Au sortir d’une guerre dévastatrice, relancée en mars par le Parti de Dieu contre Israël, sympathisants et opposants de l’organisation s’interrogent sur le sens des sacrifices consentis alors qu’un accord-cadre a été signé le 26 juin entre le Liban et l’Etat hébreu.
Nahida Fakih est assise à l’ombre d’un arbre, devant sa maison éventrée par un missile israélien, à Srifa, dans le sud du Liban. Enveloppée dans une abaya noire, elle fume le narguilé, son petit-fils de 5 mois à ses côtés. La Libanaise de 55 ans est fière des sacrifices qu’elle a consenti à faire pour la « résistance » du parti chiite Hezbollah contre Israël. Son mari, Youssef, et son fils aîné, Jaafar, sont au front. Un neveu y a été tué. Son fils cadet, Hussein, 21 ans, se remet des blessures qu’il a subies au combat lors de la guerre de 2024.
« Toute notre richesse, nos garçons et nos familles, sacrifiés pour la résistance, c’est la voie de l’imam Hussein. Il est notre référence dans la lutte contre l’injustice », dit-elle. La commémoration, vendredi 26 juin, de l’Achoura – le martyre de l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, tué lors de la bataille de Kerbala, en 680 – avait un goût de « victoire ». « Après la guerre de 2024, nous étions brisés. Aujourd’hui, on se sent victorieux, malgré les martyrs et les destructions. Grâce au soutien de l’Iran, un nouveau rapport de force s’est établi, et la résistance continuera tant qu’Israël nous occupera », jure Nahida Fakih, en désignant son autre petit-fils de 5 ans, lui aussi prénommé Hussein, la « relève ».
Au sein de la « société du Hezbollah », la résistance à l’occupation israélienne justifie, pour certains, le prix payé dans la guerre. Il est exorbitant : plus de 4 200 morts, dont une majorité de civils ; 60 villages rasés et occupés par Israël dans le sud du pays ; et des centaines de milliers de déplacés. La résilience du Parti de Dieu et le soutien de Téhéran – qui a conditionné un accord avec les Etats-Unis à un cessez-le-feu et au retrait israélien du Liban – ont de nouveau légitimé la lutte armée. L’impuissance de l’Etat libanais à obtenir ces concessions de l’Etat hébreu lors des discussions directes à Washington et dans l’accord-cadre signé vendredi 26 juin conforte leurs vues.
Cette guerre est une tragédie pour la communauté chiite, disloquée par la mort, la destruction et l’exil. Elle est un moment de vérité pour le Hezbollah. La décision du mouvement chiite de lancer six roquettes contre Israël, le 2 mars, en représailles à l’assassinat du Guide suprême, en Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, par les Etats-Unis et Israël, a été unanimement condamnée par les responsables libanais et critiquée au sein même de la communauté. Des questionnements affleurent sur l’opportunité de cette guerre, sur l’inféodation du Hezbollah à l’Iran, sur son désarmement et sur son avenir au sein de l’Etat, et sur le sort des chiites au Liban.
« Quand le Hezbollah a tiré six roquettes contre Israël, j’ai juré : “Mon Dieu, mais que faites-vous ?” Puis j’ai changé d’avis, car j’ai compris que l’Iran se tenait à nos côtés », clame Hussein Salmane, maire de Kfar Hatta, affilié au parti chiite Amal. Son chef, le président du Parlement, Nabih Berri, s’était muré dans le silence, excédé par cette décision de lancer une nouvelle guerre, après celle de 2024, qui avait fait plus de 2 600 morts. Puis, toute colère ravalée, le président de la Chambre a fait bloc avec son allié chiite dans une guerre vue comme existentielle pour la communauté. Il en est le protecteur depuis la mort d’Hassan Nasrallah, chef historique du Hezbollah, tué par l’armée israélienne, en 2024.
