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| Sud-Liban: Évacuation d'un soldat de l'armée d'occupation grièvement blessé par une attaque d'un drone de la résistance. |
La doctrine ennemie reposait sur l'idée d'une guerre éclair capable de produire une victoire rapide et décisive. Israël perçoit les guerres prolongées comme une menace stratégique paralysante pour l'État, la société et l'économie. C'est pourquoi, depuis sa création, il s'efforce de se forger un avantage qualitatif lui permettant de porter le combat sur le territoire ennemi et d'empêcher toute guerre d'usure sans fin.
Après le 7 octobre 2023, la doctrine militaire israélienne est passée d'une logique de « dissuasion et de gestion des risques » à une logique de « prévention de la formation de la menace dès son origine ». Cela signifie élargir le concept de guerre préventive pour en faire un cadre de sécurité permanent qui non seulement surveille ou contient la menace, mais cherche également à l'anticiper et à la cibler dès ses premiers stades, avant qu'elle ne se transforme en une menace à part entière.
Cette approche peut être perçue comme une approximation de ce que le sociologue politique israélien Yagil Levy appelle la « doctrine de sécurité permanente ». Elle vise non seulement à éliminer les menaces existantes, mais aussi à prévenir l'émergence de menaces futures par des moyens militaires de grande envergure, notamment en ciblant les réseaux de soutien et en remodelant l'environnement civil, tout en réduisant la marge de manœuvre pour des solutions politiques et en faisant de l'option militaire un outil permanent de gestion du conflit.
Après la guerre de 2014, l'opinion dominante en Israël était que le Hezbollah était entré dans une phase d'épuisement stratégique profond suite aux frappes ayant ciblé sa structure de commandement et ses réseaux opérationnels, ainsi qu'aux fuites de renseignements ayant affecté une grande partie de son appareil de sécurité. Tel-Aviv pensait également que les changements régionaux et la perte de la Syrie comme voie d'approvisionnement affaibliraient la capacité du parti à se reconstituer à court terme.
Cependant, la confrontation actuelle a montré que le Hezbollah a considéré les conséquences de la guerre comme une épreuve difficile nécessitant une réévaluation et une reconstruction complètes de ses capacités, plutôt que comme un effondrement stratégique. Ici, les caractéristiques de la flexibilité de la résistance dans la gestion du conflit apparaissent clairement, d’autant plus que le critère de puissance dans les guerres modernes ne se limite plus à la taille de l’arsenal et au niveau de supériorité technologique, mais est également lié à la capacité des parties à apprendre rapidement et à s’adapter en permanence aux changements sur le terrain et à reproduire les outils de l’action militaire.
De ce point de vue, les transformations adoptées par le Hezbollah après 2024 indiquent que le parti s'est principalement concentré sur le développement d'une dynamique d'adaptation plutôt que sur la confrontation directe et conventionnelle. La guerre précédente a révélé l'ampleur de l'infiltration des services de renseignement dans ses réseaux de communication privés, l'incitant à restructurer ses systèmes de commandement et de communication, à réduire sa dépendance aux moyens électroniques à forte signature et à généraliser l'utilisation de méthodes plus simples, moins détectables et moins traçables.
Parallèlement, le parti a intensifié le recours à une stratégie d'« usure opérationnelle organisée », transformant le terrain du sud en un environnement de combat complexe fondé sur de petites poches de résistance, des manœuvres, des embuscades et l'épuisement des forces d'invasion. Historiquement, la guérilla ne vise pas tant une bataille décisive qu'à affaiblir progressivement une armée régulière, la contraignant à un environnement géographique où le coût du contrôle territorial augmente chaque jour.
Dès lors, l'avancée israélienne au-delà du fleuve Litani et l'arrivée des forces dans des zones comme Zawtar al-Sharqiyah et Yahmar s'inscrivent dans un contexte qui dépasse la conception traditionnelle du mouvement sur le terrain, réduite à l'accomplissement de succès tactiques. Au contraire, dans le schéma des guerres d'usure, la pénétration en profondeur devient un nouvel élément de l'équation de l'usure à long terme. L'armée attaquante se trouve en effet confrontée à des difficultés croissantes liées à la sécurisation des lignes de ravitaillement, au renforcement du contrôle des zones occupées et à un environnement de combat propice aux embuscades et aux attaques sporadiques, ce qui augmente le coût du maintien sur place autant que celui de la progression.
Dans ce type de guerre, le temps devient un facteur décisif. Plus l'affrontement se prolonge, plus les coûts humains, politiques et psychologiques pour les armées régulières sont élevés, notamment au sein de sociétés qui peinent à supporter des guerres prolongées et des pertes continues.
Par ailleurs, le recours accru de la résistance à des drones d'attaque à bas coût illustre un aspect important de son processus d'apprentissage et d'adaptation. Plutôt que de s'engager dans une course aux armements coûteuse et inégale avec Israël, elle a opté pour des outils relativement simples, capables de perturber constamment des systèmes de défense complexes et onéreux de l'ennemi. Cette évolution révèle une réalité de plus en plus ancrée dans la guerre moderne : la valeur d'une arme ne se mesure ni à sa taille ni à son coût, ni même à l'impression de puissance qu'elle génère, mais plutôt à son effet cumulatif sur l'épuisement de l'ennemi, tant psychologique qu'opérationnel, et sur sa capacité à paralyser le combat. Dans ce contexte, la logique d'une adaptation accélérée s'impose comme un facteur déterminant pour le maintien de la dissuasion. La résistance est donc encline à adopter des tactiques de combat qui transforment la présence israélienne dans le sud en un fardeau opérationnel permanent, érodant sa capacité à maintenir le contrôle et augmentant le coût de sa présence continue. Ceci modifie l'équilibre des forces militaires, qui repose désormais sur une usure mutuelle plutôt que sur une victoire rapide.
Israël, de son côté, est confronté à un dilemme stratégique de plus en plus complexe à mesure que la guerre entre dans une phase prolongée d'engagement terrestre. La technologie offre d'immenses capacités de surveillance et de destruction, mais elle ne garantit pas automatiquement un contrôle permanent du territoire ni n'empêche l'adversaire de se reconstituer dans son environnement local.
La confrontation actuelle au Sud-Liban semble prolonger une longue histoire où la géographie redéfinit la notion de pouvoir et où le temps remodèle l'issue des conflits. L'armée d'occupation sait que le Sud ne cède pas à la force des armes, mais que sa présence militaire la plonge rapidement dans un entre-deux, entre expansion et usure, où la simple survie devient une épreuve quotidienne d'endurance. Dès lors, ce qui se déroule aujourd'hui sur le champ de bataille ne vise pas tant à instaurer une nouvelle équation de stabilité qu'à soulever la même question historique : la force peut-elle triompher de l'espace et du temps, ou la géographie peut-elle réaffirmer sa logique et aggraver la situation désespérée de ceux qui la subissent ?
Tarek Fakhri
Le 02 juin 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

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