Génocide à Gaza : pourquoi la « zone humanitaire » envisagée par le « Conseil de Paix » de Trump pourrait poser problème

 

Des Palestiniens marchent et circulent en voiture sur un chemin de terre bordé de tas de décombres, de bâtiments détruits, d'étals de fortune et de tentes dans le camp de Jabalia, dans la bande de Gaza, le 8 juin 2026.
© Ahmed Al Arini/MEI-REA
Le « Conseil de Paix », fondé par Donald Trump pour tenter de mettre fin à la « guerre » à Gaza, envisage la création d’une « zone humanitaire » dans le sud de l’enclave palestinienne, visant à accueillir des dizaines de milliers de Palestiniens soumis à un contrôle préalable. Certaines ONG s’inquiètent de ce projet, d’autant plus après l’échec de « la Fondation humanitaire pour Gaza » qui avait conduit aux massacres de plusieurs centaines de civils en 2025.
Le conseil qui n’a de « Paix » que le nom envisage la création d’une « zone humanitaire » dans le sud de la Bande de Gaza visant à accueillir des dizaines de milliers de Palestiniens soumis à un contrôle préalable, a indiqué à l’Agence France-Presse (AFP) un de ses responsables. Cet organisme, fondé par Donald Trump, et qui vise, selon sa charte fondatrice, à contribuer à la résolution de conflits armés dans le monde, entend ainsi mettre fin à la « guerre » à Gaza.
Pour la responsable, cette zone pourrait servir de « point de départ » à l’entrée en fonction du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), un organe de technocrates palestiniens, dont Israël bloque toujours, selon les médias égyptiens et palestiniens, l’accès au territoire palestinien. Actuellement basé en Égypte, le NGAC est appelé à en gérer le quotidien pendant la période de transition prévue par le plan du président américain, avalisé par l’ONU, pour mettre fin au génocide à Gaza.

Un projet pour laisser plus de liberté à l’armée israélienne ?
Le projet, planifié près de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, à la frontière égyptienne, serait sécurisé par la Force internationale de stabilisation (ISF), une structure en gestation sous l’égide du « Conseil de Paix ». Le NCAG serait chargé du filtrage des civils non armés, seuls habilités à entrer dans la zone, avec l’appui de l’ISF, affirme le responsable, sous couvert de l’anonymat. Ces habitants pourraient ensuite entrer et sortir librement du secteur, a-t-il assuré.
L’ISF doit, aux termes du plan Trump, se déployer dans le territoire palestinien à mesure que l’armée israélienne s’en retirera. Pour rappel, Israël occupe plus de 60 % de l’enclave palestinienne et entend en contrôler au moins 70 %, sans que rien n’indique, bien au contraire, son intention de quitter ce territoire.
Le principe de zones humanitaires fermées, évoqué sous différentes formes depuis plusieurs mois, suscite de fortes réserves dans la communauté humanitaire. Muhammad Shehada, chercheur associé au Conseil européen des relations étrangères (ECFR), dit craindre qu’il ne vise qu’à « accueillir un nombre symbolique et infime de Palestiniens » dans des structures provisoires pour donner « l’illusion d’un progrès » à Gaza. Selon lui, ce projet pourrait laisser plus de liberté d’action à l’armée israélienne sur le reste du territoire, et fragmenterait la juridiction du NCAG.

Une nouvelle « Fondation humanitaire pour Gaza » ?
Sous couvert d’anonymat, des diplomates et responsables d’ONG ont jugé auprès de l’AFP un tel dispositif difficilement compatible avec le droit international humanitaire. Selon eux, le regroupement de civils dans des zones à l’accès contrôlé pourrait s’apparenter à des déplacements forcés, et remettre en cause les principes régissant la distribution d’aide humanitaire.
Cette initiative ne peut que rappeler « la Fondation humanitaire pour Gaza » (GHF en anglais). Créé en février 2025, cette ONG – qui n’en était pas vraiment une – avait annoncé en mai de la même année vouloir distribuer 300 millions de repas aux Gazaouis sur une période de 90 jours, en collaboration avec l’administration israélienne. Alors même que le gouvernement perpètre un génocide et refusait alors la moindre entrée de denrée alimentaire ou de fourniture médicale. L’idée était bien de contourner les ONG déjà présentes et l’ONU, régulièrement ciblées par Benyamin Netanyahou et son gouvernement, car elles constituent des témoins gênants de sa politique génocidaire.
Surtout, les quelques distributions alimentaires organisées par la GHF s’étaient terminées par des massacres. En juin 2025, une quinzaine d’organisations de défense des droits humains mettaient en garde la fondation contre des risques de complicité de crimes de guerre. En juillet 2025, les agents chargés d’assurer la sécurité des sites en question utilisaient des armes à feu, du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes pour disperser la foule.
Selon les derniers rapports des Nations Unies, au moins 1 400 Palestiniens ont été tués et plus de 4 000 blessés par des tirs de l’armée israélienne devant les centres de distribution ou à proximité des convois d’aide de l’ONU et d’autres organisations. Le nouveau projet du « Conseil de Paix » de Trump a de quoi inquiéter.

Théo Bourrieau
L'Humanité du 09 juillet 26

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