Violations du cessez-le-feu
« Ce sera la dernière guerre entre le Liban et Israël. Nous allons payer un lourd tribut, mais nous allons gagner », veut croire Hussein Salmane. Le conflit a fauché de nombreux militants et sympathisants du parti Amal – combattants et civils. « Je défends ma terre et mon village contre les Israéliens, pour la dignité. Si on ne fait pas front, ils prendront nos terres et nous tueront », dit l’édile local, qui se définit comme « patriote ».
Amina Sbeiteh, elle, n’a jamais remis en question la décision du Hezbollah. « J’attendais ces six roquettes. Il fallait mettre fin à ces quinze mois de semblant de cessez-le-feu : Israël poursuivait les violations et le gouvernement restait là à regarder. Je vivais dans la terreur des drones israéliens », dit cette sympathisante du parti chiite âgée de 35 ans, blessée au visage par une frappe de drone, qui a tué un responsable du Hezbollah, en 2024, dans la banlieue sud de Beyrouth. Durant la trêve, de novembre 2024 à mars 2026, les Nations unies ont enregistré 15 400 violations israéliennes, qui ont fait au moins 370 morts au Liban.
Le magasin de bric-à-brac où travaille Amina Sbeiteh, quand elle n’étudie pas à la faculté d’éducation sportive, a été endommagé. Sa maison familiale de Kafra, à 6 kilomètres de la frontière sud, est toujours debout, malgré des destructions massives dans le village. Son cousin, Mohammed Ezzedine, 26 ans, a été tué au cours de la bataille de Bint Jbeil. Son corps n’a pas été retrouvé. « Israël veut coloniser le sud du Liban, mais la résistance l’en empêchera, comme elle le fait depuis quarante ans. A Kafra, 34 combattants sont morts pour une vraie cause – la sécurité du Liban –, comme Che Guevara est mort pour libérer sa terre », assure-t-elle.
La Libanaise aime évoquer le révolutionnaire cubain qui a « appris de l’imam Hussein la résistance et la justice sociale, comme Gandhi et Nelson Mandela ». Le Hezbollah invoque le sacrifice de l’imam pour justifier le « martyre » de milliers de combattants et de civils face à Israël. Il ne divulgue pas ses pertes – plus de 3 000, selon Israël. « Nous avons perdu beaucoup de martyrs, des combattants et des civils », admet Ghaleb Abou Zeinab, membre du Conseil politique du Hezbollah, issu de la génération des fondateurs du mouvement, dans les années 1980. « Nous devions verser leur sang pour changer les règles du jeu. »
Ce discours fait mouche chez ceux qui ont connu l’occupation israélienne du Sud, de 1982 à 2000, ou ont grandi avec les récits de cette époque. Face aux destructions menées par Israël, et à la menace d’une nouvelle occupation, ils s’en remettent à la résistance. « Elle dépasse le Hezbollah, assure Hassan Taha, 38 ans. Mon village a été occupé vingt-deux ans par Israël. La résistance a mis fin à cette occupation, pas la communauté internationale. » Dans l’épicerie qu’il tient à dans le quartier Basta, à Beyrouth, il a accroché une photo de Meiss El-Jabal, ville frontalière détruite après le cessez-le-feu du 16 avril. « Le gouvernement ne nous a pas protégés. La voie diplomatique est un échec », déplore-t-il.
« L’histoire est écrite par la nouvelle génération dans les villages. Ils n’ont pas peur de mourir, non pas parce qu’ils aiment la mort, mais parce qu’ils ont le devoir de protéger la terre, l’honneur et la famille », affirme Hassan Taha. Il a perdu des cousins dans la bataille. « Ce sont des gens comme vous et moi. Ils vont au cinéma, au restaurant, et ont des petites amies. L’un de mes amis, un combattant de 31 ans, est mort au front. La veille, il était à la plage, à Beyrouth », dit ce père de deux filles.
« Haine ancienne »
Hassan Taha entend qu’on puisse critiquer le Hezbollah, mais à ceux qui l’accusent d’avoir un « agenda iranien », il objecte : « Aussi longtemps que l’Iran nous soutiendra, je le soutiendrai. Si quelqu’un d’autre veut me soutenir pour expulser Israël, alors je le suivrai. » Les critiques adressées à l’Iran au cours de la guerre de 2024, pour ne pas avoir volé au secours du Hezbollah, se sont tues. Les gardiens de la révolution iraniens ont remis sur pied la branche militaire entre les deux guerres.
