Guerre au Moyen-Orient : le Koweït et ses infrastructures critiques visés par l’Iran

 

Le Koweït et ses infrastructures sont ciblées quasi quotidiennement pas les drones et les missiles iraniens.
© AFP - SOURCE: UGC / UNKNOWN
Ciblé quotidiennement par des missiles et des drones iraniens, l’émirat voit sa production électrique mise en péril. D’elle dépend l’accès à l’eau potable pour ses habitants via les usines de dessalement d’eau de mer.
On imagine mal l’émir du Koweït, Mechaal Al Ahmad Al Jaber Al Sabah, s’astreindre à baisser sa climatisation dans le palais Bayan. C’est pourtant ce à quoi sont confrontés de nombreux citoyens koweïtiens face aux bombardements iraniens sur les installations électriques du pays, l’un des plus arides du monde.
Depuis la reprise des hostilités entre l’Iran et les États-Unis, le royaume essuie quotidiennement des tirs de missiles balistiques et des lancers de drones. Une « ignoble agression iranienne », a résumé le ministère koweïtien de la Défense, sur X. L’une de ces attaques a ciblé, lundi, un pétrolier koweïtien dans le détroit d’Ormuz et blessé plusieurs membres de l’équipage, ce qui a valu à l’ambassadeur iranien d’être convoqué par le ministère koweïtien des Affaires étrangères.

Cibles privilégiées de Téhéran
Le Koweït, la Jordanie, le Qatar ou encore Bahreïn sont les cibles privilégiées de Téhéran, du fait de leur proximité avec Washington. En témoignent les bases militaires états-uniennes présentes sur leur sol. Du point de vue du pouvoir théocratique, la pression mise sur les pays du Golfe sert de levier pour contraindre Donald Trump à abdiquer.
Les récentes déclarations du député iranien Ahmad Bakhshayesh Ardestani, ancien membre de la commission de la sécurité nationale du Parlement, ainsi que d’autres responsables iraniens, semblent aller en ce sens. Et si, en cas d’invasion terrestre états-unienne sur le territoire iranien, notamment sur l’île stratégique de Kharg, Téhéran répondait au sol en attaquant l’île koweïtienne de Boubyan, la plus grande du Koweït ? Début mai, six soldats du corps des gardiens de la révolution avaient pénétré sur le site, ce qui avait entraîné des échanges de tirs.

Ormuz, or noir et or bleu
L’émirat est aujourd’hui en émoi, comme frappé par la foudre. Il a tout à perdre à ce que la guerre au Moyen-Orient perdure. C’est qu’il a subi de lourds dégâts depuis février, surtout sur ses infrastructures énergétiques. Les autorités koweïtiennes en sont désormais réduites à demander à la population de réduire sa consommation d’électricité, à l’instar de l’énergivore mais permanente climatisation des bâtiments, dans un contexte estival où, le mercure avoisinant les 50 °C, satisfaire la demande est déjà un défi colossal.
La production d’électricité est d’autant plus vitale pour le Koweït qu’elle permet d’alimenter ses huit usines côtières de dessalement d’eau de mer, sans lesquelles les plus de 3 millions de Koweïtiens n’auraient pas accès à l’eau potable. Tous usages confondus, environ 90 % de l’eau du pays émane de ces stations de désalinisation – très gourmandes en énergie –, selon une instance onusienne. L’Iran le sait pertinemment et les attaque régulièrement.
« Elles sont utilisées comme des outils de coercition, l’eau n’est plus une victime collatérale mais devient un instrument de guerre », expliquait Matthieu Brun, directeur scientifique de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm), à l’Humanité en mars dernier. Outre le Koweït, l’ensemble des pétromonarchies sont vulnérables : « Le chapelet d’environ 400 usines de dessalement d’eau de mer le long des zones côtières des pays du Golfe représente les branchies de 100 millions de personnes. » Un talon d’Achille que Téhéran et Washington comptent bien continuer d’utiliser à leur avantage.

Antoine Portoles
L'Humanité du 22 juillet 2026

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