Grâce à plus de 100 000 enregistrements, une étude internationale dévoile comment les oiseaux composent leurs chants

 

Dans les zones tempérées, où la distance du son est plus courte et sa circulation plus fluide et où la compétition sexuelle est plus forte, le chant des oiseaux est plus complexe que celle de leurs homologues des forêts tropicales.
© Bob Mullen/ iStock
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Une étude d’envergure réalisée par des chercheurs français sur plus de 100 000 enregistrements d’oiseaux montre comment ils composent leur chant et comment l’environnement influence leur choix.
L’immense variété de chants d’oiseaux est fondée sur une gamme de huit motifs élémentaires seulement. C’est ce que révèle une vaste étude menée par des biologistes français et publiée dans la revue Science. Plus de 116 000 enregistrements de chants appartenant à plus de 3 000 espèces de passereaux à travers le monde ont été décryptés.
L’étude a été menée avec l’appui d’outils d’IA de traitement du signal, mais aussi avec la contribution de milliers de passionnés d’ornithologie qui ont enregistré les chants aux quatre coins du monde avant de les déposer sur un site internet en accès libre.
Elle met en évidence une grande diversité de chants reposant sur huit motifs sonores. Cette découverte permet de comprendre notamment la façon dont l’environnement influe sur la tonalité des sons et pourquoi la gamme de ces chants varie de notes simples et répétées à des mélodies complexes.
Pour permettre aux oiseaux de communiquer et de se repérer les uns et les autres, des traits biologiques, les contraintes acoustiques locales et la propagation du son dans l’environnement vont déterminer l’usage de ces motifs et la modulation des sifflements et des notes.

Des chants modulés selon l’environnement
Ainsi, en forêt tropicale, la transmission du son est plus lente, les chants sont plus simples pour traverser la densité des paysages et de la végétation et faciliter la propagation du son. Dans les zones tempérées, où la distance du son est plus courte et sa circulation plus fluide et où la compétition sexuelle est plus forte car les populations d’oiseaux plus denses, leur chant sera plus complexe. Car, les oiseaux chantent principalement pour attirer des partenaires et éloigner leurs rivaux.
Cette première étude comparée d’envergure menée sur la moitié des espèces mondiales d’oiseaux chanteurs est saluée par de nombreux spécialistes. Elle ne se limite pas à analyser la composition des mélodies, mais elle les relie à la morphologie de l’oiseau et à sa localisation géographique.
« En cherchant des explications au lien entre structure des chants et localisation, nous avons identifié trois caractéristiques importantes des oiseaux : la morphologie, la vie sociale et la sélection sexuelle », explique au quotidien Libération, Nicolas Mathevon, le responsable principal de l’étude et directeur de l’équipe neuro-éthologie sensorielle du CNRS.
« Un oiseau avec un gros bec ne pourra pas faire de chants rapides. S’il vit sur un territoire où ses congénères sont très espacés, il lui faudra faire des sifflements plats qui ne seront pas dégradés avec la distance. Et plus la concurrence entre les mâles est forte, plus les chants seront complexes », poursuit-il.
Ainsi le roitelet huppé, un des plus petits passereaux d’Europe, émettra des sifflets à modulation rapide alors que le gladiateur de Blanchot, plus grand et présent en Afrique subsaharienne, préfère les suites harmoniques plus lentes.
La découverte de biologistes français intervient au moment où on déplore une chute vertigineuse du nombre d’oiseaux.

Latifa Madani
L'Humanité du 28 juillet 2026

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