« Après la mort d’Hassan Nasrallah, la résistance était au plus bas, mais elle s’est reconstruite et est plus forte que jamais », poursuit Hassan Taha. Il en veut pour preuve les pertes occasionnées dans les rangs israéliens par les drones explosifs du Hezbollah. Le Parti de Dieu, dont certains prédisaient la fin après l’élimination de la direction, se trouve dans une bien meilleure posture qu’après la guerre de 2024. « Pendant quinze mois, le Hezbollah s’est préparé sous l’œil des drones et des satellites israéliens. Il ne va pas disparaître », abonde Amina Sbeiteh.
Entre les deux guerres, la sympathisante du Hezbollah avait le moral en berne. Elle ruminait la perte du « sayyid », Hassan Nasrallah, un « dôme de sécurité ». Elle s’alarmait des critiques, nombreuses, contre le groupe, et du projet de l’exécutif libanais de le désarmer. « Le danger vient davantage de l’intérieur que de l’extérieur. Les porte-parole d’Israël, instrumentalisés par les Forces libanaises [parti chrétien opposé au Hezbollah], veulent nous chasser en Irak [pays majoritairement chiite]. Ils ont une haine ancienne contre notre communauté », accusait-elle.
La solidarité entre Libanais a pris le pas sur les tensions sectaires amplifiées par les réseaux sociaux. « Il y a un drame et un sentiment de délaissement que chacun vit intérieurement. Mais il n’y aura pas de reproduction de la marginalisation qu’a connue la communauté chiite avant la guerre civile [1975-1990], du fait, aujourd’hui, de son niveau d’éducation et d’urbanisation », estime Kamal Hamdan, économiste chiite, à la tête de l’Institut de consultation et de recherche, à Beyrouth.
« Les expériences vécues dans la guerre sont très différentes selon l’appartenance partisane, la classe sociale, la géographie. La défaite du Hezbollah signifierait la marginalisation politique et économique des classes populaires, dont il a amélioré le statut. Mais pas celle des classes favorisées. Il y a aussi la crainte d’être exclus et rendus responsables de la destruction du Liban. Le confessionnalisme a désolidarisé les Libanais d’une cause qui devrait rallier largement : la défense de la terre, du pays », souligne Erminia Chiara Calabrese, chercheuse affiliée à l’Institut français du Proche-Orient, à Beyrouth.
Les hommes d’affaires chiites, qui ont fait fortune au Liban ou à l’étranger, portent à bout de bras les populations déplacées. L’Etat, en quasi-faillite, ne subvient qu’à une partie infime des besoins. « Le soutien du gouvernement est proche de zéro. Il n’a pas d’argent. Parfois, le Hezbollah nous donne de l’argent, des vivres ou des rabais sur les soins hospitaliers. L’aide vient surtout de la solidarité des habitants du village », confirme Hassan Taha.
Le Hezbollah, dont les sources de financement ont été taries par la guerre et les sanctions, n’est plus en mesure d’offrir des compensations. Seuls les militants et leurs familles sont entièrement pris en charge par le mouvement. « Il y a des obstacles à l’arrivée de financements, mais, après la guerre, la reconstruction sera financée par l’Iran et les pays du Golfe, notamment le Qatar », promet Ghaleb Abou Zeinab.
Sens de la guerre
L’absence de compensations versées par le parti-milice alimente les critiques hors du cercle des sympathisants. « Sur les réseaux sociaux, parmi les déplacés de la guerre, et ceux dont la maison a été détruite, tout le monde se plaint. Les gens n’ont plus les moyens de vivre », note Khalil Abdallah, un tatoueur chiite de 45 ans du quartier de Chiyah, dans la banlieue sud de Beyrouth. Sa maison à Khiam, à l’ouest de la frontière avec Israël, a été détruite durant la guerre.
