La reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France en septembre 2025 était liée à la promesse d’organiser des élections dans un délai de douze mois, un engagement qui n’a pas été tenu par le président Mahmoud Abbas, déplore l’avocat Samer Sinijlawi, qui interpelle Emmanuel Macron, dans une tribune au « Monde ».
Le 9 juin, cela a fait exactement un an que le président de l’Autorité palestinienne a officiellement promis au président de la République française d’organiser des élections présidentielle et législatives dans un délai de douze mois. Le 9 juin 2025, Mahmoud Abbas a en effet adressé à Emmanuel Macron et d’autres dirigeants internationaux une lettre dans laquelle il s’engageait à lancer un train de réformes politiques, dans le but de restaurer la légitimité des institutions palestiniennes. Cet engagement s’articulait autour d’un fait simple et concret : les Palestiniens éliraient un président et un Parlement sous une année.
Quelques semaines plus tard, dans sa réponse du 24 juillet, le président français a vivement salué cette perspective. Pour la France, la promesse d’un renouveau démocratique ne constituait pas une question secondaire : c’était la preuve qu’il était possible de réformer les institutions palestiniennes, de leur redonner du dynamisme et de les préparer à gouverner un Etat palestinien.
Un an plus tard, il n’y a toujours eu ni élection présidentielle ni élections législatives. Ni même de calendrier électoral. La question n’est plus de savoir si Mahmoud Abbas a tenu ses engagements. Il ne l’a pas fait. La question qui se pose à présent est la suivante : la France entend-elle réclamer que la promesse qui lui a été faite soit tenue ?
Cela fait deux décennies que les Palestiniens sont privés de leur droit de choisir leurs dirigeants [la dernière élection présidentielle, qui a porté au pouvoir Mahmoud Abbas, remonte à 2005, et les dernières législatives à 2006]. Une génération entière est entrée dans l’âge adulte sans avoir jamais connu un scrutin présidentiel. Des millions de Palestiniens n’ont jamais pris part à une élection parlementaire. Une société démocratique ne peut reporter indéfiniment les rendez-vous électoraux. L’enjeu est trop grand. Pour les Palestiniens, mais aussi pour la France.
Le peuple palestinien mérite mieux
Lorsque Emmanuel Macron a choisi de prendre encore plus fortement position en faveur d’un Etat palestinien, il l’a fait au vu des promesses formulées par les dirigeants palestiniens en matière de réformes, de transparence et de renouveau démocratique. Ces promesses ont été présentées non seulement aux Palestiniens, mais aussi à l’opinion publique française, aux partenaires européens, ainsi qu’aux Israéliens qui continuent de croire en la négociation d’une solution à deux Etats. A tous les Israéliens que la reconnaissance de l’Etat palestinien laissait sceptiques, on a expliqué que les institutions palestiniennes allaient devenir plus démocratiques, plus transparentes, plus légitimes. Un an plus tard, cet argument est de plus en plus difficilement défendable.
A mille lieues d’un renouveau démocratique, le système politique palestinien vieillissant est en train de se scléroser. Le récent congrès du Fatah [le parti du président de l’Autorité palestinienne, qui s’est tenu du 14 au 17 mai] confirme ces évolutions préoccupantes : alors qu’aucun adversaire ne faisait face à Mahmoud Abbas, son fils, Yasser Abbas, a pris place au sein de la plus haute instance du mouvement. Au lieu de se concentrer sur la tenue d’élections, les débats publics portent désormais de plus en plus sur la succession de Mahmoud Abbas. Le peuple palestinien mérite mieux que cela.
Certains estiment que l’organisation d’élections du Conseil national palestinien [le Parlement du peuple palestinien en exil, fondé par l’Organisation de libération de la Palestine en 1964] suffirait à satisfaire les appels internationaux à réformer. Ce n’est pas le cas. La promesse faite à Emmanuel Macron était très claire. Elle concernait l’élection d’un président et d’un Parlement, afin que les Palestiniens puissent exercer leur souveraineté démocratique. De petits arrangements institutionnels internes ne sauraient constituer une réforme démocratique. Ce ne serait qu’une mascarade. La France ne peut accepter ce pis-aller.
A maintes occasions, Emmanuel Macron s’est montré prêt à engager l’influence de la France pour protéger des principes essentiels sur la scène internationale. Il défend la démocratie aux quatre coins du monde et rappelle régulièrement l’importance fondamentale de la légitimité du personnel politique. La Palestine ne doit pas y faire exception. La France ne peut soutenir la création d’un Etat palestinien sans soutenir le renouveau de la démocratie palestinienne. L’un ne va pas sans l’autre. Et, en l’absence de légitimité démocratique, le projet d’Etat palestinien, privé de fondations solides, serait on ne peut plus fragile.
Aujourd’hui, le président français se trouve face à un choix simple. Il peut continuer à applaudir des réformes symboliques, bien que Mahmoud Abbas n’ait pas tenu sa promesse centrale. Ou bien il peut déclarer publiquement que la situation n’est plus admissible, que les Palestiniens ont le droit d’élire leurs responsables politiques, que des élections présidentielle et législatives doivent être organisées, et que les dirigeants palestiniens ne peuvent gouverner indéfiniment sans légitimité démocratique. Le peuple palestinien a respecté sa part du contrat. Il a attendu, longtemps, patiemment. Aujourd’hui, l’heure est venue pour la France d’exiger que la promesse faite aux Palestiniens, à l’Europe et aux partisans de la paix des deux côtés soit tenue. Si ces élections n’avaient pas lieu, ce ne serait pas l’échec d’une réforme, mais la faillite de la démocratie.
Tribune - Le Monde du 12 juin 2026
Traduit de l’anglais par Valentine Morizot
Samer Sinijlawi, avocat et membre du Fatah, est un des fondateurs du mouvement politique palestinien Nouvelle Voie.

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