Cisjordanie : 240 enfants palestiniens ont été tués par l’armée et les colons israéliens en moins de 3 ans, selon l’ONG B’Tselem

 

Fahd Abu Haikal et son fils aîné, Kinan, transportent le corps de son autre fils Sam, âgé de sept mois et tué par des militaires israéliens la veille, lors de son enterrement à Hébron, en Cisjordanie occupée, le 6 juin dernier.
© Mosab Shawer/Middle East Images
Dans un rapport fleuve publié lundi 29 juin, l’ONG israélienne dénombre 240 enfants Palestiniens tués depuis le 7 octobre, en très grande majorité par l’armée israélienne. Cette escalade meurtrière est le résultat direct de la politique du gouvernement Netanyahou, qui ne cesse d’encourager l’implantation des colons dans la région, souligne B’Tselem. Une position partagée par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui condamne « l’expansion et l’accélération implacables » des colonies israéliennes en Cisjordanie.
C’est un niveau de violence record. Selon un rapport de l’ONG israélienne B’Tselem publié lundi 29 juin, 240 enfants Palestiniens ont été tués en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, en grande majorité par les forces armées israéliennes. Depuis le début du génocide à Gaza, le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou n’a cessé d’alimenter la violence dans ce territoire palestinien, notamment en autorisant un nombre record d’implantations de colonies illégales.
« Quand le commandant militaire de la zone se vante qu’Israël tue des Palestiniens « comme nous n’avons pas tué depuis 1967 », il confirme exactement cela : le système ne se contente pas de soutenir ceux qui appuient sur la gâchette — il leur accorde de fait un permis de tuer », commente la directrice exécutive de l’organisation, Yuli Novak, en s’appuyant sur les déclarations du commandant Avi Bluth, principal gradé israélien dans la région.
Un rapport qui fait écho aux dernières déclarations du secrétaire général de l’ONU, à l’occasion de la publication du dernier rapport trimestriel de la situation en Cisjordanie. « La violence des colons, les restrictions d’accès, les démolitions et les opérations de sécurité prolongées se sont intensifiées ces dernières années, provoquant la plus importante crise de déplacement en Cisjordanie depuis 1967 », a déclaré Antonio Guterres lundi.

240 enfants tués depuis le 7 octobre
Selon les données compilées par B’Tselem, 235 enfants palestiniens ont été tués par l’armée israélienne du 7 octobre 2023 au 7 juin 2026. Au cours de la même période, cinq autres ont été tués par des colons. Mais l’organisation relève un pic d’assassinat en 2023 avec 120 enfants tués dont 80 dans les trois mois ayant suivi le 7 octobre. L’année 2024 a également été particulièrement meurtrière, avec pas moins de 89 enfants décédés.
Si ce niveau de mortalité reste un record, l’ONG documente tout de même 54 assassinats d’enfants et adolescents palestiniens par les forces armées israéliennes sur l’année 2025. À titre de comparaison, de 2005 à 2021, 13 mineurs étaient en moyenne tués chaque année sur cette terre.
Sur ces 54 cas documentés, B’Tselem atteste que seuls deux mineurs étaient munis d’une arme à feu au moment des faits. Treize d’entre eux ont été abattus alors qu’ils lançaient des pierres, sans provoquer de blessés côté israélien. Au moins 21 enfants ou adolescents n’étaient impliqués dans aucun affrontement lorsqu’ils ont été tués. Quant à l’âge des victimes, trois d’entre eux étaient âgés de 2 à 9 ans, neuf de 10 à 13 ans, dix-sept de 14 à 15 ans, seize de 16 ans et neuf de 17 ans.
Selon l’ONG, le pic de violence a d’abord été rendu possible par un élargissement progressif, commencé en 2021, des règles d’engagement pour les militaires israéliens. « Les nouvelles règles permettaient l’usage du tir létal même contre des personnes en fuite après avoir prétendument lancé des pierres, qui ne représentaient plus de danger – en violation du droit international », note le texte.
À ce permis de tuer, s’est aussi ajouté le génocide perpétré à Gaza. « La forte hausse du meurtre d’enfants en Cisjordanie par les forces israéliennes ne peut être dissociée des plus de 21 000 enfants palestiniens qu’Israël a tués dans le cadre de son assaut génocidaire contre la bande de Gaza depuis octobre 2023 », affirme le rapport.

« Une menace existentielle à la solution à deux États »
Outre le génocide à Gaza, l’exacerbation des violences en Cisjordanie s’accentue par la multiplication des implantations de colonies illégales. Dans son dernier rapport trimestriel sur la situation en Cisjordanie occupée par Israël depuis 1967, Antonio Guterres « condamne fermement l’expansion et l’accélération implacables des colonies israéliennes en Cisjordanie, y compris la croissance continue des avant-postes de colonisation, qui ont lieu en parallèle d’une augmentation des violences liées aux colons et aux restrictions d’accès des Palestiniens à leurs terres ».
Le secrétaire général de l’ONU met particulièrement en garde contre le projet de développement E1 qui « présente une menace existentielle à la solution à deux États », israélien et palestinien, en prévoyant de couper en deux la Cisjordanie. « Je suis très inquiet concernant l’ampleur du déplacement des Palestiniens en Cisjordanie, où des communautés entières, y compris des communautés de Bédouins, sont déplacées, parfois plusieurs fois », a-t-il déclaré lundi.
Le rapport dénonce également l’augmentation des violences des colons israéliens « souvent à proximité et avec le soutien des forces de sécurité israéliennes », et qui, en outre, rendent « rarement » des comptes pour leurs attaques. Selon les dernières données disponibles, le bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies a enregistré plus de 4 000 attaques de colons depuis le 7 octobre 2023.

Arthur Dumas
L'Humanité du 30 juin 2026

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