« Le Hezbollah ne m’a rien donné. Je suis contre la guerre. Elle n’est pas le problème des chiites, mais du Hezbollah qui ne nous représente pas », critique ce sympathisant du parti Amal. Il abhorre tout autant l’idéologie que le mode de vie religieux prôné par le Hezbollah. Mais, reconnaît-il : « Le Hezbollah jouit toujours d’une grande popularité. Moi-même, si vous me demandez si je soutiens Israël ou le Hezbollah, je dirais le Hezbollah. Mais si on parle strictement politique, non. »
Ceux qui ont payé un prix incommensurable s’interrogent sur le sens de cette guerre. « Ça ne valait pas le coup de lancer la guerre. Elle doit se terminer. Les seuls perdants, ce sont nous. Des gens innocents meurent », déplore Hussein Farran. L’électricien de 30 ans, originaire de la ville de Nabatiyé, passe chaque jour sur la tombe de son épouse, Roula, et de sa fille, Amal, au cimetière d’Haret Saïda. L’institutrice de 29 ans et sa fille de 5 ans ont été tuées, le 5 avril, par une frappe qui a aussi fauché les parents de Roula et deux de ses frères et sœurs, à Kfar Hatta.
Leurs cercueils ont été enveloppés du drapeau du parti Amal, auquel le couple était affilié. « J’avais rencontré Roula à l’âge de 14 ans, à l’école. Notre fille était toute notre vie. Elle était l’ange de la maison », dit Hussein Farra, en tenant le tablier d’écolière de sa fille, retrouvé dans les décombres. « Je ressens de la tristesse et de la colère, mais le martyre est une bonne chose. L’ennemi sioniste ne nous annihilera pas », jure le père endeuillé.
Un sentiment de gâchis saisit aussi Saad Al-Zein, un notable de 61 ans de Kfar Roummane, près de Nabatiyé. Sa villa a été entièrement détruite, le 9 mai, ainsi que la mosquée et le cimetière attenants. « C’est la maison de mes parents, le lieu de mes souvenirs et de ceux de mes enfants. J’y avais érigé un musée avec les objets historiques que je collectais depuis mes 14 ans. On doit recommencer de zéro », confie-t-il. « J’ai un ami qui a perdu à la fois sa maison et son fils, c’est bien pire, poursuit-il, ému. Beaucoup de gens de notre village ont été tués, et je ne parle que des civils. Tout est arrivé après le cessez-le-feu du 16 avril : les destructions, la démolition des villages, les meurtres. »
De toutes les guerres que l’Etat hébreu a menées au Liban, celle-ci est la plus dévastatrice. « Depuis 1948, le sud du Liban paie le prix de sa géographie, analyse-t-il. Cette fois, Israël crée, dans le Sud, une zone inhabitée où le retour n’est plus possible. » Saad Al-Zein se sent blessé par le manque de solidarité de nombreux Libanais envers les habitants du Sud. « Les chiites ont joué un grand rôle dans l’établissement du Liban. Notre famille a toujours soutenu le gouvernement et l’armée libanaise », souligne-t-il. Son grand-père, député, a participé à la rédaction de la Constitution de 1926.
« Résistance de la nation »
Quelques de militants politiques et de notables de Nabatiyé et de Tyr ont signé, fin mai, des pétitions appelant à déclarer leurs villes « ouvertes » et démilitarisées. « J’ai signé, car je ne vecentaines ux pas que Nabatiyé soit détruite comme Bint Jbeil ou Khiam. Je veux que l’armée y soit déployée », explique Jamal Badran, un pédiatre de 54 ans, membre du conseil municipal de Deir El-Zahrani et militant communiste. « Certains disent que nous sommes des traîtres, car on critique le Hezbollah. On l’a toujours critiqué, et on a le droit de le faire, car il n’est pas seul à verser le sang. Ce sont les civils qui paient le prix de cette guerre », dénonce-t-il.
