Guerre au Liban : derrière la reprise des bombardements sur Beyrouth, Israël poursuit sa fuite en avant

 

Après l’annonce de nouveaux bombardements israéliens sur Beyrouth, la panique s’est emparée de Beyrouth.
© Houssam Shbaro / Anadolu via AFP
L’armée israélienne a reçu l’ordre de frapper la périphérie de la capitale libanaise, alors que les discussions se poursuivent entre les États-Unis et Téhéran et que les Iraniens lient tout accord à la fin de la guerre au Liban.
La guerre, le gouvernement de Benyamin Netanyahou n’a que ce mot à la bouche. Jour après jour, les ministres se succèdent à la tribune pour expliquer à quel point ils poursuivent leurs objectifs régionaux avec zèle et détermination. C’est d’ailleurs d’un responsable dont les attributions premières ne sont pas destinées à faire couler le sang qu’est venue la confirmation qu’Israël ne dévierait pas d’un iota, malgré les pourparlers en cours entre les États-Unis et l’Iran.
« Il n’y a pas de cessez-le-feu dans le nord (d’Israël), il y a une guerre », a rappelé le ministre israélien de l’Éducation, Yoav Kisch, pour justifier la reprise des bombardements intensifs dans la banlieue sud de Beyrouth, ce lundi. Le Liban est toutefois loin d’être isolé. Et Yoav Kisch précise que Tel-Aviv n’a pas encore obtenu de victoire sur deux autres fronts : à Gaza et en Iran. Preuve que, pour le gouvernement de Benyamin Netanyahou, tous ces conflits, et les acteurs qui y agissent – du Hamas au Hezbollah en passant par les gardiens de la révolution – sont étroitement liés.
Il semble ainsi de plus en plus insupportable à Israël que l’approche privilégiée par Washington, dans le cadre des discussions avec Téhéran, inclut la question du nucléaire en plus du rétablissement du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Pour Tel-Aviv, il ne s’agit rien de moins qu’une porte ouverte à l’enrichissement.
« Si les Américains n’agissent pas pour l’empêcher, nous sommes tenus de le faire », a précisé Yoav Kisch, sous-entendant que son gouvernement pourrait privilégier une reprise des combats. Y compris sans les États-Unis, ce qui demeure pour l’heure une option aussi jusqu’au-boutiste que risquée. Les Iraniens réfutent néanmoins que le nucléaire fasse partie des négociations.

Les États-Unis indirectement impliqués au Liban ?
Les Israéliens ne sont pas non plus sans ignorer que l’Iran conditionne tout accord avec les États-Unis à un cessez-le-feu au Liban. Or, le ministre de la Défense, Israël Katz, confirmait, le 1er juin, qu’il ne mettrait pas fin à ses attaques si le Hezbollah poursuivait ses ripostes, envisageant également l’établissement d’une zone sous contrôle militaire dans une vaste partie du Liban du Sud après la prise, dimanche, du château médiéval de Beaufort qui surplombe le fleuve Litani.
« La banlieue sud de Beyrouth n’est pas différente des localités du nord d’Israël : s’il n’y a pas de calme dans le nord (d’Israël), il n’y aura pas de calme à Beyrouth. Nous ne permettrons pas une situation dans laquelle nos localités et nos citoyens sont attaqués tandis que le calme est maintenu à Beyrouth », assure Israël Katz.
Les efforts diplomatiques états-uniens visant à mettre fin à la guerre au Liban paraissent au point mort. L’information de la chaîne israélienne Channel 14 selon laquelle les frappes contre la banlieue sud auraient été coordonnées avec les États-Unis invite à se demander dans quelle mesure Washington et Tel-Aviv ne cherchent pas également à inclure la fin du soutien iranien au Hezbollah dans les négociations. Reste à savoir ce que peuvent faire miroiter les États-Unis à l’Iran en échange de ce qui s’apparenterait à une rupture majeure dans le dispositif régional de Téhéran depuis les années 1980.

Lina Sankari
L'Humanité du 1er juin 2026

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