Hommage - Mort de Nadine Picaudou, une historienne rigoureuse et engagée

 

Nadine Picaudou était de ces rares historien.ne.s qui considèrent leur discipline d’abord sous l’angle des peuples, de la vie humaine et de leur évolution, les plaçant dans un continuum qui fait sens.
© Vincent NGUYEN / Riva Press
La spécialiste du Liban et du Moyen-Orient est décédée le 3 juillet dernier.
C’est avec une profonde émotion que nous avons appris la disparition de Nadine Picaudou le 3 juillet dernier. Normalienne et agrégée d’histoire, licenciée d’arabe, Professeur émérite à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, Nadine Picaudou était spécialiste du Proche et Moyen-Orient arabe contemporain. Après avoir été chercheuse au CERMOC (actuel Institut français du Proche-Orient) à Beyrouth (Liban), elle a enseigné à l’Institut national des langues et civilisations orientales à Paris (Inalco) puis à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.
Parmi les ouvrages qu’elle a publiés, citons La Déchirure libanaise (Complexe, 1989, édition augmentée 1992), Les Palestiniens, un siècle d’histoire (Complexe 1997 édition augmentée 2003), L’Islam entre religion et idéologie : essai sur la modernité musulmane (Gallimard 2010), ou encore La Décennie qui ébranla le Moyen-Orient, 1914-1923 (Flammarion 2017) et Visages du politique au Proche-Orient, (Gallimard 2018). Elle a également participé à de nombreux ouvrages collectifs et écrit plusieurs romans sous le pseudonyme de Laure Catusse (La maison de la fontaine, Unicité et La couleur du temps, Arcanes 17, 2022).

Une historienne empathique
Nadine Picaudou était de ces rares historiens et historiennes qui considèrent leur discipline d’abord sous l’angle des peuples, de la vie humaine et de leur évolution, les plaçant dans un continuum qui fait sens. À rebours des idées convenues, elle ne masquait pas son empathie tout en restant lucide sur les multiples paramètres culturels, religieux, politiques et sociaux, qui engendrent les mouvements de société et, à terme, deviennent l’histoire.
Elle s’était exprimée dans l’Humanité à de nombreuses reprises. Des entretiens riches, permettant, à chaque fois de mieux comprendre et percevoir les ressorts de l’histoire, d’apprécier de manière plus subtile et, disons-le, marxiste, les processus en cours.
En avril 2019, elle expliquait dans nos colonnes : « L’actualité du Proche-Orient semble désigner la fracture communautaire comme l’une des principales dynamiques des violences civiles dans la région, hier au Liban, aujourd’hui en Irak et en Syrie. Mais à aborder les choses dans cette perspective, on court le risque de l’essentialisation, que l’on ne peut déjouer qu’en historicisant le phénomène. » Une lecture qui s’applique également à la question palestinienne, essentialisée par certains à gauche alors que le besoin de compréhension politique est plus que jamais nécessaire.
À Toulouse, où elle vivait, elle participait d’ailleurs régulièrement au Festival Ciné-Palestine, devenu aujourd’hui un rendez-vous incontournable.

À ses proches et à sa famille, l’Humanité présente ses condoléances les plus sincères.

Pierre Barbancey
L'Humanité du 08 juillet 26

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