L’homme incrimine le groupe chiite, « parti au combat sans demander l’avis de personne et sans se soucier du sort des déplacés ». Il soutient la résistance à Israël, mais une « résistance de la nation, pas celle d’une secte ou d’une religion. Elle doit protéger les gens, pas la terre. Elle doit travailler avec tous pour libérer le Liban et créer un Etat démocratique, avec une véritable armée ». Son père, Kassem Badran « Abou Jamal », a contribué à créer, en 1982, le Front de la résistance nationale libanaise, le Jammoul, contre l’occupation israélienne. Il a été tué par les Israéliens, en 1989.
« Les gens de gauche ont une amertume envers le Hezbollah. Au moins la moitié des cadres du Parti communiste, qui voulaient construire une résistance nationale, ont été assassinés en 1985 et 1986, quand le Hezbollah a pris le monopole de la résistance, coiffé par l’Iran », explique l’économiste Kamal Hamdan. Malgré ce passé sanglant, « des milliers d’anciens communistes et gauchisants ne peuvent pas condamner les résistants qui combattent Israël. Ils affichent une certaine perplexité à les voir se sacrifier pour leurs villages, et une nostalgie vis-à-vis de l’expérience de la résistance », poursuit-il.
La question divise cette gauche « en pleine désintégration ». Une minorité a pris ses distances, à la recherche d’une troisième voie, qui soutient l’Etat et des négociations directes avec Israël, malgré un rapport de force défavorable. L’opposant chiite Ali Mourad, un professeur de droit public de 45 ans, originaire du village frontalier d’Aïtaroun, rasé par Israël, appartient à ce cercle proche du sérail. « Tous les Libanais ont intérêt à avoir un Etat, surtout les chiites. Seul l’Etat peut nous protéger et obtenir le droit au retour dans le Sud », dit-il. Loin de la « victoire » que revendique le parti chiite, il voit dans cette guerre et la dévastation qu’elle a causée une défaite. « Le désarmement du Hezbollah doit être la compensation au droit au retour des déplacés », ajoute-t-il.
Quand on lui demande si le Hezbollah doit être désarmé, Amina Sbeiteh lève le nez en l’air, en guise de non. « Pouvez-vous nous garantir qu’Israël ne va pas nous attaquer de nouveau ? Nous n’avons pas fait quarante ans de sacrifices pour finir par rendre les armes », dit la commerçante. « L’Etat doit avoir le monopole des armes, mais les pourparlers entre Israël et le Liban sont une grande erreur, concède Jamal Badran, le militant communiste. Il n’a pas été question de cessez-le-feu ni de retrait israélien, seulement de désarmer le Hezbollah. Cela va conduire à la guerre civile, ce que veut Israël. »
Le rejet de ces négociations dépasse le cercle des militants du Hezbollah, qui dénoncent une « capitulation ». « Pour négocier, il faut des leviers. Quels sont les nôtres ? », interroge Saad Al-Zein. « Le président, Joseph Aoun, néglige les chiites et les habitants du Sud en s’asseyant avec ceux qui nous tuent. Il ne nous représente pas », estime Hassan Taha. Le Hezbollah parie sur le retour de l’Iran dans le jeu libanais. Il serait une consécration de sa stratégie de résistance et le prélude à son retour en force sur la scène politique. « Si on organise aujourd’hui des élections législatives, le Hezbollah obtiendrait la majorité absolue et nommerait le prochain gouvernement », reconnaît le professeur Ali Mourad.
L’ancrage local du parti reste sa plus grande force. Mais sa « victoire » n’a pas le lustre des batailles qu’il a remportées depuis le retrait israélien du sud du Liban, en mai 2000. « Aujourd’hui, le Hezbollah n’est plus capable d’imposer, seul, le retrait israélien, le retour des déplacés et la reconstruction. Il sera questionné en interne sur ses résultats et ses erreurs », selon le professeur de droit public. Ce dernier espère que les années d’hégémonie politique et sécuritaire du Hezbollah sont révolues. « Le temps est venu qu’il redéfinisse son projet politique et laisse la place au pluralisme théologique, social et politique au sein de la communauté chiite », plaide l’opposant politique. Une fois la guerre achevée viendra le temps de l’introspection.
Par Hélène Sallon
Le Monde du 1er juillet 2026

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