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| Donald Trump à la soirée d’arts martiaux mixtes dans l’enceinte de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juin 2026. KENT NISHIMURA/AFP |
Pour son 80e anniversaire, Donald Trump a soupiré de soulagement. Avant la tenue d’une soirée d’arts martiaux mixtes dans l’enceinte de la Maison Blanche, dimanche 14 juin, le président américain a annoncé la conclusion d’un protocole d’accord avec l’Iran.
Négocié péniblement depuis des semaines, ce texte fixe les principes d’une cessation de la guerre, avant le début d’une nouvelle phase diplomatique de soixante jours, destinée à résoudre les questions les plus épineuses : l’avenir du programme nucléaire iranien, le sort des stocks d’uranium hautement enrichi, la levée progressive des sanctions américaines. Un château de cartes se dresse. Bien des vents peuvent encore l’abattre.
« J’autorise pleinement la réouverture du détroit d’Ormuz sans droits de passage et, parallèlement, la levée immédiate du blocus naval américain. Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! », a écrit Donald Trump dans un premier message sur son réseau Truth Social, exprimant de façon claire ses priorités. Dans un second message, le président américain promettait « paix et sécurité à toute la région ». Il précisait que, après des opérations de déminage dans le passage maritime stratégique, l’or noir circulerait à nouveau librement à compter du vendredi 19 juin, jour de la signature officielle du protocole, en Suisse. Le vice-président américain, J. D. Vance, devrait être présent. Donald Trump, qui participera avant cela au sommet des pays du G7 à Evian (Haute-Savoie), n’a pas encore communiqué son intention.
La frappe israélienne dans un faubourg sud de Beyrouth, dimanche matin, a failli faire dérailler l’effort diplomatique, une énième fois. L’Iran s’apprêtait à déclencher des missiles en rétorsion. Il a fallu bien des palabres pour retenir son bras. Le premier ministre du Pakistan, Shehbaz Sharif, qui a joué un rôle-clé dans la médiation, a été le premier à annoncer sur X qu’un accord-cadre avait été enfin conclu. Il a remercié le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie pour leur engagement à ses côtés.
Sans jamais mentionner Israël, relégué au statut de sous-traitant américain – ce qui ne correspond pas à la nature de la relation bilatérale – le dirigeant pakistanais précisait que les deux parties avaient accepté « un arrêt immédiat et permanent des opérations militaires sur tous les fronts, le Liban inclus ». Cette précision est cruciale. Washington avait essayé, en vain, de séparer les négociations avec l’Iran de celles conduites entre l’Etat hébreu et le gouvernement libanais. Téhéran est parvenu à intégrer le pays du Cèdre dans les paramètres incontournables de toute cessation générale des hostilités. Une victoire. Mais les cinq prochains jours au Liban seront un test décisif de crédibilité pour tous les acteurs.
Pas de détails sur le calendrier et les engagements de chacun
Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a confirmé cette issue négociée. A ce stade, en l’absence de détails sur le calendrier et les engagements concrets de chacun, une étrange impression de retour en arrière domine : au 8 avril, lorsque Donald Trump avait annoncé un cessez-le-feu de deux semaines et une réouverture « complète, immédiate et sûre du détroit d’Ormuz ». Des négociations finales devaient s’ouvrir ensuite à Islamabad, au Pakistan. Sans réussite à leur terme.
Cette fois, la signature de l’accord-cadre aura lieu le 19 juin en Suisse, après une série de discussions vouées à préparer le cycle suivant de négociations, dites techniques. Ce fut déjà à Genève, en Suisse, sous les auspices d’Oman, que l’envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, avait rencontré le ministre des affaires étrangères de l’Iran, Abbas Araghchi, le 17 février, puis le 26 du même mois. Téhéran était prêt, à l’époque, à des avancées inédites mais insuffisantes, notamment au renoncement à tout stockage d’uranium enrichi sur son sol. Mais la décision d’aller à la guerre était déjà prise à Washington, faute d’une capitulation franche du régime iranien. Une capitulation qui ne viendra pas, par la suite.
Après bien des déclarations péremptoires sur le fait que les Etats-Unis allaient récupérer les stocks d’uranium enrichi de la République islamique, de gré ou de force, la Maison Blanche a dû, là aussi, modérer son ambition. Il est dorénavant question d’une dilution éventuelle de ces stocks, en Iran même. Mais rien n’est figé.
« Concernant les problèmes nucléaires, écrivait dimanche sur X Dan Shapiro, ancien ambassadeur américain en Israël et expert au cercle de réflexion Atlantic Council, il n’y a vraiment pas d’accord, autre que le fait de négocier au sujet du stock d’uranium hautement enrichi et d’un moratoire sur l’enrichissement. L’Iran sait comment faire traîner ces négociations et essayer d’empocher des concessions en chemin. Il est possible qu’aucun accord ne soit conclu, et très probable qu’en cas d’accord, il sera pire que ce que nous aurions obtenu par la diplomatie avant la guerre. »
Les Etats-Unis et Israël sont pourtant entrés dans le conflit, le 28 février, avec beaucoup de certitudes. Elles concernaient l’ampleur de leurs forces militaires conjuguées et leur capacité de coordination, démontrée au cours des opérations de juin 2025. Washington avait alors franchi un pas inédit, en bombardant trois sites nucléaires iraniens. Une nouvelle fois, le goût de Donald Trump pour la transgression et l’opération militaire éclair semblait récompensé. Huit mois plus tard, la décapitation immédiate du pouvoir iranien, au premier matin de la guerre, conforta cette foi.
