En Cisjordanie occupée, Netanyahou laisse carte blanche aux colons avant les élections

 

Des soldats israéliens assistent à la scène tandis que des colons israéliens se rassemblent devant une maison palestinienne en construction dans le village de Tell, en Cisjordanie occupée par Israël, le 25 juillet 2026.
© Jaafar ASHTIYEH / AFP
Quatre Palestiniens ont été tués alors qu’une centaine de « randonneurs » israéliens ont tenté d’entrer dans leur village. Deux d’entre eux ont perdu la vie. La violence coloniale se déchaîne toujours plus à quelques mois d’un scrutin législatif incertain.
Le 19 juin, l’organisation non gouvernementale israélienne Peace Now, opposée à la colonisation, mettait en garde : « À l’approche des élections, le gouvernement se précipite pour créer autant de faits accomplis que possible sur le terrain, laissant derrière lui une traînée de destruction. » Nous y sommes. Ce qui s’est passé ce 24 juillet ne doit rien au hasard.
Comme pratiquement chaque jour maintenant, et plus particulièrement le vendredi, jour de repos pour les musulmans, des groupes de colons, armés, arpentent les collines de la Cisjordanie, menaçant les villageois palestiniens, les frappant, les empêchant de se rendre dans leurs champs ou effrayant les troupeaux.
Les réseaux sociaux regorgent de vidéos, tournées par les Palestiniens eux-mêmes ou par des progressistes israéliens qui tentent, par leur présence, d’éviter le pire, mais sont eux-mêmes victimes de la violence coloniale. C’est ce qu’il s’est passé à Tell, dans le nord du territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.
Selon le chef du conseil du village, Walid Zidan, les heurts ont éclaté après l’entrée dans la localité d’une vingtaine de colons de l’implantation voisine de Havat Gilad. « Des soldats israéliens étaient présents et, avec les colons, ont ouvert le feu (…). Ce sont les colons qui ont pris d’assaut le village, avec l’intention de tuer, de saccager et d’incendier des biens », a-t-il raconté à l’AFP.

La violence se déchaîne
Tous les témoignages recueillis sont similaires. Et, comme d’habitude, l’armée israélienne a évoqué une attaque contre des « randonneurs israéliens » (sic), qui étaient une centaine. Des randonneurs certainement surpris par la réaction des Palestiniens. Ces derniers ont empêché les colons de pénétrer dans leur village.
Au cours des heurts, un villageois a saisi l’arme d’un colon et a tiré, le tuant ainsi qu’un autre Israélien. Puis l’armée est intervenue, abattant quatre Palestiniens et en blessant grièvement plusieurs autres, avant de se déployer dans les rues de Tell. 51 habitants ont été arrêtés pour interrogatoire.
« Chaque personne qui était amenée se voyait attribuer un numéro, qui était inscrit sur son front », a révélé Saïf Hamza, relâché après avoir été interrogé. « Jusqu’à (ma libération), je suis resté menotté et les yeux bandés. »
Alors que les blessés Palestiniens étaient amenés à l’hôpital de Naplouse, l’armée bouclait toutes les entrées de la grande ville du nord. Des vidéos issues des caméras de surveillance montrent l’intrusion des soldats israéliens dans l’établissement de santé, forçant le personnel médical à s’allonger à même le sol, les mains derrière la tête et arrêtant au moins un blessé qui sortait d’une salle de soins.
Les barrages militaires se traduisent par des drames humains répétés. Selon Médecins pour les droits humains en Israël (PHRI), « deux femmes ont été contraintes d’accoucher dans des ambulances après avoir été incapables de se rendre à l’hôpital. Une troisième a accouché à la clinique d’Aqraba après que les équipes médicales n’ont pas pu l’évacuer pour des soins hospitaliers. Lors d’un autre incident, une ambulance qui tentait de transporter un patient à travers la zone d’une colonie israélienne voisine a été contrainte de faire demi-tour après s’être vu refuser le passage ».
Il ne s’agit pas d’incidents isolés. On note d’abord que les Palestiniens, laissés bien seuls y compris par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne – coincées il est vrai par les accords d’Oslo, qui ne leur permettent d’intervenir qu’en zone A, c’est-à-dire les grandes villes –, ont décidé de ne plus se laisser faire.
Ainsi, un colon israélien a été blessé samedi à Masafer Yatta, près de Susiya, au sud d’Hébron (sud de la Cisjordanie), après que des jeunes Palestiniens se sont emparés de son arme et ont ouvert le feu. Les incidents se sont multipliés ces derniers jours dans tout le territoire palestinien où vivent quelque 500 000 colons.

