Guerre au Moyen-Orient : les Nations Unies alertent sur un scénario de crise mondiale de la faim

 

Deux semaines après le déclenchement de la guerre en Iran par les États-Unis et Israël, le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU prévenait que 45 millions de personnes supplémentaires pour être frappées d’une insécurité alimentaire aiguë.
© Xinhua/ABACA
Dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse, le directeur du service d’analyse du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU alerte sur un scénario d’insécurité alimentaire aiguë qui est en train de se concrétiser. Selon Martin Bauer, 1,5 million de personnes seront d’ores et déjà privées d’aides en 2026 et ce chiffre pourrait atteindre les 9 millions si la guerre au Moyen-Orient venait à durer encore six mois.
Les Nations Unies tirent la sonnette d’alarme ce vendredi 5 juin. Avec la guerre qui se prolonge au Moyen-Orient, le scénario d’une aggravation record de l’insécurité alimentaire dans le monde est en train de se concrétiser.
Déjà en mars, deux semaines après le déclenchement de la guerre en Iran par les États-Unis et Israël, le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU prévenait que 45 millions de personnes supplémentaires pour être frappées d’une insécurité alimentaire aiguë – 320 millions d’individus à travers le monde sont déjà dans une telle situation – si les combats ne cessaient pas d’ici juin et si le baril de pétrole se maintenait au-dessus des 100 dollars. Or les derniers développements du conflit ne vont pas dans le bon sens : les bombardements états-uniens ont repris, et le détroit d’Ormuz demeure bloqué.
« Le scénario négatif est malheureusement déjà en train de se concrétiser », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Jean-Martin Bauer, directeur du service d’analyse de la sécurité alimentaire du PAM.

Au moins 1,5 million de personnes privées d’aides
« La fermeture d’Ormuz se traduit par une hausse de la faim », a-t-il ajouté, soulignant l’envolée des prix des denrées de base comme le riz ou le blé. Dans une note d’analyse, le PAM averti également que « la crise entraîne d’importants effets de contagion, notamment par le biais des chocs sur les prix du carburant et des denrées alimentaires, des pertes de revenus et des perturbations du commerce ».
« À mesure que ces facteurs interagissent avec des vulnérabilités préexistantes, ils se traduisent rapidement par des répercussions visibles sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance », a noté Jean-Martin Bauer. En Somalie par exemple, le PAM prévoit ainsi que près de 60 % des ménages ne pourront pas subvenir à leurs besoins essentiels, contre 47 % en 2025, soit une nette hausse de 13 points.
« Ce qui se profile, c’est le retour d’une crise mondiale du coût de la vie semblable à celle que nous avons connue en 2022 (après le début de la guerre en Ukraine NDLR) » a-t-il mis en garde. Ce qui a aussi changé depuis cette date, c’est que le secteur de l’aide humanitaire, qui s’était rapidement mobilisé à l’époque, est désormais mis à mal par les coupes budgétaires spectaculaires dans son financement.
L’aide internationale est également affectée par la hausse des coûts et les difficultés logistiques liés au conflit, relève la note d’analyse du PAM. « Le système humanitaire est pris en étau : l’augmentation des besoins et celle des coûts de mise en œuvre entraînent des lacunes » dans la prise en charge, explique-t-elle. Une situation qui pousse l’organisme à réduire son aide. Le PAM estime qu’il aidera 1,5 million de personnes de moins que ce qui avait été prévu pour l’année 2026, tout en prévenant que si le conflit venait à s’enliser pendant encore six mois, plus de 9 millions de personnes pourraient perdre toute assistance.

L'Humanité du 05 juin 2026

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