Les deux alliés avaient aussi la conviction que le régime de Téhéran était vulnérable, comme jamais depuis la révolution islamique de 1979. Après les coups majeurs portés par Israël au Hamas et au Hezbollah dans l’après 7 octobre 2023, ainsi que la chute du régime Assad en Syrie, fin 2024, l’Iran se trouvait à portée d’une reconfiguration historique.
Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et ses alliés américains – les faucons néoconservateurs incorrigibles, croyant dans les vertus transformatives de la seule puissance militaire – ont tout fait pour convaincre l’administration Trump d’une voie royale jusqu’à Téhéran. L’aveuglement des deux partenaires, les Etats-Unis et Israël, a été terrible. Il témoigne d’un renseignement piètre, d’une analyse défectueuse, d’une absence de plan et d’anticipation. Bref, d’une improvisation, précipitée par les manifestations populaires réprimées dans le sang, début janvier, par le régime iranien.
Réouverture prochaine du détroit d’Ormuz
Le résultat, cent-six jours après l’entrée en guerre, est une déroute stratégique à différents niveaux, malgré de vrais succès tactiques et une réduction considérable du potentiel militaire iranien. Elle explique ce paradoxe : pour incomplet et bancal que soit le protocole négocié, il était sans doute impossible d’espérer mieux. Les Etats-Unis n’avaient pas prévu que l’Iran serait en situation d’attaquer les alliés arabes dans le Golfe, ni son appropriation du détroit d’Ormuz comme outil de chantage ou jeton majeur de négociation. Couper l’un des robinets du pétrole mondial et axe de la circulation maritime paraît bien plus concret et dévastateur que les dérapages du programme nucléaire iranien à compter de la sortie des Etats-Unis, en 2018, de l’accord de Vienne (JCPoA).
On ne connaît pas encore, officiellement, le texte complet du protocole d’accord. Mais selon toutes les versions, assez semblables, qui ont circulé dans les médias au cours du week-end grâce à des fuites organisées, il ne fait pas mention du programme balistique iranien. Ni des sous-traitants du régime dans la région (Hezbollah, rebelles houthistes du Yémen, Hamas), à la fois autonomes et organiquement liés à Téhéran. Ni, enfin, du peuple iranien qui s’est dressé contre le régime, en janvier, au prix de dizaines de milliers de morts. Donald Trump leur avait assuré que « l’aide est en route ». Seul compte à présent à ses yeux un retour à la normale sur un plan commercial.
Ce qui s’allonge sur tous les acteurs, malgré les vigoureuses dénégations du président américain, est l’ombre d’une sorte de JCPoA revisité, en référence à l’accord sur le nucléaire iranien, signé en 2015 : des restrictions négociées sur le programme, contre une levée progressive des sanctions économiques. Donald Trump rejette ce parallèle. Il prétend, en dépit de l’évidence, que le JCPoA, conclu sous Barack Obama, était un chemin pavé vers la bombe, alors que l’accord actuel serait un « mur » empêchant cette ambition. Dans le JCPoA, l’Iran avait pourtant renouvelé son engagement à ne pas obtenir l’arme nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait observé globalement un respect de ses engagements, au cours des trois premières années.
La réouverture prochaine du détroit d’Ormuz, annoncée dimanche 14 juin avec un immense soulagement par Donald Trump, ne signifie pas un retour instantané à la normale. La défiance est considérable entre les parties. Dans une déclaration commune, publiée durant la nuit, les dirigeants de quatre pays européens (France, Royaume-Uni, Allemagne et Italie) ont réaffirmé leur disponibilité à assumer leurs responsabilités, « y compris par une mission strictement défensive et indépendante visant à rassurer le trafic commercial et à mener des opérations de déminage ».
Le gouvernement israélien, pour sa part, pensait couronner son cycle de campagnes militaires post 7-Octobre en faisant tomber ce qu’il considérait comme la maison mère de la menace pesant sur son existence. En réalité, il se retrouve plus isolé, plus critiqué que jamais au Moyen-Orient. En outre, dans cette déroute stratégique en partage, l’Etat hébreu est sous la menace d’une rupture historique avec le protecteur américain. Un temps, Donald Trump a lié son sort à Benyamin Nétanyahou. C’est fini. Il fait mine de lui donner des ordres, exige une fin des opérations israéliennes au Liban. Au site Axios, dimanche, le président américain confiait son exaspération, après la frappe du matin à Beyrouth et un entretien avec le premier ministre israélien. « Pourquoi Bibi s’est-il senti obligé de lancer cette putain d’attaque ? J’étais tellement furieux. Je lui ai fait savoir. Il n’a absolument aucun jugement. »
Le milliardaire voit sa propre impopularité dans les sondages, les critiques bipartisanes sans cesse croissantes contre la relation spéciale avec Israël. Il est capable sans affect ni émotion d’orienter sa rhétorique brutale contre « Bibi ». Sans le soutien logistique et les livraisons des Etats-Unis, l’armée israélienne n’aurait plus les moyens de ses ambitions. Benyamin Nétanyahou voulait poursuivre la guerre. Donald Trump voulait à tout prix l’arrêter. Pour chacun, la facture politique de cette entreprise s’annonce lourde, malgré leur talent pour la communication partisane.
S’exprimant sur la chaîne conservatrice Fox News, dimanche, J. D. Vance commençait l’exercice périlleux de maquillage. « Je pense que mon premier message au peuple américain est “merci”. Grâce à votre patience, je pense que nous nous avons résolu un problème qui a empoisonné ce pays depuis bien avant ma naissance », disait-il. Le verbe « résoudre » témoignait d’une rare audace oratoire.
Piotr Smolar
Le Monde du 15 juin 2026


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