notre responsabilité » envers les déposants et actionnaires. Bank Hapoalim a juste indiqué que la question était « à l’étude ». Selon plusieurs experts, une rupture de ces relations pourrait accroître les transactions en liquide, avec un risque accru de crise bancaire et de développement de l’économie informelle.
« Si les banques s’effondrent, c’est l’Autorité qui s’effondre », prévient un homme d’affaires palestinien, expliquant qu’elle « est le principal débiteur des banques locales » pour « financer les salaires publics et ses déficits ». L’Autorité palestinienne traverse déjà une grave crise financière, Israël ayant suspendu depuis plus d’un an le transfert des recettes fiscales qu’il collecte pour son compte et qui représentent environ les deux tiers de ses revenus.

L'Humanité du 23 juillet 26

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire