La chanteuse Cécile Hercule organise un concert pour que Gaza ne soit pas réduite au silence

 

L’objectif du concert organisé par la chanteuse ? Réunir 10 000 euros pour exfiltrer Mahmoud Mabrouk, chanteur gazaoui piégé sous les bombes, et reverser le reste au collectif Maan pour venir en aide à d’autres artistes.
© Julien Jaulin/hanslucas
La chanteuse rassemble, le 2 juillet, au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, des artistes d’exception qui s’engagent pour les créateurs de l’enclave palestinienne. Une réponse au verrouillage des institutions françaises et aux prudences d’un milieu culturel tétanisé. Itinéraire d’une têtue.
Martigues, mi-mai 2026. Le soleil inonde le quai d’Honneur. C’est la première Criée culturelle de la flottille Global Sumud, organisée par le centre culturel embarqué dans le sillage des flottilles pour Gaza. Sur scène, une silhouette menue, casquette vissée sur la tête, chante et désamorce la tragédie par l’humour.
Derrière elle, au lointain, les portraits de Saif Abu Keshek et Thiago Avila, brossés à l’encre par Edmond Baudoin pendant qu’ils croupissaient dans les geôles israéliennes. L’ambiance est festive, obstinément solidaire. Quarante-huit heures plus tard, l’armée israélienne arraisonnera violemment l’expédition dans les eaux internationales mais, à cet instant, Cécile Hercule chante. Elle tient la position : « Sumud », l’obstination en partage.

Quand l’engagement façonne un parcours
Tenir, elle le fait depuis plusieurs mois, en préparant d’arrache-pied, avec Yann Le Bars, un concert de soutien aux artistes palestiniens. Appuyé par Cali, le collectif Maan for Gaza Artists et le Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, l’événement s’y tiendra le 2 juillet.
L’objectif : réunir 10 000 euros pour exfiltrer Mahmoud Mabrouk, chanteur gazaoui piégé sous les bombes, et reverser le reste à Maan pour venir en aide à d’autres créateurs que la France refuse encore de laisser sortir de l’enclave dévastée. De grands noms ont répondu présent. « Mais on ne fait pas du tout comme les Enfoirés, précise la chanteuse. Personne ne prend d’hôtel, personne ne sera défrayé. On est tous bénévoles. »
Chez Cécile Hercule, l’engagement n’est pas venu se greffer sur une carrière bien rangée. Il façonne son parcours. Adolescente, à Lyon, dans les années 1990, elle s’initie au cirque. « L’école, c’était chaotique », confie-t-elle. Les spectacles de rue, les flammes et les tournées improvisées lui offrent une échappée hors des sentiers tracés.
À 18 ans, elle part huit mois en mission humanitaire dans une communauté religieuse à Madagascar. L’expérience la marque, mais l’éloigne de la foi. « Quand tu aides les gens, tu ne les aides pas à condition », lâche-t-elle en repensant aux enfants nourris contre une prière imposée. C’est là, aussi, sur une guitare de fortune, que naissent ses premières chansons pour tromper la solitude.

« Chaque fois que j’ai pris position sur la Palestine, j’ai eu l’impression de perdre des amis »
Rentrée en France, elle intègre une école de théâtre lyonnaise parrainée par Bacri et Jaoui. Elle se rêve comédienne et devient chanteuse presque par effraction. S’ensuivent les allers-retours à Paris par amour, les téléfilms pour le loyer, et la musique qui gagne du terrain.
Sur MySpace, le chanteur de Mickey 3D repère ses titres, produit son premier album et l’embarque en tournée. Deux autres disques suivront. Entre-temps, elle écrit, collabore avec Oldelaf et monte Bodie, trio théâtral de sœurs en cavale. « J’ai du mal à me dire chanteuse, avoue-t-elle. L’écriture, c’est là où je me sens plus légitime. »
Depuis plus d’un an, le génocide à Gaza a déplacé le centre de gravité de sa vie. Elle se lance d’abord dans l’aide directe à des familles via les réseaux. Les échanges deviennent quotidiens. L’impuissance collée à la peau, elle fait un constat obsédant : le silence du milieu artistique français. « Chaque fois que j’ai pris position sur la Palestine, j’ai eu l’impression de perdre des amis », lâche-t-elle, mimant les esquives de la bonne conscience. « On me dit : ”Je ne veux pas que ça aille au Hamas.” Je dis : ”Quel est le rapport ?” Ou on me dit encore : ”Moi, c’est le Soudan.” Je dis : ”Mais je suis d’accord ! Mais toi, tu fais des choses pour le Soudan ?” Et là ça bégaie… Façon de botter en touche par peur de perdre sa petite place. »

Cali, Clarika, Trio, Emily Loizeau, Gauvain Sers, Médine, Renaud, Slimane…
Au fil de ces échanges, elle se lie avec Mahmoud Mabrouk, jeune chanteur gazaoui. Au-delà de sa voix, elle observe l’épuisement d’un père tentant de survivre avec sa femme et son enfant. Cécile veut l’exfiltrer vers la France via le programme Pause. Épaulée par Yann Le Bars du Centre Jacques-Bravo, par Alaa, un réalisateur franco-palestinien, et le collectif Maan, elle dépose un dossier. Mais le dispositif est bloqué pour ceux qui vivent dans l’enclave palestinienne. Pourtant, comme tant d’autres, Mahmoud « n’attend qu’une chose, c’est de pouvoir quitter l’enfer là-bas », souffle-t-elle.
Alors, là encore, elle tient la position et, pour le concert du 2 juillet, à Vitry, elle parvient à inscrire sur l’affiche des noms qui dessinent à eux seuls une réponse au renoncement : Bashar Murad, Bodie, Cali, Clarika, Cyril Mokaiesh, Emily Loizeau, Fredo des Ogres de Barback, Gauvain Sers, Médine, Merlot, Noé Preszow, Ours, Renaud, Romane Bohringer, Slimane Dazi, Tryo, Yves Jamait et d’autres encore.
Il y aura des chansons, des lettres de Palestiniens lues sur scène, des prises de parole, une tentative modeste mais têtue de faire pièce au vacarme des bombes et à l’effacement volontaire de la vitalité culturelle du peuple palestinien.

Émilien Urbach
L'Humanité du 29 juin 26

Concert de soutien aux artistes palestiniens, jeudi 2 juillet 2026, Théâtre Jean-Vilar, 1, place Jean-Vilar, Vitry-sur-Seine 94400. Infos pratiques : 01 55 53 10 60, www.vitry94.fr/evenements/concert-de-soutien-aux-artistes-palestiniens/ 

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