La colonisation s’accélère
La colonisation s’est accélérée depuis le 7 octobre 2023 et, avec elle, la violence. Selon l’Office de coordination des Nations unies pour les affaires humanitaires (Ocha), le nombre de morts liés aux attaques de colons en 2026 a déjà dépassé le total enregistré pour l’ensemble de 2025.
« En Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, les opérations des forces israéliennes, les démolitions, la violence des colons et l’expansion des colonies ont continué de provoquer des déplacements, des victimes et des dégâts matériels, les Bédouins et les communautés d’éleveurs de la zone C étant parmi les plus touchés. »
Par ailleurs, « les avant-postes de peuplement illégaux dans la zone B (administration palestinienne, sécurité sous contrôle israélien – NDLR) continuent de se développer, malgré les affirmations officielles répétées selon lesquelles ils sont démantelés », dénonce Peace Now. Le long des routes de Cisjordanie et à tous les ronds-points, des drapeaux israéliens ont été installés.
Outre les colonies proprement dites (illégales au regard du droit international), les avant-postes (illégaux du point de vue israélien) se sont multipliés avec l’aval de l’extrême droite au pouvoir. D’ailleurs, prenant prétexte des récents incidents, Benyamin Netanyahou, a annoncé plusieurs mesures parmi lesquelles figurent l’« accélération de la légalisation des avant-postes (…) et l’établissement de nouveaux ».

La violence en Cisjordanie comme arme électorale
Pour le premier ministre israélien et ses sbires fascistes, la course contre la montre électorale est engagée. Le scrutin législatif prévu au mois d’octobre s’avère serré et les sondages indécis. Avec le ministre des Finances, Bezalel Smotrich (colon lui-même), et Itamar Ben Gvir, en charge de la sécurité nationale, ils mettent le curseur le plus à droite possible, poursuivant le génocide à Gaza et le nettoyage ethnique en Cisjordanie, comptant sur la force des colons pour rester au pouvoir. Smotrich et Ben Gvir verraient bien les villages palestiniens, qui osent s’opposer aux violences coloniales, être totalement détruits.
Le chaos dans les territoires palestiniens occupés reste leur meilleure chance. Et les colons sont là pour la leur donner. « Le moment choisi pour cette escalade sanglante, coïncidant avec la campagne électorale israélienne, révèle clairement que le gouvernement d’occupation et les partis d’extrême droite rivalisent d’efforts pour faire couler davantage de sang palestinien en intensifiant l’agression et en laissant carte blanche aux colons pour commettre de nouveaux crimes, estime le Parti du peuple palestinien (PPP, communiste) dans un communiqué. Tout cela vise à consolider le projet d’annexion, à étendre les colonies et à imposer la loi du plus fort par la force. »
La « communauté internationale » est particulièrement silencieuse, à l’exception notable de l’Espagne (lire l’encadré), alors que Netanyahou s’apprête, mardi 28 juillet, à rencontrer, une nouvelle fois, Donald Trump à Washington.
Samedi soir, en Israël, le Parti communiste israélien et Hadash ont organisé des « manifestations de rage » contre le « terrorisme des résidents de colonies ». Lors d’un autre rassemblement, un Israélien dont les parents ont été tués le 7-Octobre a accusé publiquement le gouvernement d’alimenter la violence. « Les morts inutiles dans le village de Tell illustrent mieux que tout le chaos délibéré : des vies d’Israéliens et de Palestiniens continuent d’être fauchées dans un jeu cruel dans lequel on nous maintient délibérément. »
Pour Moshe Yaalon, ancien ministre israélien de la Défense de Netanyahou, « ce qui s’est passé dans le village de Tell est du « terrorisme juif ». Il a été déclenché par des colons qui ont attaqué le village, soutenus par des ministres du gouvernement comme Ben Gvir, Smotrich et Strock, et c’est la politique actuelle du gouvernement. » Parole d’expert.

Pierre Barbancey
L'Humanité du 26 juillet 26

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