Guerre au Moyen-Orient : Israël s’invite à la table des négociations entre les États-Unis et l’Iran

 

Les membres des délégations se retrouvent dans le hall le jour d’une réunion quadripartite entre les États-Unis, l’Iran, le Pakistan et le Qatar au complexe hôtelier de luxe Bürgenstock, le 21 juin 2026.
© Nathan Howard / POOL / AFP
Les pourparlers ont commencé en Suisse, mais la guerre menée par Benyamin Netanyahou au Liban empêche toute réelle avancée. Trump menace Téhéran, tandis que son vice-président parle de « progrès considérables ».
Les négociations qui ont commencé ce dimanche 21 juin, en Suisse, entre les États-Unis et l’Iran, vont-elles s’écraser sur les velléités guerrières d’Israël ? Conformément au mémorandum d’entente signé une semaine auparavant, deux exigences majeures ont été exprimées : la réouverture du détroit d’Ormuz et la cessation de toutes les hostilités, y compris au Liban, envahi en mars par l’armée israélienne.
Deux sujets totalement liés, le détroit – par lequel transitent plus de 20 % des échanges énergétiques mondiaux – restant le levier principal de pression pour les Iraniens. C’est d’ailleurs pour cela que Donald Trump, enferré dans une guerre qu’il ne parvient pas à gagner, a dû céder.
Mais Benyamin Netanyahou, écarté de l’accord et contrit par une solution qui n’est pas la sienne, fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher tout règlement définitif, notamment sur la question du nucléaire, qu’il s’agisse du stock d’uranium enrichi détenu par l’Iran ou de l’utilisation du nucléaire civil. Téhéran s’est déjà engagé à ne pas se doter de l’arme atomique.

Derrière les sourires, de nombreuses incertitudes
On a donc assisté à une ouverture quasi surréaliste des discussions en Suisse, alors que Washington et Téhéran ont convenu d’un cessez-le-feu de soixante jours pour les négociations. Au-delà des sourires devant les caméras, la réalité est évidemment plus complexe. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a indiqué que les pourparlers de dimanche ne dureraient qu’une seule journée. Face à l’absence de signes d’apaisement des combats au Liban, l’Iran a déclaré samedi avoir de nouveau fermé le détroit.
Les responsables de la défense civile libanaise ont indiqué que les frappes israéliennes avaient tué 20 personnes samedi, quelques heures après l’entrée en vigueur d’une trêve. Le président du Secours populaire libanais, Jean El Cheikh, joint par téléphone par l’Humanité, a expliqué : « Au cours des deux derniers jours, l’hôpital du Secours populaire libanais à Nabatieh a accueilli 49 blessés et 31 morts. Tous étaient des civils. Derrière ces chiffres se cachent des vies brisées, des familles endeuillées et des souffrances humaines que nul bilan statistique ne peut réellement traduire. »
Le vice-président états-unien, J. D. Vance, qui dirige la délégation dans laquelle se trouvent Steve Witkoff et Jared Kushner, le gendre de Trump, pouvait bien déclarer : « J’espère que nous allons progresser sur la question nucléaire et sur le cessez-le-feu au Liban », son allié israélien ne l’entend pas de cette oreille.
D’autant qu’au-delà des déclarations, Donald Trump ne prend aucune mesure pour forcer Netanyahou à obtempérer. Et que Vance a asséné : « Je suis en réalité très satisfait de la situation au Liban. » Le premier ministre israélien peut être confiant. Son allié états-unien n’est pas près de le laisser tomber.
Malgré le danger planant sur la suite des discussions en Suisse, Donald Trump a lâché : « L’Iran doit immédiatement empêcher ses mandataires grassement rémunérés au Liban de causer des problèmes. » Il a ajouté la menace de « frapper à nouveau très fort l’Iran, comme nous l’avons fait la semaine dernière, mais encore plus fort ». Que valent, dans ces conditions, les affirmations de J. D. Vance selon lesquelles des « progrès considérables » ont été réalisés dès le début des pourparlers ?

Pierre Barbancey
L'Humanité du 21 juin 2026

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