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| « Écrits sous les bombes, au Nord-Vietnam », de Madeleine Riffaud, éditions la Sirène, 448 pages, 22 euros. |
Que les choses soient claires, Madeleine Riffaud était plus à l’aise à vélo, dans le sillage des maquisards vietnamiens, que dans les salons mondains. L’affaire paraît aujourd’hui entendue, mais elle le précise elle-même dans le carnet de route de son immersion de deux mois dans le pays en guerre, en 1966.
Elle est alors la seule femme à avoir choisi de couvrir, notamment pour l’Humanité, le conflit du côté de la résistance nord-vietnamienne plutôt que de l’armée états-unienne. On retrouve toutes les facettes de Madeleine Riffaud dans cette réédition proposée par la Sirène.
La poétesse. La résistante. La journaliste, bien sûr. Elle manie le « je » pour mieux entraîner le lecteur dans ses pas. Et soudain, ce sont toutes les odeurs des fleurs, les sourires des combattants, le fracas des bombes et le bruit des ponts que l’on reconstruit qui jaillissent.
Tout un peuple qui est au front
La langue est belle, voire franchement savoureuse. « J’ai pris l’orage pour un bombardement et le bombardement pour le tonnerre. J’ai suspecté une étoile, une luciole, et négligé une fusée. La fatigue et la nuit font naître les mirages », écrit-elle. Plus loin, « une bombe est tombée récemment dans le jardin. À l’autre bout, toujours, les fleurs mènent leur existence de fleurs. Sous les ruines, la vie continue et foisonne d’idées pratiques ».
C’est en effet tout le génie de la résistance à la vietnamienne qui se déploie sous ses mots : les ponts bâtis à un mètre sous la surface pour tromper l’ennemi en cas de raids, les machines des usines, les hôpitaux et les écoles qui font « sotan » c’est-à-dire qui se dispersent pour réduire les pertes. Les États-Unis enclenchent la guerre pour parer à l’effet domino et éviter que le communisme gagne tout le pays.
Mais c’est bien à l’édification du socialisme que travaillent les agriculteurs réunis en coopératives. Personne n’aura faim si son champ est dévasté. Le paysan, affairé dans sa rizière, empoigne son fusil pour faire feu sur les avions avant de repiquer le riz qui assurera la subsistance.
Malgré le bombardement inlassable des digues muées en objectif militaire pour affamer la population et tuer le plus possible. Le delta du fleuve Rouge constitue alors l’une des plus importantes zones de concentration humaine de toute l’Asie du Sud-Est et assure deux récoltes par an.
« Les porteurs regardaient vers Cam Lo, mais ils passaient, sans un mot, parce que leur tâche, à eux, était de convoyer à temps ce riz en herbe. Comment M. Johnson (président des États-Unis de 1963 à 1969 – NDLR) comprendrait-il cela ? » Partout, on trouve également ces cylindres de béton munis d’un couvercle comme autant d’abris improvisés, les berceaux suspendus à une corde au-dessus des tranchées pour pouvoir les faire glisser vers les abris quand les engins de mort se feront de nouveau entendre.
C’est tout un peuple qui est au front, même quand il est à l’arrière. Il emporte, dit Madeleine Riffaud, « des victoires sans fusils qui devraient faire réfléchir le Pentagone sur la longueur de la guerre qui l’attend ». Elle ne s’y est pas trompée.
Lina Sankari
L'Humanité du 25 juillet 26

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