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| Un bombardement israélien sur Nabatiyé, dans le sud du Liban, vu depuis des collines dans la ville, le 19 juin 2026. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE » |
Dans un amphithéâtre de la faculté des sciences de l’Université libanaise à Hadath, dans la banlieue sud de Beyrouth, une surveillante ramasse les copies d’examen d’étudiants. A l’extérieur de la salle, des jeunes commentent les épreuves. D’autres, qui s’apprêtent à passer les tests, relisent une dernière fois leurs cours. Les examens de fin d’année, à l’université publique, ont les apparences de la normalité. Leur organisation, sur fond d’un cessez-le-feu incertain au Liban, en vigueur depuis le 20 juin entre Israël et le Hezbollah, a pourtant été un tour de force.
« Avoir pu participer aux examens a prouvé que nous étions capables de faire face aux difficultés et de continuer nos vies », estime Dima Jassar, étudiante de 19 ans. Les épreuves, dont la première session s’achève vendredi 10 juillet, clôturent une année noire, marquée par une guerre de plus de cent jours, la peur et le déplacement, pour de nombreux étudiants et enseignants du campus de Hadath. La région où il se situe a été sous ordre d’évacuation au pic du conflit et bombardée par Israël, affirmant y viser des infrastructures du Hezbollah. Même pour ceux vivant dans des quartiers moins exposés, les cours se sont déroulés en ligne pendant plusieurs semaines : le campus avait dû fermer, comme en témoigne la végétation indisciplinée.
Dans ces conditions, suivre les cours ou réviser a souvent été compliqué. « Pendant la guerre, j’ai cessé un temps d’étudier. Je n’arrivais plus à me concentrer. J’étais inquiète pour mes proches restés dans la banlieue sud, je craignais que notre appartement soit détruit », rapporte Lynn El Hajj, 19 ans, étudiante en première année de chimie, de retour chez elle. « J’ai vécu plusieurs déplacements. Dans un abri collectif, il n’était pas possible de s’isoler », décrit Mohamed (il n’a donné que son prénom), 20 ans, inscrit en sciences de l’informatique. « Je n’ai plus été capable d’étudier assidûment. C’est un soulagement que les examens finissent », dit Liliane Abdallah, originaire de Khiam, une localité du sud du Liban située dans la zone occupée par Israël (environ 6 % du territoire libanais).
L’étudiante, qui termine un master en biologie et souhaite enseigner, fait partie des jeunes venus de la faculté des sciences de Nabatiyé, dans le Sud. Pour une grande partie d’entre eux, les examens ont été délocalisés à Hadath, car l’accès à leurs propres bâtiments a été jugé trop dangereux : l’armée israélienne poursuit les bombardements dans la région de Nabatiyé, malgré la trêve.
« Certains sont revenus chez eux au milieu des destructions »
Des milliers d’étudiants en sciences, de Hadath et de Nabatiyé, étaient appelés à passer les tests, mais tous ne se sont pas présentés : « Certains n’ont pas pu se préparer, car ils sont revenus chez eux au milieu des destructions. Tout est à y refaire pour se réinstaller », note Wassim Rammal, directeur de la faculté des sciences de Nabatiyé. Il se félicite d’une participation d’environ 70 %. Une seconde session de deux semaines doit débuter le 20 juillet, destinée à ceux qui n’ont pas pu se présenter à temps.
« A trois reprises, nous avons dû repousser la tenue des examens à cause de menaces sécuritaires [israéliennes] au Liban. Nous tenions à ce qu’ils aient lieu en présentiel », explique Mouenes Fadlallah, directeur de la faculté des sciences de Hadath, qui, comme son collègue de Nabatiyé, a fait son doctorat en France. Le 1er juin, alors que se déroule la première séance des tests, l’armée israélienne annonce qu’elle va bombarder la banlieue sud de Beyrouth. Il faut évacuer en urgence. Les frappes seront finalement suspendues. Mais deux raids auront lieu courant juin. « L’annulation des examens et leur remplacement par un certificat auraient été une catastrophe pour l’université, et pour les dizaines d’élèves qui doivent poursuivre leurs études à l’étranger », indique M. Fadlallah, qui a continué de venir à son bureau durant la guerre.
Le responsable veut croire que le niveau s’est maintenu : « Ce n’est que s’il y a une baisse des notes lors des concours pour entrer dans les filières de médecine [générale et dentaire] et de pharmacie que l’on pourra dire que le niveau a régressé. » Ces épreuves, ouvertes aux étudiants en première année de sciences, doivent se tenir en septembre.
L’université publique jouit d’une bonne réputation académique, même si elle a souffert de la crise financière de 2019 et a fait l’objet d’accusations de pratiques clientélistes. De nombreux inscrits proviennent de familles qui n’ont pas les moyens d’assumer les coûts exorbitants du secteur universitaire privé.
Quand le campus a rouvert courant mai pour les cours, les équipes n’ont « pas eu le temps de parler avec les étudiants du choc qu’ils ont vécu. Les guerres de 2024 et de 2026 ont été terrifiantes. Mais la vie doit continuer », insiste M. Fadlallah.
Le retour à Hadath s’est pourtant fait « dans l’angoisse, dit Dima Jassar, qui ambitionne de devenir dentiste. C’est un lieu académique et, pourtant, il a été attaqué ». A l’entrée du bâtiment de la faculté des sciences, un bouquet de fleurs artificielles est posé à l’endroit de la frappe de drone israélienne qui a tué, le 12 mars, le précédent directeur, Hussein Bazzi, et un professeur, Mortada Srour. Ce dernier a été accusé par l’armée israélienne d’appartenir à la branche militaire du Hezbollah, le mouvement armé chiite soutenu par l’Iran. Les autorités libanaises ont condamné cette attaque.
Un drone israélien survole la banlieue sud de Beyrouth, comme chaque jour, une violation et un rappel du contrôle permanent de l’espace aérien. « On se sent en état de stress post-traumatique, avec le sentiment que la guerre peut reprendre à tout moment », renchérit Lynn El Hajj, qui entend s’accrocher pour passer le concours de médecine dentaire, dans deux mois.
La rentrée, prévue en septembre, s’annonce incertaine pour la faculté des sciences de Nabatiyé : « Nous ne savons pas si le campus pourra rouvrir ou si nous devrons nous organiser autrement », prévient Wassim Rammal, le directeur. Il s’attend également à des « transferts » d’étudiants « en situation de déplacement durable. » Abdelrahman Nehmé, 20 ans, a regagné avec sa famille les environs de Nabatiyé, mais il n’est pas certain d’y poursuivre ses études, car « les Israéliens sont tout proches ». « Ce serait plus tranquillisant s’il y avait un retrait », appuie M. Rammal.
Habitante de la banlieue sud de Beyrouth, Angelina El Husseini, 19 ans, en deuxième année d’un double cursus chimie et médecine, espère que les vacances qui débutent « soient un moment de répit, un temps pour digérer ce que nous avons vécu, et se préparer à la rentrée. » L’accalmie sécuritaire reste fragile : « On vit sans certitudes sur le jour d’après. On doit espérer un futur meilleur. » Elle n’envisage pas de quitter le Liban.
Par Laure Stephan
Le Monde du 10 juillet 2026

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